MYSTÈRES D'ISIS ET D'OSIRIS
gile, la mort, à laquelle nous sommes conyiés pour
retrouver la vie véritable, n'est pas simplement la mort physique, qui consiste dans la séparation de l'âme et du corps; elle est d'un ordre moral et nous transporte dans le monde surnaturel. La mort, qui sauve le chrétien, est tout d'abord le libre sacrifice de la rédemption offert par le Christ, mort volontaire et sainte à laquelle doit correspondre la crucifixion intérieure du pénitent, abjurant son passé, brisant ses idoles et mourant réellement à lui-même. Les mystères du paganisme ne sortent pas de Tordre naturel; d'après eux, c'est la mort physique qui produit la vie supérieure, et ils se bornent à révéler le sens profond d'une destruction dont ils font le moyen de la palingénésie universelle. Encore ici ils trompent les besoins qu'ils prétendent satisfaire, et il y a entre eux et le christianisme toute la distance qui sépare le monde matériel du monde moral. L'analogie apparente cache une profonde dissemblance. Ne l'oublions pas, toute fausse religion est une parodie de la véritable.
Les mystères d'Isis et d'Osiris furent les premiers à s'implanter dans l'Occident gréco-romain. L'Egypte était depuis longtemps considérée comme le berceau de la religion; on croyait qu'elle cachait dans ses sables la source de la civilisation grecque ; elle échappait ainsi au mépris que les fiers enfants de l'Occident témoignèrent pendant tant de siècles pour tout ce qui ne se rattachait pas à leur élégante culture. Alexandrie était devenue le foyer principal de la littérature et de la philosophie, et si elle avait largement subi l'influence de
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rheUénisme, elle avait en échange mis en grande estime les idées de Tantique Egypte. Partout dans Fempire s'élèYent des temples à Isis, à Osiris et à Sérapis. Plasieurs empereurs, tels que Domitien, Commode, Caracalla et Alexandre Sévère, favorisent le culte des dirinités égyptiennes. Les prêtres qui sont voués à leurs autels jouissent d'une popularité exceptionnelle ; on vient à eux dans Tespoir d'en obtenir des guérisons mîracaleuses. Le drame religieux de la vieille Egypte, qui consistait à reproduire vivement la recherche anxieuse d'Osiris par Isis, avec tous ses émouvants épisodes, n'est plus seulement représenté au bord du Nil, mais encore en Italie et en Grèce. La divinité féminine éclipse complètement les dieux mâles, parce qu'elle se prête mieux à symboliser la grande mère ou h nature. Des inscriptions désignent Isis par ces mots : L'unique qui est tout*. Les mystères qui étaient célébrés en son honneur étaient pénétrés de ce souffle panthéiste. Apulée nous en a donné un tableau très brillant; les métaphores prodiguées par son imagination romanesque ne nous empêchent pas de saisir la pensée profonde de ces grandes représentations religieuses. Isis se présente tout d'abord à nous comme la personnification de la nature. Ecoutons le discours qu'adresse la déesse à celui qu'elle veut enrôler parmi ses initiés : « Je suis la nature ^, mère des choses, maîtresse de tous les éléments, origine des siècles, divinité suprême, type uniforme des dieux et des
1 Orem Inseript.y c. VI, 1871.
• « Natora {wrens, tamma numiDimi. » (Apul.^ Metamorph., liv. XI.)