ANTIPATHIE POUR UN CULTE PROSCRIT
païens n'avaient pas de plus sûrs auxiliaires que ces philosophes prudents. Ils savaient qu'ils finiraient toujours par leur revenir et que, quelle que fût leur vie, leur mort leur appartiendrait en tout cas, non pas seulement par respect humain, mais encore par cette peur de rinconnu dont F âme ne peut supporter seule les derniers assauts.
Après avoir reproché aux chrétiens de croire en un Dieu nouveau et de renverser la religion nationale, Cœcilius passe à Fexamen de leurs doctrines. On voit de suite qu'il les connaît mal, et qu'il n'en a cherché ni le sens intime, ni l'enchaînement. Son jugement est dicté par les préventions les plus superficielles. Il ne s'élève pas un instant au-dessus de son point de vue terrestre et mondain. Sceptique comme il l'est, il ne s'inquiète pas du fond des choses, de la convenance d'une doctrine avec l'âme ou la pensée de l'homme. Il ne croit pas à la vérité en soi, il ne se demande donc pas si une croyance est vraie, raisonnable, mais seulement si elle a pour elle ce qui parle aux yeux, la force, l'éclat, la popularité, le succès; c'est uniquement par ce côté extérieur qu'il la juge. Ainsi, quand il aborde la grande idée de l'unité divine, il ne recherche pas, comme les illustres philosophes de l'antiquité, si elle est bien fondée aux yeux de la raison et de la conscience. Ces considérations lui sont souverainement indifférentes. Ecoutons-le parler : « Où est-il, qu' est-il, ce Dieu unique, ce Dieu solitaire et délaissé * ? Quelle
^ « Unde autem est^ quis ille^ aut ubi? Deas unicus^ solitarius^ destin tutus. » (Mini4. Felix^ Ociav., c. X.)