LE PEREGRINUS
les crimes, après avoir étranglé son père, erre longtemps en fugitif de lieu en lieu. Il arrive enfin en Palestine, où il entre en rapport avec les chrétiens. 11 obtient rapidement un grand crédit auprès d'eux , et se voit promu aux premières charges de l'Eglise. Jeté en prison pour s'être rattaché à une religion proscrite, • il est comblé de la part de ses nouveaux frères des témoignages d'une affection enthousiaste. Il reçoit leurs \isites et leur présents. A peine sorti de prison, il recommence le cours de ses voyages et de ses infamies ; de chrétien il se fait cynique, son séjour en Italie est signalé par de grossiers outrages contre l'empereur : il termine cette carrière honteuse en se faisant élever à Elis un bûcher qui doit être le piédestal de sa gloire, car il y monte en grande pompe devant toute la Grèce assemblée pour les jeux solennels.
Tel est le canevas des moqueries de Lucien contre le christianisme. Si nous examinons avec soin les passages consacrés à dépeindre les adhérents de la religion nouvelle, nous y trouvons un singulier mélange d'impartialité et d'injustice. Les faits ne sont pas défigurés si ce n'est dans la scène finale ; ils sont mal interprétés plutôt que dénaturés. Ainsi il n'y a pas vestige chez Lucien des calomnies atroces qui circulaient de son temps sur le culte secret des chrétiens. Toute cette fantasmagorie de l'imagination populaire qui fit couler tant de sang n'a exercé aucune influence sur son esprit. Il rapporte froidement ce qu'il a vu sans y rien ajouter, si ce n'est des remarques satiriques. Aussi
rcncl-il sans s'en douter le plus beau témoignage à la