LA VIE D'APOLLONIUS DE TYANE^ PAR PHILOSTRATE
répoqiie par cette vie aventureuse passée à parcourir le monde pour assouvir sa soif de croyances nouvelles, par les prodiges semés sur ses pas et aussi par sa haine de la tyrannie. On devait être tenté d'en faire un type idéal, et le meilleur moyen, pour cela, était d' emprunter qaelques traits touchants à ces récits évangëliqnes dont on voulait détourner les esprits. PhiloBtrate espérait réunir ainsi dans la personne d'un seol homme à la fois prophète et philosophe les plus nobles attributs de la philosophie et de la religion , et satisfaire tout ensemble les masses ignorantes et les esprits cultivés. La Vie d'Apollonitis de Tyane a été évidemment écrite dans cette intention. On voit que Tautenr est constamment préoccupé du désir de présenter le fameux magicien comme le sage parfait qui répond à toutes les aspirations de Fancien monde ^
Les traits empruntés aux Evangiles abondent dans le livre de Philostrate ; ils sont faciles à reconnaître , malgré tous les ornements légendaires dont ils sont surchargés. Des signes miraculeux annoncent Tapparition d'Apollonius dans le monde ; sa mère reçoit des avertissements divins d^ns des songes ; le ciel même iolervient : un éclair rapide fend la mer et remonte dans l'éther supérieur, brillant symbole de la destinée de cet homme merveilleux ^. 11 n'écrit point de livres; ce n'est pas plus sa mission que celle du Christ;
* Néander nie^ à tort s 'ion nous^ cette intention polémique [Kirsch. Gnch,,\, p. 179}. Biur la fait rassortir avec sa sagacité accoutumée^ lAea qa'il exagère la tendance conciliatrice du livre de Philostrate. (Oavr. cité^ p. 505^ 506.)
* Philo6trat«^ Vie et Apollonius de Tyane, l, 5.
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son langage n^est ni pompeux, ni sobtil, ni Tolgaire, mais il est empreint d'une simplicité forte * • H fait habilement surgir les plus hauts enseignements des plus simples circonstances^ et se plaît à multiplier les paraboles dont le thème est fourni par la Tie des champs ^ ; sa parole est comparée à une source jaillissante où boiyent les âmes altérées ^ ; quelques humblés disciples le suivent en tout lieu, et il se consacre à eux avec le dévouement le plus entier. Sa perspi-* eacité pour démêler les pensées et les dispositioas de ses interlocuteurs est admirable; il lit dans les cœurs, et la vie de ceux qui l'approchent lui est révélée par une intuition mystérieuse*. L'amour qu'il inspire à ses disciples ne va pas cependant jusqu'à les retenir auprès de lui à l'heure du danger ; la plupart l'abandonnent à la veille de son jugement. « Les uns prétextèrent une maladie, les autres le manque d'argent pour voyager, un troisième désirait revoir sa patrie , un quatrième avait eu de mauvais rêves, et de trente-quatre disciples , huit seulement lui demeurèrent fidèles jusqu'à Home ^. » Pendant tout le cours de sa vie, Apollonius va de lieu en lieu en faisant du bien, et les foules s'attachent partout à ses pas. Il enseigne des purifications eflBcaces aux coupables, et les renvoie pardonnes par les dieux*. « Gomme il se rendait à Ephèse, les artisans eux-mêmes abandonnaient leur travail et le suivaient, car les uns admiraient sa sa-
4 Philostrate, 1, 17.
• Id., I, 3; IV, 4. (Voir la parabole des passereaux.)
» Id., IV, 24. * /(/., Vï, 2. » Id., IV, 37. • Id., VI, 5.
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gesse, les antres sa figare, ou sa manière de vivre, ou ses Yètements, ou toutes ces choses ensemble... Beauecrap de malades , soupirant après la santé, allaient k lui poussés par une inspiration divine \ » Il prononce ses simples discours tantôt sur les degrés d'un temple,. tantôt snr les collines, ou dans les champs. U blâme sftrèreinent Torgueil et la sensualité, et prêche aux. multitades Famour de la sagesse ^ ; ses miracles répandent sa répatation au loin. Le pastiche de FEvangile est érident dans ce tableau général de la vie d* Apollonius. rimitation est encore plus frappante dans quelques traits particuliers du récit. Apollonius arrive à la cour du roi de Babjlone et y obtient de suite un grand créfit Un employé du palais est pris en flagrant délit d* adultère dans le harem. Interrogé sur le traitement qQ*on doit infliger aux coupables, le sage leur fait grâce de la mort '. Rencontrant à Rhodes un jeune riche qui ne vivait que 'pour le luxe, le magicien lui reproche avec une grande sévérité son amour des ridiesses ^. A Athènes, il guérit un jeune démoniaque en commandant impérativement au démon de laisser sa nctime, et Tesprit malfaisant ne Tabandonne qu'après iToir obtenu de passer dans une statue voisine. Une jeane fille de famille consulaire, à Rome, avait toutes lés apparences de la mort ; ses parents la pleuraient iéjà. « Je Teax sécher vos larmes, » dit Apollonius ; et iprès avoir touché la jeune fille et prononcé quelques farcies snr elle, il la rend vivante à sa famille. Le
* Phaostrate, IV, 1. « Id., IV, 2. s W., 1, se. Comp. Jean Xn.