TOUT LIEU PEUT ÊTRE GONSACRÉ AU CULTE
excellence, dit ailleurs Origëne, celui qui porte le mieux son image, c'est d'abord Thumanité de Jésus-Christ, puis Fume croyante animée de son esprit. Yoilà la yiyante statue de la Diyinité, qu'aucun Jupiter taillé par Pliidias ne pourrait égaler \ » Il s'ensuit que l'adoration ne saurait être rattachée exclusiyement à aucun édifice. « Nous pouyons prier, dit TertuUien, partout où nous sommes portés par la nécessité, car les apôtres ne péchaient pas quand ils chantaient les louanges de Dieti deyant leur geôlier en prison, pas plus que saint Paul quand il rompait le pain sur un yaisseau ^. » « Tout lieu où nous jetait la persécution nous était bon pour nous rassembler, écriyait Denys d'Alexandrie, que ce fût un champ, un désert ou une prison*. » Justin Martyr tenait un langage analogue quand il répondait aux ques^ tions de son juge dans son interrogatoire. « Où yous rassemblez-y ous ? lui demanda le proconsul. — Où chacun le peut et le yeut. Yous croyez que nous nous réunissons tous au même endroit. Il n'en est rien, car le Dieu des chrétiens ne s'enferme dans aucun lieu mais il remplit de sa présence inyisible le ciel et la terre et il est partout honoré par les croyants *. »
C*est au nom du même spiritualisme, que pendant les trois premiers siècles il n*y a pas trace d'une consécration particulière des édifices youés au culte, on n'é-
* Orig., Contra Cels., VIII, 17, 18.
' « Omni loco, quem opportunitas aut etiam nécessitas importaret. » (Tertall., Deorat., 19.)
2a>p(ov. (Denys Alex.^ apud Eusèbe, H. E,, VU, 22.) ^ Aeta Justinù
270 PREIflEBS ÉDlFlGBlÇ PUBUCS pom L^ CUf^T^.
prouve uul besfoiu de fairQ plui} poar çax f^uQ ppur la maison de famillei qui elle aussi est un sapctoaire comme tout lieu où Dieu babite ^ PrinûtiTemei)t le nom d'Eglise n*est point donné am. miaM>iis 4e prière, mais uniquement à rassemblée chrétienne: « Je nomme Eglise, dit Clément d'Alexandrie, ||Qq pas le lieu où les élus se réunissent, mais l'assemblée mèfoe des élus*. » fiien ne prouve mieux à quel point la communauté chrétienne est considérée comme le temple de Dieu, que Tapplicatian constante du mot d'^ dification au raffermissement et au développement d? la foi. Il s'agit toujours de cimenter les pierres vivei du temple spirituel. « Ce n'est pas le lieu, disent admirablement les Constitutions apostoliques^ qui s<^nctifie l'homme, mais c'est Fhomme qui sanctifie le lieu '. »
L'opposition à toute idée d'un sanctuaire proprement dit n'a pas empêché les premiers chrétiens d*éleyer des maisons de prière selon les nécessités de leur culte, car il n'était pas possible qu'ils restassent longtemps enfermés dans des maisons particulières, saqf dans les cas assez rares où la maison de famille avait les propo^ tions d'un bâtiment spacieux. C'est ce qui était arrîTë à Borne pour la maispa du sénateur Pudens ^. Pë^ le
1 Bingham^ Orig,, IV, p. 71.
* 05 yàp vuv xbv Téirov, iXXà xb àOpctajxA twv èxXexTÛv hxkff a(av xaXô). (Clément d'Alex., Stt^m., Vlï, 5, 29.)
' Oùx ô t67uoç yàp xbv àvôpoyncv aYiaÇet àW b avOp(i):;o^ xbv T^TTOV. iConst. apost.y VllI, 34.
* Acta Pudentis, L'écrit apocryphe des Becognitiones qui est de la iln du second siècle porte qu'un riche citoyen 4'^ntiQche 8*est fait de a maison une basilique : « Ita ut domus sus ingentem basilicam ecclesis nominc consecraret. » {Recognit.y X, 71.)
