‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 5)Chapitre 109 sur 236 · INVOCATION. - LBGTUBE DES SAINTS UVRES · texte numérisé non relu

INVOCATION. - LBGTUBE DES SAINTS UVRES

répoque saivante ; elle est bien plus rapprochée de la lie commniie et da culte privé. Nous verrons quelles graves conséquences eut la séparation absolue qui fut introduite un demi-siècle plus tard entre les deux parties du culte et par là même entre les baptisés et les simi^es auditeurs. Diaprés Justin, le culte commençait par la lecture des saints livres. Il est probable que, selon la pratique constante de TEglise telle qu'elle ressort de ses plus andens documents liturgiques^ cette lecture était précédée par une invocation ou par le chant d*un psanme. Ciomment supposer que tandis que le repas de la famille n* était ja^ mais pris ayant que le père eût prononcé Faction de grâce, on se fût assis autour de la table du Seigneur, chargée de ses biens les plus précieux, sans le bénir et Timplorer? L'assemblée chrétienne était réunie sous la présidence d'un évèque ou d'un ancien qui veillait à ce que tout se passât arec ordre. Cette désignation de président dans sa simplicité toute laïque écarte absolument les idées sacerdotales. A peine le premier psaume a-t-il cessé que le lecteur se lève et lit les saintes Ecritures comme ceb se faisait chaque sabbat dans les synagogues de la di^ persion. On ne se contente plus de F Ancien Testament : les écrits apostoliques ont aussi leur place dans le culte, surtout les Evangiles et les Actes^ car le mot de mémoires se rapporte plutôt à l'histoire qu'à la doctrine. Les péricopes déterminées d'avance d'après un certain plan n* existent pas encore, car l'étendue de la lecture est fixée par la mesure du temps dont on dispose *.

* Ta (îxo[jLVY)[ji.ov6Ô[juxTa TÛv (Îxoct6X(i)v ^ Ta a\jf{pd\L^axaL tôv icpOfiQTÛv àva*)fiv(i)9X€Tai [f^YJpiÇ l^^tùp^X. (Justin, ApoL, l, 67.)

PRÉDICATION. - PRIËBB SILENQEUSE. -INTERCESSION. IS9

Après la lecture vient la prédication, qui est faite par le président de rassembléei sans exclusion des laïques, oomme rétablissent les textes les plus péremptoires 4éjà cités. Cette prédication est éyidemment rattachée à la portion des saints livres qui a été lue ; ce n*est point un discours oratoire ou philosophique, il est sévèrement encadré dans le culte et vise directement à Tapplication morale, puisquUl presse les auditeurs de narcher sur les traces des prophètes et des apôtres * .

La première partie du culte qui n'est en réalité que Km introduction se termine par la prière. L*assemblée se èwe tout entière pour en faire un acte collectif ^. Elle lébntepar un saint recueillement, TEglise se tient silensîense devant Dieu, mais ce silence a son langage, celui les soupirs ineffables qui montent vers le ciel; la suppliistion pour être muette n'en est pas moins ardente '. Et pourtant le silence ne saurait su£Bre, car d'après le ftmoignage de Justin lui-même l'Eglise a des requêtes (bligatoires à présenter à Dieu qui ne peuvent trouver mot place que durant la première partie du culte parce [it*«Ues n'ont aucune relation directe avec l'eucharistie ; ttUes sont les prières pour les rois, pour les ennemis et fié persécuteurs, et aussi celles pour la consolation et la ttaetification des chrétiens. Cette prière d'intercession Bt distincte de celle d'action de gr&ce qui est proprement

* *0 icpoeoTO); 8ià W^ou Tijv vooOeaJav xal iup6xXiQ9(v vf^q xôv olX&v to6to>v [u\kifZ(ùç luotetiat. (Justin, ApoL, l, 67.) ■ "Bweita àvtaTip.eOa xoiv^ icàyceç xat 6Ôx<^? wéixxoixsv. {Id,) a L'gsage de la prière silencieuse est conûrmé par le décret 19 da cmeile de Laodicée : tôv iuiotoîv Tpet; e^x^i icp<«Kn]y Sià Qiuyj^ç, IToIr Augosti, ArchxoU, t. 11^ p. 57.)

