SA DOCTRINE EST LÀ PHILOSOPHIE DL' TEMPS
est inTuInérable ; mais cesse de faire couler les larmes des hommes; car, à cette heure, une formidable plainte 8*élëYe des mers et des terres pour accuser la langue de tes sycophantes qui te font haïr du monde * . » Après sa délivrance miraculeuse, se trouvant à Ephèse, il annoBca à ses disciples la mort de Domitien, à Theurc ■éme où le tyran succombait ^. Apollonius n'est donc pas seulement un Messie philosophique, un ascète, un grand magicien ; il joue encore le rôle d'un Messie politique , et il parle aussi bien aux passions du peuple qu'à son imagination et à ses aspirations religieuses. Pour ce qui est du fond de sa doctrine, il n'a rien d'orig;inal. 11 exprime les idées courantes du milieu d*ob sortit le néoplatonisme; il les recouvre seulement d^une teinte de spiritualisme empruntée au christianisme. Le dualisme et la métempsycose sont à la base de son enseignement, et grâce à un allégorisme commode, il sanctionne toutes les superstitions et adore tons les dieux. Ses discours portent F empreinte dn platonisme mystique de son siècle ; il admet la kmgue chaîne des divinités intermédiaires qui agissent sur la nature. Il prêche Faustérité poussée jusqu*à Fascétisme, combat Favarice et insiste sur la vie intérieure. On reconnaît Finfluence de la religion nouvelle quand on Fentend protester contre une dévotion tout extérieure qui prétend suppléer à la piété et à la sainteté par de coûteuses offrandes et de pompeux sacrifices. « Les dons magnifiques du coupable, dit-il,
t PhUostrate, Vin, 7. « /</., Vm, 25.
454 OUTRAGE D'APULEE AU GURISTIANISIIE.
ne doivent pas être considérés comme une ofirmnde aux dieux, mais comme la rançon de ses crimes. « Les discours que lui prête Philostrate , à part qudLques mots admirables, sont longs et traînants, subtils et froids. Bien de vivant ne palpite sons cette parole prétentieuse; et sans ses prétendus miracles , ApoUomus fût demeuré dans la plus profonde obscurité, car il ne revêtait pas ses pensées d'une forme assez belle pour les rajeunir. Aussi la tentative de Philostrate d'opposer le fameux magicien à Jésus-Christ devait édiouer honteusement; il n'en devait rester qu'une parodie manquée.
Une même tendance peut avoir des organes bien différents. Tandis que Féclectisme du temps trouvait une expression élevée dans le livre de Philostrate, il s'associait dans le roman d'Apulée aux peintures les plus lubriques. Il n'y a pas lieu de s'étonner que les quelques mots consacrés par lui au christianisme renferment une vile insulte. Peignant l'une des héroïnes de bas étage qui inspirent le mieux sa verve impure, il donne à entendre qu'elle était chrétienne, et c'est la religion nouvelle qu'il bafoue et calomnie dans la personne de cette femme chargée de vices et arrivée au dernier degré de l'avilissement.
« Elle était, dit-il , malicieuse , cruelle , débauchée, aussi avare dans ses infâmes rapines que prodigne dans ses hideuses dépenses, étrangère à toute bonne foi, ennemie déclarée de la pudeur. Elle méprisait et foulait aux pieds les saintes divinités, puis, en guise de religion, elle feignait le culte mensonger d'un Dieu