‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 5)Chapitre 114 sur 236 · SÉPARATION ENTRE COMMUNIANTS ET AUDITEURS · texte numérisé non relu

SÉPARATION ENTRE COMMUNIANTS ET AUDITEURS

esprit de TEvangile, que de Tidentifier à une science secrète, faite pour des disciples de choix. D repousse tout ce qui ressemble à I*ésotérisme comme mi leyain de Torgneil païen, et il pent nourrir Fenfiince et Tignorance du lait spirituel et pur de sa doctrine, tout aussi bien que le sage et le scribe qui doivent devenir enfants pour le recevoir. Le mystère chrétien n*a donc aucune analogie avec les mystères d^Eleusis ou de Mithra, pas plus qu^avec i'ésotérisme du néoplatonisme ou du gnosticisme. Il se dérobe aux étrangers uniquement parce qu^il réclame un cœur humble et brisé, une Ame purifiée, et qu*il ne lui convient pas de jeter les perles de la vérité aux esprits grossiers et rebelles. La seule condition pour y participer est le repentir sincère, et dans cette voie le pauvre péager précède souvent le savant docteur.

On ne peut néanmoins contester que si la séparation absolue de l'eucharistie dans le culte chrétien avait sa raison d'être au point de vue supérieur, elle pouvait aussi avoir pour conséquence de lui ôter quelque pea de la simplicité inséparable de sa vraie grandeur. On pouvait être tenté , non-seulement de la préserver de tout contact avec la vie profane, mais encore de Télever trop haut au-dessus de la vie chrétienne dans son niveau habituel, d'en faire une exception, une solennité absolument distincte de la prière constante, une manne céleste sans analogie avec le pain quotidien. De là à en faire un acte sacerdotal, un sacrifice d'un genre particulier, il n'y avait qu'un pas, et ce pas devait être promptement franchi dès que la notion primitive de la cène

TRANSFOBHATION DE LIDÉE DE LA CÈNE. 304

fierait altérée sous d*aatres influences, surtout au cas où cette innovation coïnciderait ayec les progrès du sacerdotalisme hiérarchique. Or il est certain que ces influences existaient et se développaient dans TEglise du troisième siècle.

Nous ayons reconnu que la sainte cène bien comprise est ayant tout une eucharistiCi un sacrifice non d'expiation, mais d'action de grâce, un mémorial de la rédemption pleinement accomplie. Tout ce qui tend à altérer la grande doctrine de saint Paul sur la gratuité du salut réagit nécessairement sur le sacrement chrétien ; il perd son caractère eucharistique dans la proportion où le sacrifice du Calvaire n*est plus considéré comme sufSsant. Il n'est plus alors le sceau de la grâce accordée, mais le complément d'une grâce insuffisante; il n'est pas destiné uniquement à reconnaître un bien&it, mais encore à combler une lacune, à achever notre rançon, il prend ainsi une valeur expiatoire, et de- Tient un sacrifice au sens juif. Or, nous avons constaté dans notre exposition du dogme chrétien que précisément à cette époque, même chez les meilleurs et les plus grands des Pères, la notion de la rédemption a subi une altération profonde et progressive. Peu marquée, bien que déjà reconnaissable chez Justin Martyr, cette altération s'est singulièrement aggravée chez les Pères d* Alexandrie. Pour eux, le sacrifice du Calvaire est bien le point central et capital de la rédemption , mais il ne l'a point consommée parce que sa vertu consistait dans le triomphe de la sainteté sur le mal plutôt que dans une réparation unique et suprême. Ce triomphe

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