t90 BAISER DE PAIX. — OFFRANDES DES FIDÈUS8.

encharistiqae *. G^est à ce moment que se place la prière par acclamation que mentionne ce même canon da concile de Laodicée '• Mais comme nne acclamation ne peut être qu*an refrain, il est probable qne le président ou nn diacre énumérait brièvement les snjets de prière et qne rassemblée répondait par nne acclamation comme elle le faisait par son amen ponr les prières ultérieures. Cette première partie du culte n*a pas encore les dé- Teloppements qu^elle recevra plus tard, quand les nonbaptisés seront tenus de se retirer avant la célébratioD de la sainte Gène. Après qu'elle est terminée, V eucharistie proprement dite commence. Gomme elle doit être tout ensemble le repas de l'amour fraternel et le festin de k charité divine, elle est ouverte par la cérémonie touchante du baiser de paix qui scelle T union tendre et sainte unissant les proscrits, objet de tant de haine dis qu'ils franchissent le seuil de leurs maisons de prière ^ h L'amour qui n'agit pas n'est pas sincère. Le baiser |^ de paix serait une vaine forme ou une hypocrisie, s'3 n'était accompagné d'une marque effective de charité. Aussi est-ce à ce moment que les communiants apportent leurs offrandes et les mettent aux pieds du président de l'assemblée *. De quel front oseraient-ils s'asseoira la table du Père de famille où tout leur rappelle l'immensité de ses bienfaits, s'ils oubliaient leurs frères

* Harnack. Ouvr. cité, p. 248, 249.

* T-^jv SèSeuTÊpav xat TpfriQV Btà TcpoaçwvYjaéwç. (Augasd, ^IrcAiM^

t. II, p. 67.)

' 'AXXt^Xouç (piXi^iJi-aTt (îcxaÇ6[jL60a wauaûcjjievot xôv dxw»' (Justin, Apol,, l, 65.)

* Justin, ApoL, I, 67 )

LE PAIN Ifr LE YIN» PRÉMICES DE LA CRÉATION. S94

.indigents? Le pain et le Tin de la cène rappellent le

• corps du Seigneur; ce oorpn sacré ne se retrouve-

• t41 pas an sein de TEglise, selon ses propres paroles, ri dans la personne da pauvre? La pauvreté ne nous mon- -tre*t*elle pas en effet son corps affamé, nu, exténué?

; ^ Ife &ut-il pas commencer par le nourrir et le yétir, se i r- rappelant que ce qu*on fait à Tindlgent on le fait à luii même? Cette présence réelle du corps de Christ dans les i -paoTres s'est toujours fiiit sentir à TEglise à Theure de ^ >la sainte cène, et voilà pourquoi c'est alors qu'elle a fait koifflnerses offrandes généreuses.

I » La première, la principale de ces offrandes était le i Itpain et le Tin du repas mystique qui étaient apportés g pur les chrétiens ^ C'est ici que nous apparaît surtout g .rétroite union si admirablement maintenue par la chrégr'iieiité primitive entre la nature et la grâce, entre le prlMeu de la création et le Dieu de la rédemption, que le ![iidaalisme gnostique opposait l'un à l'autre. ê^ liB pain et le vin de la sainte communion sont consi- J itérés d'abord comme les prémices de la création ; ils sont ftf»réflentés à Dieu en signe de reconnaissance pour sa »|Mtemelle providence qui, en mûrissant l'épi et le cep -fertile» donne à l'humanité son aliment quotidien. Nous levons là, en quelque sorte, l'eucharistie de la nature j^iii va devenir celle de la grâce, car ce premier symbolisme n'ôte rien au second, portant tout entier sur le corps crucifié du Rédempteur. Justin les réunit dans un passage péremptoire : « Les chrétiens, dit-il, ne sont

^ Dpo^f ipeTai xai oTvoç xa\ 63(i)p. (Justin^ Apol., \, 67.) .

t92 DOUBLE INCARNATION DU VERBE, D'APRÈS JRËMËE.

tenus à aucun autre sacrifice que celui de la sainte cène, en mémoire des aliments solides ou liquides qu'ils tieinent de Dieu, et aussi en souTonir des souffirances qne le Fils de Dieu a endurées pour eux *. » Yoilà pourquoi le pain de la cène est un pain ordinaire ayant «i consécration, car il doit représenter notre pain de chaque jour qui est la base de notre Tie physique, comme le oorpi rompu de Christ est la base de notre yie sapérieure.