t^lflPP ^e ça^it Pftul, nQU4 vQjpijfi }6f f^r^Mqw 4'E. pjl^af; 9(^ rénpir 4^09 yi^e m]\a de çpprs pqbliç# fi)iç?; Ip rhéteur Tyrftpims, Ju^tUgi Martyr ayaiç tyou^é 4 il«we ane sfdlç ^nftlogqe ppur y ei^seigner 1§ doctrioe cbré- Uç^fifi % Çlémçmt d'Alexufldfie, ^mn wm b^ftp réciîUqr le j«{iqe hpg^nd r^ple^^ |i rfigljse par naiQt Jea», aupr pose Vexis^t^nce d'ap édi|iaQ pqbliçpopr le euUe^. La chrpniqap d-{;4esse r4ÇQ^te la dfitruf^tiqn d'up temple f4irétlpn dfins 1^ grande Inapdfttjoft de 203 ^ Plws tard, fPQs Alex^ndi^ ^éière, le» cbr^tiei^ii pQ^^édaîent à
Ppme d§ft édificen fipéçialQmept fiff^ptés à lew eqlte, glû leur fuFept oQftgiîi'vés p^î Vempeçeur, malgré les f^elfiipatioi^ d(^ çf^bfiretiers. qui Yopl^ent les en dépo»séder*. Ces édifice^ s'étaient bsftu^up moltipUés k Téppqine dp pipclétiep. «« Qpi pQprrait ççmptpp, dit Euf^be» ces poQçoorq de milU^.i^s de fidèles daps ehnque Yille et ces ;iopit^eqpei| assemblées dWA le^ miô^qps de mrièrp 4e çl^aqpp, «téi elleft éta^pn^ si cppsid^ppWe^que |e^ ARpl^ns éditées np sp^sajppt plpfli et qu'op les f^ait çeiQplapé^ P9r 4e grHn4pa églises ^ » filles, ptifais- SHÎept asseï Impp^^utep ^ Vepi^pereqr popr qu'jl ^it erp nécessaire de décréter leur destruction en même temps gi^Q ce)le de^ siaiptes Ecritures®. I»près Optatus 4ç Milet» il existait à Rome, au commencement du quatrième siècle, plqs, de quarante édifices cpnsacrés au culte ^.
« Acta Jwtinù Voir pingh^m, Orig'., lU, i8, 29.
« Çaém. d'Alex. Tiç qwÇ... xXouç..., 37. Eusèbe, H. ^., {[l, ?3.
• Assenoan, Bibliotheca orientalis^ 1. 1^ p. 387.
• Laiïipride, Vita Alex, Sever., c. k9»
• jtd., V, 1.
7 Optât. Milet^ De schismat, Donat., 1. 11^ 4.
S7S L'IDÉE DU SANCTUAIRE CaiRÉTlEN SE PROPAGE.
Il est donc incontestable qae ces édifices 8*étaient multipliés. Les textes que nous avons cités prouTeiit également qu*on a commencé dès le troisième siècle à leur donner le nom d'églises. C'est une expression courante chez Tertullien et Origëne, sans qu^ils croient déroger à leur spiritualisme chrétien * . La désignation de maison de prière était d'un fréquent usage '• Elle est bien plus correcte que celle d*église, car il y avait toa« jours un grave inconvénient à attribuer à Fédifiee de pierre la désignation qui appartient en réalité au temple spirituel. Vers la fin du troisième siècle on commence à se servir du mot kuriakon ou Dominicum*^ — lieu da Seigneur. — Ainsi s'établissait une analogie très-bdle entre le dimanche et le temple chrétien.
n était néanmoins dans le cours des choses que ce spiritualisme élevé s'altérât graduellement. Origène ne lui était pas infidèle quand il reconnaissait que le lien où les chrétiens se rassemblent a quelque chose de sa* lutaire et de bienfaisant^, et qu'il y voyait comme un point de rencontre entre l'Eglise de la terre et celle da ciel, entre les chrétiens qui prient et le Christ qui répond
^ « In ecclesiam \enire. » (Tertull.^ De idolatriay 7.) a Taies sont in nobis quorum fides hoc tantummodo habet ut ad Ecclesiam veniant» (Orig.^ In Josuah Homil., X, 8.)
> Eusèbe, H. E., X, 3. Comp. Mallh. XXI, 13. Marc XI, 17.
' « In dominicum sine sacrificio venis. » Gyprien, De opéra et eleem,, 15. Eusèbe, H. £., IX, 10. De laude Constant., 17. M. de Rossi cita ona inscription désignant la basilique de Saint-Qément sous la désigiiatioa de Dominicum. Cette désignation, d'après lui, nous reporte aux premièrei années du quatrième siècle, parce que plus tard on désignait les églïKS soit par le nom de basiliques, soit par celui de TitulL (Rossi^ BuIUUmo archeol., i" vol., p. 25.) Le mot titulus venait de la désignation da praire auquel l'église paroissiale était affectée.
* Orig., Deoratione, c. 31.