LE JUPITER TRAGIQUE
bigus. Quant à Hercule, il ne propose rien moins que
de jeter sur le crâne du philosophe qui les embarrasse
les débris du portique sous lequel a lieu la discussion.
Jupiter fait remarquer que le moyen est par trop vulgaire.
A bout d'expédients, les dieux sont réduits à prêter l'oreille à la dispute qui s'engage précisément avec une grande vivacité. Jupiter conseille à son avocat de multiplier les injures. « Ta force, lui dit-il, est dans les outrages * . » Ce genre d'apologie n'a été que trop goûté dans tous les temps. L'avocat des dieux, embarrassé par les objections de son adversaire contre la providence divine, fait immédiatement appel à la force brutale. « Eh quoi! dit-il à ses auditeurs, vous supportez de telles paroles et vous ne lapidez pas ce misérable ^ ! » Damis objecte très spirituellement qu'il faut laisser aux dieux le soin de se venger eux-mêmes. La discussion sur la Providence se prolonge mais tourne de plus en plus au désavantage du défenseur de l'O- Ijmpe. En vain il invoque l'ordre du monde; l'épicurien répond qu'il n'est rien moins qu'évident que ce soit un ordre établi par les dieux; le consentement universel des peuples ne prouve rien, car rien n'est plus contradictoire que leurs idées religieuses; les bœufs, les singes et les chats ont autant d'adorateurs que les dieux olympiens! Bien sot qui se fiera aux oracles menteurs où Ton s'imagine entendre la voix de la divinité. Le croyant demande à l'incrédule
1 Lucien. Edition Didot, p. 485.
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