‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 5)Chapitre 101 sur 236 · L'EPIPHANIE CÉLÉBRÉE AD III« SIÈCLE. S · texte numérisé non relu

L'EPIPHANIE CÉLÉBRÉE AD III« SIÈCLE. S

« Le chrétien parfait, dit excellemment Origène^ qui yit dans la communion du Yerbe par ses paroles, ses actes et ses pensées, fait de sa yie un long jour du Seigneur. S'il se prépare toujours à la yie véritable par son renoncement à la yie des sens, il célèbre perpétuellement la préparation pascale. S*il pense sans cesse que Jésus-Christ est notre PAque et que nous deyons manger la chair du Yerbe, sa p&que à lui est constante. S'il peut dire : Nous sommes ressuscites, ayec le Christ et nous sommes assis ayec lui dans les lieux célestes, il ne yoit jamais la Pentecôte cesser pour lui, surtout, si remontant dans la chambre haute, il deyiélit digne par ses prières de recevoir en quelque mesure comme les apôtres les langues de feu ^ »

An commencement du troisième siècle nous voyons apparaître une troisième fête : celle de TEpiphanie qui rappelait la consécration glorieuse de Jésus -Christ à son ministère par le baptême. D'après le témoignage de Clément d'Alexandrie, les disciples de Baailides l'avaient transportée en Egypte ^. Il est probable qu'ils l'avaient trouvée en usage dans les Eglises judaïsantes de la Palestine et de la Syrie pour laquelle elle avait une importance particulière au point de vue théocratique. L'Eglise se l'appropria dans le cours du troisième siècle. On peut con-

» Oôx ïoTtv Sre oô icoiet xb 'RàrfCL. (Orig., Contra Cels,, VIII, 22.)

« Ebt iï ol xeptepY^'fÊpov ty) Y^vécrst tou aiùvqpoç •{jiJuSv où

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d'Alex^ Strom., \, ti, 145^ 146.

161 AflKtVËRSAmfô Dfi9 llAlttTRd.

dure du même texte de Clément, qui mentionne nn ealcul mitintieax pbui^ déterminer la date de la Uaisâance de Jésus-Christ, que ce grand fait contmeuoft à être célébré en Orient de son temps. An commencement du quatrième siècle, ces fêtes ont décidément passé dans les coutumes généi^Ied de TEglise.

A ces grandes fêtes il faut joindi^e rannlret^ire de la mort des martytd. On se rendait èu foule à leur tombeau, pour y lire les actes de leur supplice, ratiter leur souYenir et participer à la sainte euôharistie dans ces lieux qui paraissaient sacrés enti'ô tous à létmi Mites engagés dans les mêmes cotnbàts. Nulle superstition ne se mêlait primititement à ce p!ea& uilage, comme on peut s'en couYàinère paf la fnanièrè dont les Amis et les disciples de Polycarpe expliquent les funèbres honneurs qu'ils lui rendent : « Né sait-on pas, disaient-ils, que nous n'abandonnons point le Christ qui a souffert pour le sftiut du monde ëhtier, (iomtfie si nous transférions à d'antres rhonnéUf qui lui est dû? Nous le prions Lui comme le fils de DieU, nous notts contentons d'aimer les martyrs comme ils le méritent, à cause de leur amour invincible pour lèUr roi et leur maître, dans le désir que rions éprouvons d'êti^e lenrs frères et leurs imitateurs. Nous avons pris les ossements de Polycarpe, qui sont plus précieux que Foi et les pierres précieuses, pour les mettre en un lieu convenable. Dieu nous permettra de nous y rassembler dans la joie et l'allégresse et d'y célébrer l'anniversaire de son martyre, en souvenir des combats qu'il a soutenus et pour exercer aux mêmes luttes ceux qui y sont

