‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 4)Chapitre 63 sur 277 · CELSE · texte numérisé non relu

CELSE

dire, en un mot, du christianisme contre Tépicuréisme. Ce qui était le grand scandale du second était la meilleure force du premier; Tattague et la défense devaient donc se concentrer sur ce point. Les chrétiens n^avaient pas de meilleure manière de répondre à leurs profanes adversaires que de continuer à souffrir et à mourir pour la vérité. Leur triomphe était certain, car après tout la conscience humaine est du parti de ceux qui se dévouent et non du parti de ceux qui se moquent.

B. — Attaques de Gelse contre le christianisme.

Le christianisme devait rencontrer dans les rangs de réclectisme philosophique un adversaire, non pas plus mordant et plus spirituel, mais plus habile et plus acharné. Celse, qui vivait sous les Antonins*, paraît avoir professé un système composé des éléments les plus hétérogènes, puisqu'il associait le platonisme à Tépicuréisme. Ce bizarre mélange n'a rien qui doive nous étonner dans une époque livrée au syncrétisme le plus désordonné, qui abaissait toutes les barrières et effaçait toutes les limites précises entre les doctrines. Nous ne trouverons chez Celse, ni le platonisme classique, ni répicuréisme ordinaire; le premier s'est quelque peu rabaissé dans son système, et le second quelque peu

* Golso ne peut avoir écrit avant Marc-Aurèle, puisqu'il parlait des Marcionitès, qui n*ont apparu que vers Tan 1 42 après Jésus-Christ^ et des Marcelliejis, gnostiques de la secte de Carpocrate, qui vint à Romç vers Tan 157 (Irénée, Confm Hœres., I, c. xxiv.) Les détails qu'il donne snr les chrétiens, réduits à se cacher pour fuir la mort, se rapportent .tssez bien an rèsrne de Marc-Aurèlo (Centra Cels., VUI, C9.)

IL EST A l.A FOIS PLATONICIEN ET ÉPICURIEN. 40o

élcYé; il n'a ni la haute spiritualité d'un disciple fidèle de r Académie, ni la grossièreté du troupeau d'Epicure . C'est à lui que Liucien avait adressé son écrit : Alexan-ire le fana: Prophète^ Représentant la philosophie

* Plusieurs historiens de l*Eglise ont refusé d'admettre que le Gelse qui a écrit contre le christianisme fût le même homme que le Celse ami de Lucien et épicurien dont parle le grand apologiste {Contra Cels., 1, 8). Bs invoquent d'al>ord les principes évidemment platoniciens qui étaient à la base du système de l'adversaire d'Origène; ils font^ de plus^ remarquer que le défenseur du christianisme ne s'exprime qu'avec une certaine hésitation sur la personne de son contradicteur. Ils concluent de ces considérations qu'il y a eu deux Celses^ un Celse épicurien et un Ceke platonicien. Le passage suivant, où Origène semble supposer qu'un antre Gelse que son contradicteur habituel a pu écrire contre le christianisme^ est invoqué à l 'appui de cette hypothèse : El ^e cut6ç ècrt xxi b yuaczà xptcxtavôv àXXa Buo ^iSXix cuvriÇaç. « Si toutefois c'est hd qui a écrit deux autres livres contre les chrétiens.» (C. Cels,, IV , 36.) On conclut de ce passage qn'Origène admettait qu'un second Celse^ égalenient opposé à la religion nouvelle, mais qui l'aurait attaquée à un antre point de vne^ avait pu exister. 11 serait alors facile de s'expliquer qœ le ^and apologiste eût plus d'une fois attribué au platonicien les idées de l'épicurien, et la difficulté serait ainsi résolue. Mais au livre YII, c. Lxxvi^ Origène parle à son ami Ambroise d'autres livres dans lesquels Cdse l'épicurien a attaqué le christianisme ; il s'en suit que dans le premier passage il parlait déjà du disciple d'Epicure, et qu'il faisait simplement allusion aux autres écrits du même genre qu'il avait composés. Si l'on déclare que l'association entre un platonisme mitigé et un épiduréiane amoindri, au deuxième siècle après Jésus-Christ, est impossible^ il feut admettre qu'Origène s'est complètement trompé sur ce point; car il est certain qu'il attribue au même homme des idées empruntées à ces deux écoles. Or, nous ne pouvons croire qu'un docteur d'âne si haute capacité philosophique ait pu attribuer au même homme deox doctrines qui auraient été absolument inconciliables de son temps. Pour qu'il ait fait de Celse un épicurien, il faut que le mélange d'un certain platonisme et d'un certain épicuréisme fût alors possible. Comment affirmer le contraire dans un temps où toutes les idées et toutes les religions se mêlaient? Comment être jamais assuré qu'on a épuisé les c<Hnbinaisons de ce syncrétisme universel? D'ailleurs Celse s'était attaché^ dans le platonisme, au côté oriental et panthéiste qui pouvait très bien s'associer à l'épicuréisme. Le philosophe qui ravalait l'homme au-dessous de la brute était un disciple bien émancipé de Platon. Nous nous en tenons donc îi l'hypothèse d'Oriprône qui nous semble encore

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