‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 4)Chapitre 61 sur 277 · HOMMAGE INVOLONTAIRE · texte numérisé non relu

HOMMAGE INVOLONTAIRE

dépeint ici uuc de ces sublimes agapes célébrées furlivcment à Fombre du cachot des confesseurs pendant Jes jours de la persécution. Ce caractère miséricordieux d'une religion qui attire à elle les infortunes les plus touchantes, les veuves, les orphelins, et qui fait d'une obscure prison le sanctuaire de la charité n'excite que ses railleries. Il passe devant la charité des hommes comme il a passé devant la charité d'uu Dieu crucifié en hochant la tête et en riant, mais il ne Fa pas moins signalée à Fadmiration des âges futurs. « Ce n'est pas tout, ajoute-t-il, plusieurs villes d'Asie envoyèrent à Pérégrinus des députés au nom des chrétiens, pour lui servir d'appuis , d'avocats et de consolateurs. On ne saurait imaginer leur empressement en de pareilles occurrences : pour tout dire, en un mot, rien ne leur coûte. Aussi Pérégrinus vit-il arriver de grosses sommes d'argent. » Ce passage fait ressortir non-seulement la charité que se témoignaient les membres d'une même Eglise, mais encore la sainte solidarité qui existait entre les chrétiens de tous les pays. On dirait une illustration de cette belle parole apostolique, que quand Fun des membres du corps mystique souffrait, tous souffraient avec lui. Le profane n'y a rien compris et cette grande catholicité évangélique n'a fait qu'exciter sa maligne gaieté. « Leur premier législateur, dit-il en ricanant, leur a persuadé qu'ils sont tous frères *. Ils méprisent également tous les biens et les mettent en commun, par suite de la confiance entière

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HOMMAGE rWOLONTAIRE. êOi

qu'il ont en ses paroles. » La fraternité chrétienne est en dehors de Thorizon de Tépicurien ; Thomme qui ne veut irivre que pour soi ne saurait voir qu'une insigne folie dans Famour généreux. Plus le dévouement grandit, plus il est insensé à ses yeux. Le martyre est le comble de la déraison pour Lucien, et il dirige contre loi les moqueries les plus amères. Toute la dernière partie du Pérégrinus est une parodie du supplice des chrétiens. On a contesté celte interprétation par la raison que Pérégrinus, en sortant de prison, se rallie à la secte des cyniques, mais si Ton so souvient que Lucien considère le christianisme moins comme une secte spéciale que comme une manifestation bizarre de la maladie religieuse de son temps, maladie qui lui semble commune à toutes les écoles différentes de la sienne, on compren* dra qu'il lui fut indifférent de s'attaquer aux cyniques ou aux chrétiens; à vrai dire, il s* attaque aux deux sectes à la fois , et il confond la sainteté des uns avec la fausse austérité des autres. Peu importe donc que Pérégrinus passe de F école du Christ à celle de Diogène; pour Lucien, il suit la môme direction. Rien d'ailleurs n*était plus facile à admettre dans une époque d'éclectisme universel que la fusion de deux tendances chez le même homme. Si Lucien fait parler et agir Pérégrinus comme un cynique, il le fait mourir comme un chrétien. C'est peut-être pour outrager à son aise le chrétien qa'il en a fait un cynique. Ne croyant pas aux calomnies odieuses dont les masses ignorantes poursuivaient TEulise, il n'eût pas osé avilir aussi oomplétemeui un (les représentants de la religion nouvelle s'il ne Pavait

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affublé du manteau déchiré et souillé de Diogène* Cette confusion est comme un hommage nouveau et indirect au christianisme. On ne saurait d'ailleurs méconnaître dans la mort de Pérégrinus un pastiche bouffon de deux martyres dont Lucien avait eu certainement connais* sance , en Asie Mineure; des traits nombreux de son récit rappellent la mort d'Ignace et celle de Poly carpe. Les ambassades des Eglises à Pérégrinus, son ardeur immodérée de mourir nous reportent aux lettres brûlantes de révêque d'Antioche; la scène du bûcher d'E* lis et r empressement des amis du défunt à recueillir ses cendres, rappellent, au travers de bien des travestissements les Actes du martyre de Févêque de Smyrne. Remarquons enfin que Lucien, dans la première partie de son écrit, a signalé comme Fun des travers les plus inconcevables des chrétiens, le mépris des suppliées qui les pousse à se livrer volontairement à la mort. N'est-ce pas là ce que fait Pérégrinus? son supplice ne peut donc être considéré que comme la caricature du martyre. Nous nous en convaincrons en en retraçant les détails. Le bûcher avait été construit à vingt stades d'Olympie.A peine la lune est-elle levée, Pérégrinus s'avance dans son * costume ordinaire, entouré des principaux de sa secte semblable aux confesseurs qui étaient suivis de leurs frères jusqu'au seuil de l'arène. Il dépose sa besace et brûle de l'encens, puis il disparait dans les flammes. Ses adhérents, rangés autour du feu, demeurent immobiles et gardait un silence qui peint leur douleur. « Je rencontrai, ajoute Tironique narrateur^ une foule de gens qui fiUaiept Toir ce spectacle,

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