‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 4)Chapitre 60 sur 277 · PARODIE DU CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

PARODIE DU CHRISTIANISME

secte qu'il veut décrier. D'autres verront la grandeur là où il n'a vu que la démence; le témoignage qu'il rend aux plus touchantes vertus chrétiennes est d'autant plus précieux qu'il est plus involontaire. Au fond, toutes les accusations de Lucien en ^reviennent à une seule : la crédulité des sectateurs du Chriist. C'est ce qui devait le plus choquer un philosophe épicurien comme lui. Ils sont les hommes de la foi, tandid qu'il est l'homme de la vue, il y a entre eux et lui tôiite la distance qui sépare le spiritualisme le plus élevé du matérialisme abject qui ne sait pas dépasser le cercle étroit du visible et s'y enfermç résolument. « Ces misérables , dit-il, se sont persuadés qu'ils sont immortels, et qu'ils vivront toujours * . Cette crédulité stupide, qui les amène à croire à une autre vie, les a rendus victimes de la plus étrange imposture. Le fondateur de leur religion est un sophiste obscur mis en croix en Palestine pour avoir introduit un culte inconnu en Judée. Ils adorent ce misérable crucifié et c'est sur sa foi qu'ils ont abandonné la brillante religion des Grecs pour une nouvelle superstition ^. >» Il manquerait quelque chose à la gloire du Christ s'il avait été jugé autrement par un Lucien. Non contents de donner ainsi leur confiance à ce premier imposteur , les chrétiens l'accordent avec une égale facilité à quiconque cherche à les çéduire. « S'il vient à se présenter parmi eux un imposteur, un fourbe adroit, il n'a pas de peine à s'enri-

* Il£iw£iV,a(yi Y^P ai'fôùç ot xaxoSa(|xove<; to \lïv 5Xôv iOàvATOt sasŒÔaat, [Peregrinus, c. XIII, Luc, 0/?., p. 691.)

* Tôv oï àveŒXôXoT:iŒ|j(.évov crsçwT};v auTÛv rpoîxjvoiiat. {Id.)

HOMMAGE INVÔLONTAlM. 9Ô

dur fort vite en riant sous cape de leur simplicité. » Cest ce qui a fait la fortune de Pérégrinus. Lucien le représente comme un second Christ ; son autorité sur ses notiTeaux frères devint promptement si grande qn'Os ne se considéraieiit plus vis-à-yis de lui que comme des enfants. « H fut tour à tour prophète, introducteur des mystères, chef d'assemblée; il interprétait les livres sacrés, et en composait de nouveaux, si bien que plusieurs le regardèrent comme un dieu, un législateur et un pontife égal au Crucifié * . ^^ Pérégrinus sert ainsi à une double fin ; le Christ et ses adorateurs sont tour à tour raillés dans sa personne. L'emprisonnement de l'imposteur fournit l'occasion d'un nouveau tableau satirique. Lucien nous montre les chrétiens se regardant comme frappés dans la personne de Pérégrinus et mettant tout en œuvre pour le délivrer. « Dès le matin on voyait rangés autour de la prison une foule de vieilles femmes, de veuves et d'orphelins ^. Les principaux chefs de la secte passaient la nuit auprès de lui, après avoir gagné les geôliers à prix

d*argent; ils se faisaient apporter toute sorte de mets et lisaient leurs livres saints. » Evidemment Lucien

1 Kat Ti yàp ; èv ^pCLyd 7:aTôaç auxoùç àzéçr^vs xpcçYjTrjÇ xal ^isadpyTiÇ xal ÇuvaYwyeùç y.al xavra [xévoç auTOç wv xat tûv 3^6 Xtuv 'àç yiv èÇriYSiTO xat Btscaçe»., 7:oXXà^ Bè airb; xal ^uvéYpaçe xol &q ôeèv aÔTOv èxeivot rf^oÙYzo ym vo[j!.o6éTr^ iyjpdvzo xal Tupocramfjv èTc&Ypotçov* tov [Jiévav ^oùv exsTvov eTt céfousi, tcv àvôpwxov Tbv Iv t^ naXaicTtVYJ àvaaxoXcTwiaOévra, '6v, y-a'.VYjv Tau-r^v tsXetyjv etc^OYev èç cbv ftov. (PeregrintiSy c. XXXI ^ Luc, Ojtyera, p. 691.)

•"H Y^ àXXï) Ospaxsia xaaa gùv gxcjSy) è^iYveTO y.al ewôcv lJL£v èv6ùç ?<v bpôb xapà tco 5£crj;.a)Tr,p{q) xep'.jJLévs^/Ta Ypa8ta Xt;pa; T'-và^ -/.ai TZvZioL 5pçava. {Pérégrinus^ c. XII.)

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