‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 5)Chapitre 139 sur 236 · GABACTÈRB PRATIQUE DE LA PREDICATION · texte numérisé non relu

GABACTÈRB PRATIQUE DE LA PREDICATION

Kiteamée par Véyèqa»*. En ancaii cas^ elle n*était cou* ■Adée AU fenuneg*, aaaf chez les hérétiquea*. .. Paul de Sawosate est sévèrement bl&mé ponr wmt tiriécé des applaudissements dans l'Eglise \ L'homélie^ pendant toute cette pénlodei n'était point nn disoonrs flertty mais une libre impronrisation. Les discours d*Ori'fl^e étaient recueillis par des scribes k ia plmne fppide, et il leur donnait enanite lui-même la dernière Mdn'. Cette coutume fut longtemps conserTée* .Saint ifligastin raconte qu'un jov, le lecteur s'étant trompé de périi^et il adapta instantanément 43a prédication 9« texte qui Tenait d'être lu. (L'homélie est surtout igiégétiqae et morale ; Justin relè ViC ce idernier caractère 4|wnd il dit que le prédicateur presse, ses auditeurs d'imiter lies saints exemples qu'il a mis sons leurs yeux *• jBToorrir la foi, raviver l'espéranee, eaciter è une pra^ tique plus sévère de la discipline^ elhorter, censurer, impliquer l'enseignement aux circonstances du temps et en tirer des avertissements pour l'avenir, telle est la jpiasion de la prédication pour Tertullien^. « Noos nous efbr$ons, dit Origène, par la lecture des saints livres et par lep interpitétations que nous en donnons, de déve-

tttTSâç icivTCûV 6 è^oxoxoç. [Const, apost.. Il» 57.)

'. * Contt, apost,, lllj 9. Tertall.^ De pr^seripi.^ ki* « Non p6nnittitar

'nmlieri in ecclesia loqui. » (Tertall., De virgin. vfiland., 9.)

* Go sait quel rôle le montanisme faisait jouer aux femmes.

* Eusèbe, H. £., VU, SO.

» Ibid., VI, 36,

^ Justin, ApoL, l, 67.

V a Gerte Ûdem sanctis "vocibus pascimus, spem. erigimus, Ûdncî^m .dginus, discipUnam densamus prœceptomm nihilominus inculcationibofl. » (Tertttll., ipo/., 89.)

S40 CARACltRE MlATIQUB DE LA PRËOIQAtlON.

lopper la piété et les vertus qoi en découlent, en détour* nant nos auditeurs du mépris des choses diyines et dé tout ce qui n*est pas d* accord ayec la parole de vérité ^ t Sans imiter en aucune façon Tésotérismè de là philosophie païenne, où Ton ne saurait roir que Faristocràtisme dé* daigneux de Tintelligence, TEglisé âdsait une différenee entre les auditeurs encore nôTices, qui en étaient restés au premier degré du càtéchuménat, et les auditeurs qui avaient reçu une instruction complète, surtout 's'ib avaient été baptisés. On s'attachait à détacher les pte* miers de leurs erreurs pour ïes élever du culte de h créature à F adoration du* Dieu saint et à la conniussance du Sauveur, prédit par les prophètes et annoncé par les apôtres. Les autres auditeurs participaient au vrai eUte chrétien^ célébré loin des regards profanes, et on développait devant eux les plus hautes vérités de la doctrine chrétienne, qui n'eussent pu être à leur portée plus tôt. Du reste le secret n'était point gardé sur cet enseigne- j ment plus élevé et plus profond, car on le retrouvait en substance dans les homélies publiées par les grands docteurs de FEglise.

La forme du discours religieux était commandée par son but ; visant avant tout à la conscience, au redres« sèment de la vie morale dans une Eglise persécutée, en tout point semblable à une armée qui a besoin à rheure du combat d'une parole brève pour enflammer son courage, la prédication de la chrétienté primitive

* Atà Tûv StTJYTQaewv icporpéicovreç [Jièv èwl t^jv eîç Tbv 6ài efivéfftav. (Orig., Contra Cels., III^ 50.)

TOUR DIRECT DES EXHORTATIONS, 3i4

repoassait tous les larges déyeloppements oratoireSjL « Laissons aux harangues des rostres, disait Gyprien, Topalente &conde qui met sa gloire dans son abondance. Quand il nous faut parler de notre Dieu et Seigneur la sincérité sans fard du discours suffit ; la foi ne trouve pas aa force dans le déploiement de F éloquence, mais dans la Yérité elle-même. Il faut demander non des dissertations, mais des paroles fortes qui ne cherchent point 1^ charmer un auditoire populaire par les ornements du discours, mais qui, simples comme la yérité toute nue, S*adaptent à la prédication de la miséricorde divine. Cherchez ce qui parle au cœur plutôt qu'à Tesprit ^ » Les règles que saint Augustin traçait plus tard à la prédication de son temps formulaient en préceptes ce qui avait été pratiqué avant lui et nous y trouvons une peinture fidèle de ce qu'elle était au troisième siècle. « L'interprète de la sainte Ecriture, dit-il, le défenseur de la vraie foi appelé aussi à combattre Terreur doit enseigner comment on fait le bien et comment on doit éviter le mal. Son enseignement doit avoir pour but de ramener les égarés , de ranimer les négligents et d'apprendre aux ignorants ce qu'ils doivent faire et éviter. S'agit-il d*instruire ses auditeurs, qu'il procède par des récits pour bien éclaircir les choses. S'agit-il de ramener à la certitude ceux qui doutent , il faut apporter des arguments de raison et les approprier au sujet. Quand les auditeurs doivent être plutôt avertis qu'instruits, et qa'il &ut les presser de ne pas se montrer négligents

< a Accipe non diserta^ sed foirtia. Accipe qaod sentitur anteqaam dlscitnr. » (Cyprien^ Ad Donat., S.)

