LE JUPITER CONFONDU
s'il a jamais vu un navire voguer sans pilote. Damig répond que jamais navire dirigé par un pilote n'a marché aussi mal que la maudite galère où nous sommes embarqués. Toute cette polémique est entremêlée des sarcasmes de Momus. Les dieux se consolent en exprimant l'espoir que cette dispute fâcheuse ne dépassera pas les frontières de TAttique. Mais Jupiter branle la tète en vieillard chagrin. « Je préférerais, dit-il, un seul défenseur comme Damis à six cents Babyloniens orthodoxes. »
Dans ce dialogue, Lucien ne s'est pas seulement attaqué aux superstitions païennes, mais encore à ce qui est la base de toute religion, à la providence, à la justice divine; sous l'excroissance maladive, son scalpel a atteint le centre même de la vie. Le dialogue intitulé^ Jupiter confondu présente un caractère identique : c'est la religion en soi, bien plus que telle ou telle forme religieuse que l'implacable railleur s'efforce de détruire. Ici le débat n'a pas lieu simplement entre deux philosophes; Jupiter est directement aux prises avec un philosophe cynique. Celui-ci lui demande s'il est vrai que la nécessité soit au-dessus de lui, et que lui, le grand dieu, doive reconnaître le pouvoir des Parques. Le majestueux olympien est obligé de répondre aflBrmativement; le cynique en conclut hardiment que les hommes seraient bien insensés de prodiguer des sacrifices à des dieux qui n'en sont pas * . Il ne faut
* E? icfltvTwv aï MoTpai xpaTOuat, t(vo? evsxa uijlTv o[ àvOpwiuot 6Ô0|JL6V ; (Lucien. Edition Didot, p. 469.)