CHAPITRE IV
LA céLéBBATION DU CULTE AU SECOND BT AU TBOISliMB SIÈCLE SES TRANSFORMATIONS PENDANT CETTE PÉRIODE
§ I. — Le culte public au temps de Justin Martyr
et éCIrénée.
Le culte public du second siècle n'est que le déYe» loppement du culte privé et renferme les mêmes élé* ments. Au temps de Justin Martyr et dlrénée il a toute la beauté morale et toute la spiritualité dont il était reyètu dans # les chambres hautes du siècle apostolique. n est tout ensemble un sacrifice spirituel et une eucharistie , Toffrande du cœur chrétien et Faction de grâce à Dieu pour le salut obtenu qui ne laisse place à aucune tentative d*expiation personnelle. Le culte tend tout entier à la sainte Gène*; dès le début il la prépare et fl 8*aehève dans sa célébration; elle est son centre et son but. Tant qu'elle reste Texpression symbolique de VoU frande spirituelle, le culte conserve sa pureté première. Le sacrifice est réel dans la mesure exacte où il est spirituel ; la véritable offrande est toujours celle du cœur, de la volonté, du moi qui constitue Thomme au
S8i L'EUCHARISTIE CENTRE DU CULTE.
prème. Un acte purement extérieur, substituant dans le sacrifice chrétien le pain et le Yin de la cène à la victime vivante qui doit s^offrir lui-même à Dieu sans réserve, nous fait entrer en plein dans la fiction. L'immolation en cessant d*être morale n*a plus de sens; la sainte Cène n*est vraiment un sacrifice spirituel que si elle ne répudie pas son caractère eucharistique, qui en fait une action de grâce pour le saint déjà accompli ^ En effet, dès que le chrétien doute du pardon divin, il cherche à apaiser Dieu par les rites de son culte, il retombe de Falliance de FEvangile au vieux Testament et à ses sacrifices expiatoires, et comme il n'oserait plus offrir le sang des taureaux et des génisses il assimile le sacrifice du Calvaire à ceux du mosaïsme; il en vient ainsi à croire à la nécesâté de son renouvellement pour satisfaire la justice divine qui n'a pas trouvé que tout fût accompli sur la croix. L'âme chrétienne songe beaucoup moins à s*immoler elle-même qu'à recourir à cette immolation renouvelée du corps du Christ. La sainte Cène n'est plus la grande action de grâce de l'Eglise se donnant à Celui qui a opéré sa rédemption d'une manière parfaite ; elle est Texpiation partielle et renouvelable du péché non pardonné. En cessant d'être une eucharistie elle cesse d'être un sacrifiée moral et le culte entier prend un nouveau caractère ; il devient ce qu'on appelle le mystère de l'autel, au lien
1 Noos ne touchons pas ici à la question de la transsnbstantiatioQ on de la consubstantiation. Noos ne nous occupons pas de ce que noiis detoof penser des espèces de la cène, mais seulement de la nature mdme àa. fiacrifice qui est offert à Dieu.