LE JUPITER CONFONDU
plus adorer que les Parques, les grandes souyeraines da monde. Jupiter objecte que les sacrifices doiyent être offerts par reconnaissance envers les dieux. Le philosophe demande où est le prétexte à la reconnaissance. Comment serions-nous redevables du bonheur à des dieux qui ne savent pas se le donner à euxmêmes? Tout n'arrive-t-il pas par le destin? Les dieux sont-ils autre chose que ses ministres dociles? Jupiter, embarrassé, invoque sa foudre contre son contradicteur qui lui répond, en souriant, qu*iln'en dispose pas à son gré, et qu'il ne saurait la lancer sans la permission des Parques. Il finit par se moquer des peines de la vie future; de quel droit châtier des crimes irresponsables? « Minos, dit-il, ne doit punir personne, car nous autres hommes nous ne faisons rien par notre volonté; nous sommes soumis aux ordres d'une nécessité inévitable. Si quelqu'un commet un meurtre, c'est elle qui le commet; si l'on est sacrilège, on ne fait que ce qu'elle a décidé; d'où il suit que, si Minos veut juger avec équité, il doit punir la destinée au lieu de Sisyphe, et la Parque au lieu de Tantale. Quel mal, en effet, ces hommes ont-ils commis? lis ont obéi à des ordres. » La logique de Lucien est irréprochable ; le dogme du fatalisme était au fond du paganisme hellénique, et le fieux sphinx égyptien était caché derrière l'autel des diauL de l'humanisme. Seulement pendant longtemps, par une bienheureuse inconséquence, le génie grec avait réagi contre ce triste dogme de la nécessité, legs de l'Orient. La conscience avait élevé la voix, la liberté morale s'était affirmée, et un idéal religieux plus pur