342 TOOa DIRECT DES EXHORTATIONS.

dans la pratique de ce qu'ils savent déjà et de réaUser k yérité qu'ils connaissent, il faut redoubler Fénergie du discours. Alors il faut multiplier les instanees, le» prières, le bl&me, la menace, les objurgations, en ua mot tout ce qui est capable d'émouToir Fesprit ^. »

On le Yoit, le principe par excellence de rhomi» létique des premiers âges chrétiens est d'aToir toujours devant soi la grandeur du résultat moral i atteindre. Elle suit d'instinct le précepte du poâe: « Festinat ad eventum. » De là Félôignement qn'die manifestait pour la rhétorique vide et pompeuse qoi était le fléau d'une époque de décadence où les beaux diseurs remplaçaient les danseurs de corde comme l'avouait Apulée, pour amuser un peuple blasé, par des artifices de langage aussi sérieux que des tours d'acrobate. Elle rejetait également les lentes sinuosités des raisonnements d'école, cette dialectique savante où se complaisait la sophistique qui est à la philosophie ce que la rhétorique est à l'éloquence. Perdre des heures à cette gymnastique d'esprit, c'était perdre des Ames. La prédication chrétienne s'élevait également bien haut au-dessus de l'éloquence judiciaire de l'antiquité toujours si âpre et si haineuse. Ce n'est pourtant pas que la passion lui manquât, car rien n'était plus propre à l'enflammer sans la rabaisser à des animosités tout humaines que de se souvenir de la grandeur et de l'importance de la cause qu'elle plaidait non pas à la burre d'un forum où siégeaient des préteurs faillibles et cupi-

* Augustin, De doctrina Christian., IV, 4.

DISG0UB8 APOLOGOÎTIQUEB. -^ PANÉQTRIQUES. 348

4e0f nitîfr deyant) c& tribanal soprème que Tertollien ^)$flge deyant noua à la fin d'un de ses plus éloquenU MdtéSf et où il nous montjre le juge souyerain prêt à readre la sentence décisiye. Il s'agit de persuader r&me immortelle d'y échapper, pendant qu'U en est temps enoore. On ne surchai^e pas un tel plaidoyer de yains 'ornements, mais on y met toute la flamme de son ccsnr ^ tout son sérieux, en se h&tant yers le bnt.

n foat distinguer dans les prédications du second et da troisième siècle les homélies proprement dites des discours apologétiques qui s'adressaient aux noneroyants et qui deyaient inaugurer renseignement catèchétique, et des panégyriques des saints et des martyrs prononcés aux jours anniyersaires de leurs supplices. L^homélie conseryait mieux la simplicité primitiye que 1m deux autres genres de dîseours. Les grandes apolo* gies que nous possédons sont beaucoup plus ornées que les discours apologétiques prononcés deyant un auditoire chrétien ; elles sont trayaiUées comme des liyres. Cependant elles nous donnent quelque idée de ce que dayiitétre renseignement yiyantdes apologistes quand ilss'addpessaient aux païens bien disposés pour la doctrine nouyeUe. La forme est souyent très-large, très-belle sans être surchargée. Je citerai comme modèle la con^ dnsion des PkUosqph&umeHa de saint Hippolyte, alors que s'adressant à ses contemporains de toute nation, il les presse d'abandonner les yains sophismes et les fallacieuses promesses des hérétiques, et de se laissier gagner par la simplicité sereine de la yérité pure.

Les panégyriques des martyrs, comme on peut 9'ait

3iiv * SUBTIUTB FRÉQUENTE DE LA PENSÉE. 1

cDnTaincre par les traités enthousiastes de TertoIUen et de Gyprien, s'élèvent au ton oratoire non par mite d'une yaine recherche littéraire, mais sous le sonflle ardent de Fenthousiasme sonyent exagéré qu'inspiraient les confesseurs.

Nous ayons un très-beau modèle de panégyrique dans réloge d'Origène écrit par son disciple Grégoire le Thaumaturge. Nulle admiration n'est plus sincère que la sienne, et pourtant il n'échappe pas à la fatalité du genre qni ne sait pas être simple. Il faut du reste s'entendre sur la simplicité de l'homélie. Elle consiste surtout dans l'absence de toute préoccupation oratoire, mais elle n'empèche pas la subtilité d'esprit qui était naturelle à la race grecque, surtout à Alexandrie. Origène déclare avec la plus entière sincérité qu'il ne pense qu'à l'édification de ses auditeurs. Il ne se plie point aux lois de Texorde ni de la péroraison. Son discours qui suit le texte s'arrête brusquement quand le temps de la prédication est écoulé, et il le reprend le lendemain au point exact où il l'a laissé. Parfois, il fait deux homélies de suite. On le voit soudain s'arrêter dans un développement pour solliciter les prières de ses auditeurs ^ Il leur demande de ne pas l'imiter quand il est en désaccord avec rEvangile. Cette simplicité d'intention ne l'empêche pas d'user sans scrupule de la méthode allé^ gorique, de chercher trois sens à chaque texte, et

< « Hic scriptnrœ locns âiflQcillimas est ad explananduiDi sed si oratioDibus yestris Deum patrem Verbi deprecemini^ ut nos illaminaie dignetur, ipso douante poterit ezplanari. » (Orig.^ In Levitic. Homil» XU, 4.)

Page 1