ATTAQUES CONTRE LA GREDIBILITK DES EVANGILES
vaste érudition d'un philosophe grec; il en fait le type de ce conservatisn?r: inintelligent qui immobilise Tcsprit dans le passé > Son scribe reproche aux chrétiens de s'être laissé tromper ridiculement par Jésus , et d'avoir abandonné la religion de leurs pères en changeant de nom et de manière de vivre * . Versé dans la connaissance des saints livres comme il convient à un docteur de la loi, le Juif mis eu scène par Gelsc discute minutieusement les textes^ compare les documents et les détruit les uns par les autres. C'est par Texégèse qu'il prétend discréditer le récit évaugéliquc et il répèle en esclave docile de la lettre qui tue. Conyaincu que les chrétiens se percent eux-mêmes avec leurs propres Ecritures, il les leur oppose saus cesse comme le tranchant du glaive qui doit les enferrer ^.
Tout d*abord, le rabbin rusé, confondant à plaisir
les quatre évangiles canoniques avec les évangiles
apocryphes qui pullulaient alors, prétendait que les
livres sacrés des chrétiens avaient subi d'iuDombra-
Ues falsifications : « Semblables, disait-il, à ceuxqui^
dms ri^resse, portent la main sur eux-mêmes, ils ont
modifié et dénaturé trois et quatre fois et plus encore
le texte des évangiles , afin d'écarter les objections
qui leur sont faites ^... Mais ils n'ont pas si bien pris
leurs précautions qu'ils n'aient laissé encore d'innom-
'^iptévot eiç àXXo ovopia, xal dq àXXov pbv. {Contra Cels., II, 1.)
• AÛTOt "(CLp éaUTOTç XcplXlXTSTS. {Id., IF, 74.)
* V l^otsv zpbç Toù^ i\ij/fl*J<; àpveT^Oa;. ([d,, II, 27.)
HO IL S'ArrAQUE AU RÉCIT SACRÉ.
brables contradictions dans les récits dont ils revendiquent r authenticité. » Le Juif passe en revue ces prétendues contradictions en opposant sans cesse les uns aux autres les divers récits des évangiles. Jamais, du reste, il ne se contente de la critique des documents ; il s'attaque constamment au fond des choses. Ce A'est pas assez pour lui de démontrer qu'on ne peut accorder sa confiance à Matthieu, à Marc, à Luc et à Jean; il poursuit de ses railleries amères le héros divin du récit. Il se garde bien de discuter les oracles des prophètes que les chrétiens invoquaient contre les adhérents de la synagogue, et par lesquels ils frappaient véritablement leurs adversaires avec leur propre glaive. Le Juif de Gelse passe complètement sous silence les déclarations précises de l'Ancien Testatiieiit sur le Messie * ; il donne raison à l'incrédulité de ses compatriotes, et il en tire simplement la conclusion que les chrétiens ont mal interprété les prophètes. « Comment s'expliquer, dit-il, que nous eussions couvert d'opprobres Celui dont nous devions annoncer la venue à tous les hommes et proclamer les jugements sévères contre les méchants?» Après s'être ainsi facilité la tâche, il déchire Tune après l'autre les pages des récits sacrés. Les généalogies qui ouvrent les deux premiers évangiles ne Talrétent pas longtemps ; il ne paraît pas avoir saisi toutes les difficultés de ce redoutable problème de la critique. Il se borne à signaler le contraste entre une origine si glorieuse et la basse condition de la mère du Christ -4
1 Contra Ceh., l, 49. » Id., IF, Zl,
ÎL S'ATTAQUE AU RÉGIT SACRÉ. Ml
11 cherche à avilir la Vierge de Bethléhem en se faisant Fécho des plus infâmes calomnies sur la naissance de son fils prenûer-né; il Tattribue sans hésiter à une Mson coupable avec un soldat romain * . « G*est une mjore ramassée dans la fange des carrefours, comme le dit justement Origène ^. La fuite en Egypte lui sem- Ue le comJble du ridicule. « Qu*ayais-tu donc besoin de Venfoîr? dit-il à Tenfant j^ésus. Etait-ce pour n'être pas immolé? Mais un Dieu n*a pas à craindre la mort.... Est-ce que le grand Dieu qui avait envoyé deux anges pour te sauver n'aurait pas pu conserver sain et sauf son propre fils dans ta maison ^ ? » Ce n*est pas que ce Toyàge en pays étrangers ait été inutile au fondateur de la religion chrétienne. « Elevé secrètement en Egypte, il y apprit à faire des miracles, et il put ainsi à son retour se faire passer pour un Dieu *. » Cette aceusation de magie revient fréquemment dans le livre de Celse. Nous verrons qu'il Fa développée plus tard en son propre nom. « Faut-il croire, ajoute son juif, à tams les charlatans qui pratiquent ces sortilèges et les prendre pour des dieux ^? » C'est sur la divinité du SauTenr que le représentant de la synagogue concentre ses attaques. « S'il suflBt, pour être Dieu, d'attribuer sa naissance à une intervention de la Providence, diacun de nous peut se proclamer un Dieu. Alors c'est
* 'ATi(Aa>ç cx^Ttov èYévvTjcrc xbv lyjŒ0Î3v. (Contra Cels,, I> Î8.) ' W., I, 39.
» Tcv Btov uidv. {Id., 1, 66.)
^ Ôebv te èxetva; Tàç Suva|jt.£t; eauTOv àvavopcuo'^a. (Id., l, 38.)
* Id., I, 68.