‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 4)Chapitre 54 sur 277 · LUCIEN RAILLE LA PHILOSOPHIE EN SOI · texte numérisé non relu

LUCIEN RAILLE LA PHILOSOPHIE EN SOI

était apparu. Au temps de Lucien il n'en était plus de même ; la Grèce yieillie revenait à la servitude de son enfance ; elle se pliait de nouveau sous le joug du fatalisme inséparable des religions de la nature. Lucien se hâte d' exploite!', dans le sens de Firréligion et de rimpiété, ce dogme funeste, et le présente sans aucun contre-poids ; il en tire les conséquences extrêmes, et il proclame Firresponsabilité de l'homme; avec la liberté de Tâme il renverse la pierre fondamentale sur laquelle repose toute morale et toute croyance religieuse.

La philosophie a provoqué ses railleries tout autant que la religion. Là encore ce n'est pas tant à une manifestation particulière qu'il s'attaque qu'à la noble tendance de .l'âme humaine qui a présidé à la formation de toutes les écoles. Il bafoue la philosophie en soi, c'est-à-dire le désir, la recherche des vérités supérieures. S'il s'était contenté de railler les philosophes inconséquents de cette époque, il n'eût mérité aucun reproche. Il usait des droits d'un écrivain satirique en flagellant ces hommes qui démentaient grossièrement leur enseignement par leur conduite, comme ce philosophe mis en scène dans le Timon d'Athènes^ qui prêche la sobriété dans une orgie, et qui est ramené et mis au lit par ceux qu'il a catéchisés, et catéchise encore dans son ivresse. Le portrait qu'il fait de ce faux sage est plein d'esprit et de vérité. « Voici, dit-il, l'homme à l'austère vêtement, à la démarche modeste qui porte la sagesse sur son manteau. Ecoutez-le le matin. Il ne tarit pas en dis-

Page 1