‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 5)Chapitre 121 sur 236 · LIBERTÉ DE LA PRIÈRE · texte numérisé non relu

LIBERTÉ DE LA PRIÈRE

en toute langue, comme si une-seale voix montait à hii*. »

De même que le premier effort de la mission chrétienne, au sein des nations qu*elle éyangélisait, fût-ce les plus barbares, était de leur donner une traduction des liyres sacrés, de même le premier résultat des conquêtes de TEglise était de faire retentir la prière dans une langue nouvelle, si bien que le Scythe, le 6oth,rAsia-* tique ou le rude Africain faisaient écho au fils de la Grèce ou de Rome. L'idée d'imposer une langue incomprise à la chrétienté eût semblé plus qu'étrange aux disciples de l'Apôtre, qui n'admettait même pas qu'on se complût dans un langage extatique, s'il était incompréhensible à la masse des fidèles. L'âme humaine, enveloppée dans la pesante atmosphère des choses terrestres, a déjà assez de peine à s'élever vers les choses

célestes, sans qu'on sème sa route d'obstacles. L'incompréhensible n'est pas un moyen bien choisi pour la conduire à l'invisible.

Un troisième caractère de la prière publique, jusqu'à la fin de notre période, est sa liberté. Elle n'est astreinte à aucune règle absolue. On se contente de déterminer sa place dans le culte, mais elle n'est point enchaînée à une forme déterminée; ses soupira n*ont pas été notés d'avance, les mots qu'elle emploiera n'ont pas été fixés, l'àme chrétienne ne se

* TEvTatç tir^aXç of ixèv ''EXX^veç èXXiQVixotç, of 8k ^(ù\iaioi fw- ^txoTç, xat oBtcoç ëxaoroç xarà tÎjv ïcmoù îtîXexTOV euxe-cat xcf Be^ xa\ &(Jivet aÔTov &ç SùvaTat, mi b icàoiQç StaTixTOu xùpioç xQi^ dhcb icaaf^ StoXéxTOU tî^o\utwiii ixouei. (Orig., CcêUtu Celt,^ VUIj S7.)

3U LIBERTÉ DE Lk PRIÈIIB.

liait à aucune formule imposée. Les déelarations de Justin, à cet égard, n^ont pas été contredites an siècle suivant. « Nous prions du cœur, disait Tertut lien^ » Les fragments liturgiques que nous possédons ne sont point des prières dont Tusage fut obligatoire, mais simplement Técho Tivant des oraisons de Tancienne EgUse^. Il faut attendre le concile de Tolède

1 « De pectore oramus. » (TertuU.^ ApoL, 80.)

s Une littérature considérable a été consacrée aux anciennes litnrgiei de l'Eglise^ sans parler des ooTrages que Ton doit aux qnereUei litnrgiqiiei de notre époque^ spécialement en ce qui concerne la liturgie romaioe. Par lenr objet tout spécial ces derniers ne rentrent par aaeon cdté dm [I l'histoire des trois premiers siècles. Nous ayons d'abord le grand oi- {| yrage de Renaudot : liturgiarum orientalium collectio^ PariSj 1713, recueil très-précieux par la richesse de la documentation; puis ié Codex iiturgicus d'Asseman (Rome^ 1743], Renaudot, se fondant sur un texte de Basile dont il force le sens, prétend qa*aacune liturgie n'a été écrite ayant ie quatrième siècle, et que celles qu'il poUISQDt toutes pour base la tradition orale qu'il fait remonter jnaqa'anz apôtcei Le texte de Basile qui sert de point d'appui à cette assertion est aina conçu : Ta ty)ç èTuixXifjffewç ^if][AaTa i%\ vf^ àva8e(Çst xou oprou t% euj^apiŒTtaç xal tou TCOTYjpiou 'ziq tôv aY^wv èYYP^tf (i>î i^jAiv yjtror ^éXoiTcev; où '^àp B^ to6toiç (xpy.ou[ji.£6a ûv 5 àiu^oroXoç ^'A sôaYYéXtov è7U£[Ji.vi^ff6Y) àWà xal êrepa i% Tijç à'^pAifou StîooxaXfaç ^apaXi5o(JLev. (Basile, De spiritu, c. 27.) Si l'on prend ce texte dam son sens naturel^ on verra qu'il se borne à déclarer que les liturgiM du temps de Basile n'ont pas été écrites directement par les apôtres, A qu'elles procèdent de la tradition, mais rien n'empêche d'admetin qu'il y ait eu une rédaction plus ou moins fidèle de cette tradidoi dans l'époque qui suit l'âge apostolique. Il est certain que les Cofiftitutions apostoliques contiennent dès avant Nicée de grands firagmenti liturgiques. Nous établirons plus tard qu'Origène a connu, au moins ea partie, la liturgie dite de Marc. D'un autre côté, les liturgies publiées pir Renaudot abondent en surcharges qui datent du quatrième et du dnqmâiatf siècle. Il n'est donc pas possible de les attribuer à une tradition qm remonterait à l'âge apostolique : ce qui subsiste du texte de Basile et d0 l'interprétation qu'en donne Renaudot, c'est que les liturgies d'avant Nicée avaient quelque chose de flottant et n'avaient pas revêtu une forme strictement arrêtée par la raison que la piété avait conservé, comme non l'avons constaté, une grande liberté, bien que la disposition générale du culte fût déjà déterminée.

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