S SA HAINE DE L-IDEAL
et réduit la tâche de Thistoire à n'être qu'an miroir poli et brillant qui reflète les faits, théorie éloquent* ment développée de nos jours par un illustre écri* yain; si Ton met à part quelques pensées élevées sur la bonne philosophie dans le dialogue d'Hermotinus^^ ' on ne peut voir dans toute Tœuyre de Lucien qu'on long et cruel persiflage, tantôt charmant et étincelant, lorsqu'il s'attaque à des ridicules ou à des sottises qui méritaient d'être flagellés ; tantôt injuste et calomnieux , mais toujours animé au fond d'une inspiration mauvaise. Qu'il raille impitoyablement les rhéteurs, vrais marchands de paroles, qui ne vendent qu'une denrée frelatée malgré les épices dont ils la relèyent; qu'il dénonce, dans son Alexandre^ les friponneries des magiciens et nous révèle quelques-unes des supercheries des prêtres, leurs alliés, on ne peut que l'approuver. Mais son ambition dominante n'est pas d'être simplement un comique excellent et un critique sensé : ce qu'il veut avant tout, c'est, nous le répétons, renverser toute grandeur humaine ou divine, c'est saper ou salir toute admiration, c'est détruire avec l'idole le sentiment du divin, avec la superstition la croyance à un monde supérieur, avec la sophistique la philosophie. Ce qu'il hait au fond, c'est l'idéal, c'est tout ce qui dépasse la réalité terrestre, tout ce qui agite l'âme humaine, tout ce qui lui fait pressentir et chercher autre chose que le plaisir , tout ce qui dérangerait le voluptueux festin , image de la vie épicurienne.
1 M. Talbot^ page vii de rintroduction de sa traduction de Laden, nous semble leur donner beaucoup trop d'importance.