ANNIVERSAftfcS WSÈBftÉS ftS lA Sff ABÉlLtE CÉftÉTIENNE. «63

destinég ^ ^ Il est inooiiteBtâble q'tie Tattiobr pont les martyH prit un caractère d'exaltation exagéré aa troisième siècle, ainsi que nous Varons constaté qtiaM il s^est agi de l'organisatfx^ii ecclésiastique. L*idée si (^nde> si chrétienne dé la solidarité qni nnit rEglidé militante à TEglise triomphante, ne demeura pas dànis les justes limités où «lié s*étëit d*abord rélifèméè. Ifoas aTOns cité des te&tés dt)f1gènë et de Gyprien, qtii malgré une grande beauté n'étaient pas ââns péril, piree qu'ils assOClMent les Cônfésàedris à Ttsûtre rédemptrice pht tels Mérités préNUdiia qu'ils avaient bCquis. De là à fAirë de leur cdtamémoràtion une invocà- Uon il n'y aVâit qu'un pïils. Il ne fut pas franchi aVAnt le quatrième Siècle, mais on ne peut se dissimuler que rEglisé ne fût sur la yoie qui conduisait au culte déb saints, malgré tes énerg^qned protestations dé TéKuI- Itefi» Le sentiment qui avait donné naissance à k célébration dé rAnniVeTsaire des martyrs n'en était pb^ moins très-grand et trèS'-pur sbnft sa forme première. L'Ëglise affirmait ainsi qu'elle ne connaissait paà de biis Hère entre h têri^e et le ciel, entre lé visible et l'inVî-^ sible, et que personne n^était plus vivabt pouf elle qne «es morts. Elle ne se contentait pas d'honoref éëtix qui étaient illustres. La famille chrétienne aimait à se ras-^ sembler dans la catacombe près dés dépôtdlles chéries et Vénérées des sièhs au Jour Aunivei^ire de leur naissance. Elle y trouvait comme un foyer deux fbis

laeré qui resserrait ses liens. C'est ce qbi explique

• Achat Pôtycrài. feuéibe, tf. É., iV, Ib.

tu AUSTÉRITÉ DES FÊTES CHRÉTIENNES.

rimportance extraordinaire donnée anx. sépaltares chrétiennes. La fête de famille prenait un caractère pins gé* néral quand il s'agissait d*an martyr. Rien n*a été plas beau et plas émouTant dans les premiers siècles de TEglise que ces cultes commémoratifs dans ces souterraios ornés de symboles bibliques, sous ces Toutes sombres qu'éclairaient les lampes funèbres et sous lesq[ue]]es roulaient en long échos les hymnes de Fespérance et de Tamour.

Telles sont les fêtes célébrées ayant le concile de Pificée. Nous n'en trouYons aucune autre que la PAqae, la Pentecôte, l'Epiphanie qui est encore renfermée dans un cercle restreint, et les anniyersaires des martyrs. Il n'y a pas trace à cette époque de fêtes consacrées àMarie, mère du Christ; ce n'est que bien plus tard au temps d'Epiphane qu'une secte obscure inaugura cette exaltation de la plus humble et de la plus sainte des femmes, qui devait aboutir à une apothéose. La fête chrétienne, dans sa première période, gravite tout entière autour du souyenir de Jésus- Christ. Le christianisme n'est pas encore assez puissant et assez victorieux pour inaugurer une ère nouvelle dans l'histoire en la fiisant recommencer en quelque sorte à la crèche de Bethléhem, comme il le fera plus tard, mais il marqoe de son sceau l'existence de ses disciples, sans admettre aucun partage idolâtre. Il ne croit pas qu'il rentre dans sa mission de restaurer l'adoration de la créature et de ressusciter ainsi sous des formes nouvelles le paganisme qu'il veut détruire. Il se garde aussi de rimiter dans la manière dont il célèbre ses solennités.

AUSiÉUTB ms ftrts ghbëtieeines. ses

Les fêtes pidfeniies, sortoat sous Tempire, étaient de Téritables débordements d'immoralité. Philon, habitué aox rites grares et sublimes da juda&me, les a dépeintes nyec une rare énergie. Il n'était pas possible d'après M d'énnmérer les mythes grossiers et impars dont les païens les avaient surchargées ; ils en ayaient fedt des joors de paresse, de Myolité, d'orgies de tout genre, se plaisant à les distinguer de la yie ordinaire, par le ren- Tersement de l'ordre naturel, imposant silence aux actes les plus nobles, pour déchaîner tout ce qui encourage la sensualité. Non contents d'encourager les mauyaises passions chez les individus dans la yie ordinaire, ils semblaient dans leurs fêtes Touloir les réunir dans un même courant comme les affluents d'un fleuye, et fortifier ainsi sans mesure la corruption inhérente au paganisme. Les oblations et les rites expiatoires n'étaient que de vains palliatifs ^ L'Eglise éprouvait le besoin de distinguer ses fêtes des saturnales d'une dévotion inftme, en leur imprimant un caractère d'austère simplicité. Les conseils de Grégoire de Naziance à cet égard étaient en tout point fidèles aux pratiques du troisième siècle : « Célébrons la fête, dit-il, non pas par la pompe extérieure, mais dans l'esprit de Dieu, non pas d'une manière mondaine, mais céleste. Gomment ferons- nous pour y réussir? Nous ne couronnerons pas nos portes de fleurs, nous ne formerons pas de chœurs de danse, nous n'ornerons pas nos rues. Nous ne voulons satisfaire ni nos sens, ni notre sensi-