Irénée a développé les mêmes pensées avec une singulière hardiesse. Les fidèles, en apportant le pain et le vin de la cène, offrent d'abord à Dieu les prémices de la création, non pas qu'il ait besoin d'aucan don, mail uniquement pour marquer leur reconnaissance à Celni qui a ordonné à la terre de porter ces fruits pour notre nourriture *. « Il nous faut, dit-il, faire oblation à Diea, et nous montrer reconnaissants en toutes choses enven l le Créateur, dans la pureté et la sincérité de la foi, dam h la fermeté de Fespérance, dans Tardeur de Tamour, lui P offrant les prémices des dons qui viennent par lui de si ^ propre création. » Irénée va même plus loin, il toit dans la création, et en particulier dans le blé et dam la vigne, comme une première incarnation de la parole créatrice; il ne la met pas sur le même rang que la se conde, toutefois, il lui accorde une grande importance, pour établir que les hérétiques qui ne voient dans ron-

* TauTa Y^p [Ji^va xal Xpiortavol 7capéXa6ov icotetv, xol b! (îva[ji.v/;act 8è tyjç TpoçYJç auxûv ÇiQpaç ts xal uYpoç èv i^ xal tw

xaOouç, h TcéwovOs 81' aÔTobç 6 ulhq tou ôcoiî, (Jié(jLyv^a(. (JqHÛj Dial, c. Tryph,j c. 117.)

s a Offerre primitias Deo ex suis creaturis. *» ( Irénée, Adv. hgrtt^ IV, 17,180

la

^ LÀ CRËATlONETLARÉDElftPTIONUNIBS DANS L'EUCHARISTIE. «93

^ vre des six jours qu*uae production maudite d'un pou- £^ Toir malfaisant tombent dans une erreur blasphémag tmre. ^ C*est ainsi que le présent se relie au passé, et ^ que le peuple chrétien continue une des plus belles pra- ^ tiques de Tancien culte d*Israêl, en Tenant à son tour ^ offinr à Dieu les prémices de la terre sur laquelle il a ^1 fût briller son soleil et descendre les rosées fertili- ^ sûtes. Tel était Toffertoire de T Eglise du second siècle. ^^ Quand le pain et le Tin ayaient été déposés sur la table ^ y da la sainte cène, révèque prononçait deux prières, . eomme le représentant de l'assemblée, à titre de pré- L rident ^. Les assistants ratifiaient ses paroles par Y amen ^^ iluifl lequel toutes leurs Toix s'unissaient '• Prêtres et fils de Dieu, ils ne connaissaient d'autre pontife qae Jésus-Christ. Gomment n'auraient -ils pas participé directement à cette prière, qui est l'acte sacerdotal par ^j eoLcellence, d'après les fortes déclarations de Justin^? bénée n'est pas moins explicite à cet égard. D'après lui, Biea a établi depuis l'Evangile un nouveau sacrifice dont les chrétiens sont les prêtres spirituels. Leurs offrandes . acmt la prière, la louange qui est le fruit des lèvres, . leur âme, leur corps, enfin leur être tout entier. Aussi le sacrifice de Feucharistie n'est-il point charnel, mais spirituel, et c*est ce grand caractère qui en fait la pureté ^.

} * Yoir ces grands textes dlrénée et leur discussion dans le volume V de mon BUtoire^ p. 489^ 440.

* *0 TCpoeaTO)^ sô^ÀÇ 6[jt.o((oç xal e^x^pioriaç àvaxéfjix&c. (Justin, Apol.<» \, 67.)

* Justin, Diai. e. Tryph., 116, 117.

' At^i xal il lupoafopà vf^ç eir^apiaxlaç oôx iort aopxixi^, àXkà icveupLOTtX'}] %a\ èv toÔtc^ xaOapi. {Fragment de Pfaff.)

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