‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 4)Chapitre 58 sur 277 · ATTAQUE DIRECTE CONTRE LE CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

ATTAQUE DIRECTE CONTRE LE CHRISTIANISME

Loeien à T égard de la religion nouvelle le prouye sufibamment * •

lïODS TaTons dit, il se distingue des écrivains de son temps qui ont combattu TEglise, par une modération relative où perce plus de dédain que d'indulgence. La grande âme de Tacite , passionnément attachée à Fantique patrie romaine, n'a tu dans le christianisme qa'one nouireauté impie qui tendait à saper les bases d'un ordre social d'autant plus regretté que le présent était plus détesté. Lucien était trop indijQPérent 101 destinées de sa patrie pour partager de tels sentiments, et il était trop éloigné du spiritualisme chrétien pour le combattre comme une secte rivale. Il n'a vu dans le christianisme qu'une des manifestations les plus bizarres de ce besoin des nouveautés religieuses qui tourmentait ses contemporains et les traînait à la suite de tous les imposteurs religieux. Son traité sur Akxandre le faux prophète était destiné à démasquer les sortilèges de la magie orientale et à peindre les roses grossières de ces magiciens éhontés qui exploitaient si largement la crédulité publique. De la superstition païenne il passe, dans son Pérégrinusj à la superstition chrétienne.

On ne peut voir dans le Përégrinus un simple récit. S'il est certain que le héros de l'aventure rapportée par Lucien a existé, il n'est pas moins certain que l'aventure elle-même est une invention du satiriste,

* Voir^ sar ce sujets an excellent article de Planck^ dans les Studien wd Eritik,, p. 826. 1851. (Lucian und das ChHstenthum,) Voir aussi Banr, Dcis Christenthum der drei ersten Jahrhundert.y^. 396-402.

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qui cherche à couvrir de ridicule la mort courageuse .des chrétiens condamnés * . Lucien avait dû rencontrer plus d'un héroïque confesseur de la foi dans ses nombreux voyages. Il avait longtemps séjourné en Asie- Mineure ; et il avait été témoin des faits rapportés par Pline à ïrajan. Il devait aussi avoir une certaine connaissance des saintes Ecritures , comme le prouvent quelques passages de ses écrits^. Les couleurs pour tracer un tableau bouffon de la religion nouvelle étaient donc toutes broyées sur sa palette.

Donnons un rapide aperçu de ce curieux écrit, pour mesurer la portée de la polémique de Lucien. Pérégrinus, homme perdu de débauches, souillé de tous

* Aulu-Gelle s'exprime ainsi sur Pérégrinus : a Gui postea cognomentum Proteus factum est^ virum gravem atque constantem. Multa^ hercle, dicere eum uliliter et honeste audivimus. » {Noct, attic. Epitome, lib. VUÎ, c. III). Il ne dit pas un mot de son suicide. Les autres écrivains qui en parlent ont évidemment puisé leurs renseignements dans l'écrit de Lucien. (Voir Planck, p. 836 à 843.) Lucien lui-même, dans d'autres ouvrages, s'exprime avec une grande modération sur Pérégrinus. Ainsi, dans le Dialogue des fugitifs, Jupiter reconnaît que Pérégrinus ne méritait pas la mort, et qu'il était, après tout, un brave homme (xal touxo [jlIv law;). il est donc évident que Lucien Ta chargé outre mesure pour en faire un personnage de fantaisie. Son récit contient aussi bien des traits qui dénotent la narration fictive; c'est ce qu'on peut inférer de la longueur des discours, de l'avancement rapide de Pérégrinus dans les charges de l'Eglise, et de la procédure étrange suivie à son égard.

• Dans le Philopseudos , c. X, des guérisons merveilleuses opérées à la suite de l'invocation d'un nom sacré, nous sont rapportées. Au chapitre XI, celui qui est guéri emporte avec lui son lit^ comme dans Matthieu, c. IX et Marc, c. II. Au chapitre XIII, il est parlé d'un homme qui marche sur les eaux. Au chapitre XVI, une guérison de démoniaque rappelle plusieurs traits dos récits évangéliques. Dans les Vera histoiiœ, II, 11^ la description de la capitale de l'ile des Bienheureux nous reporte à celle de la Jérusalem céleste dans Apoc. XXI. (Voir Planck, art. cUé, p. 886.)

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