« Philoo^ Opéra, édit. Pfeiffer, t. II, p. 48.

166 VÉTEIISim dUKGS. PLAIIBEÂttt ÈkdRÉS.

bilité, dô crainte d'ouTTir les toies an péchi. Ifoits ne toulons pas iiôa^ aknoUir en noua côdTrant de tdte^ menta somptueux et efféminés, ni rechercher Téalat de Tor et dea diamants ou des couleurs brillantes qui ae font qu'altérer la beauté naturelle i Nous ne youIoiu pas miiltiplier les festins inséparables de la Inxidre» Nous rejetterons toute fcupêrfluité prise sur les néeei* sites de oeux qui ÈbnX pétris du même litaioil que nous. Ces pompes et ces yoluptés sont bonnes point ceafiren qui honorent des dieux que Yoû rassasie de le ftaméè des viandes, et qui sculptent, encensent el adofent csi êtres malfaisanta d'une manière digne d'enti Nods au contraire) les adorateurs du Yerbe, nouil troUYehini notre meilleure joie dans sa parole» dans l'étude de la sainte loi et la lecture des faits qui sont Tolqet de Ift fête \ »

Les seules particularités extérieures des fêtes chrétiennes étaient les yètements blancs dont les chrétiens semblent s'être revêtus de bonne heure % et les flaoH beaux sacrés destinés eux aussi à inaugurer la joie des fils de la lumière ^. Tant qu'elles conservèrent leur sim* plicité, elles tirèrent leur prix de la liberté et de la spontanéité de ceux qui y participaient. Ce n'est qu'an commencement du quatrième siècle que le concile d'Elvire fit de la célébration du dimanche et de rassi-" duité des fidèles aux saints offices une règle rigon-

1 Gregor. Nazianz., Oratio 38 in Theoph.

s ce Gandidas egreditur nitidis exercitus undis. b FfagoieUt à*m pdStDi sur la Pâque attribué à Lactance. (Augusti, ArchéoL, \, 496, 497.)

^ On trouve une allusion à Tusage des luminaires sacrés dans le canon 34 du concile d'Elvire (a. 805].

Lfô ifAttONS Dt PRIËÏtfe. 267

relise que les empèf enrs chrétiens devaient ttaâsformer en tine loi de TEtat * .

$11. — Lbs édifices consacrés au culte chrétien.

Si nous distinguons entre Fidée du temple au sens juif et celle de la maison de prière, destinée simplement à répondre aux nécessités du culte public, nous reconnaîtrons que les Pères de cette époque ne se contredisent point, quand d'une part ils prétendent que les chrétiens n'ont point de sanctuaire, et de l'autre quand ils parlent des édifices où ils se rassemblent et qui leur inspirent des sentiments très-naturels de vénération. L'antiquité chrétienne a nettement repoussé la notion d'un sanctuaire, c'est-à-dire d'un lieu sacré où la présence de la Divinité se ferait sentir plus particuliétement qu'ailleurs. Elle n'a pas cru simplement avec les anciens Persans, que la Divinité qui remplit l'univers ne peut être enfermée entre des murs, grande idée que Salomon avait déjà magnifiquement exprimée quand, le jour même de la dédicace du temple, il avait déclaré que les cieux des cieux ne pouvaient contenir le Tout-Puissant ; elle a encore pensé que Taccomplissement de la rédemption avait pour premier résultat de rendre la terre et l'humanité à Dieu, et que les temples proprement dits n'étaient désormais pas plus nécessaires que les sacrifices expiatoires. Aussi Minutius Félix était vraiment l'organe de l'Eglise du second siècle, quand il déclarait que les

i Concile (TElvire, canon 21. Cod, fheodos,, lib. l^V, tit. i, %.

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