LA FAMILLE ÉLARGIE ET PURIFIÉE
lièrement. L'Eyangile était un monothéisme attendri, désarmé d*éclairS| la religion du Galyaire, et non plus celle du Sinaï, ouvrant à tous les fils d'Adam les bras paternels pour s'y confondre dans un même pardon et une même réhabilitation. Voilà pourquoi seul il pouvait prononcer en lui donnant toute sa portée cette grande parole qui résume toute sa réforme morale et sociale : « Devant le Christ, il n'y a plus ni grec, ni juif, ni esclave, nilibre. » Appliquer sans délai un tel principe à la maison de famille, c'est ouvrir une ère nouvelle, c'est préparer la rénovation du droit en commençant par celle des * mœurs. « Nous qui refusions de recevoir des étrangers dans nos maisons, dit Justin martyr, à cause de la différence des mœurs, depuis que nous connaissons le Christ, nous ne faisons aucune difficulté de vivre avec tons les hommes ' . »
Le Dieu de l'Evangile n'est pas seulement la charité suprême, il est encore la pureté sans tache, l'absolue sainteté, et cette sainteté était apparue dans la personne du Christ sous une forme humaine pleine de simplicité et de douceur. Elle devait se refléter dans la vie de ses disciples, en transformant toutes leurs relations. Aussi la famille chrétienne n'est-elle pas seulement élargie et affranchie de l'exclusivisme intraitable du paganisme, mais encore sauvée de la corruption qui altérait tous les liens d'affection. Ces liens étaient pour les êtres faibles des chaînes tout ensemble pesantes et
Upoç xoùç où/ ôt^o^ùXouç 8tà là SOy) ka^iaq xoivà<; [t,^ xoio6- (iievoi v6v jji.6Tà T^^v èiwiçivetav lou Xpiorou 5jji.o8catTOt 7tvé|jL6Voi. (Jost., Apol.^ 11^ p. 61. Edit. de Cologne^ 1636.) j
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îslÉmes. Cette seconde réforme est étroitement U6e k tai première ; le même principe qui fait rétablir rmllé on régalité hamaine ramène à la pureté, ftespectast dans tout homme une créature de Dieu et un radietéèi h Christ, le chrétien reconnaîtra en lui son frère et sob L égal, et c'est par ce même motif qu'il croirait abominaUe de le traiter comme un instrument de plaisir oa de flétiir dans sa personne Tirnage du Créateur. Il sait d'ailleufs qu'il est tenu à faire resplendir cette image toujours phu pure dans sa propre âme et dans sa Tie. 11 croit en on Dieu dont la bonté n'est pas faiblesse et qui, selon le mot hardi et poétique de ses liyres sacrés, est un feu consumant pour le mal. C'est ainsi que la religion nouTelle, sans déserter le monde comme on le lui reprodie à tort, sans rejeter aucun des éléments yariés de la yie terrestre, travaille à la réformer et à l'épurer. Elle affranchit l'idée humaine des étroitesses qui la limitent et des souillures qui Taltèrent, elle la dégage large et pure de tout ce qui la restreint ou la corrompt. Il se trouve, en définitive, qu'elle s'enrichit de ce qui semble l'appauvrir, et qu'en renonçant aux immunités qu'un paganisme dévergondé s'accorde dans la sphère de la vie privée ou publique on dans celle de l'art, elle n'a rejeté que le germe de mort mêlé à cette existence brillante, le ver rongeur caché sous Téclatante floraison. Elle vivifie ce qu'elle seBàblait retranclier ou amoindrir ; la notion de la famille, de TËtat et de l'art, sortira renouvelée et agrandie do creuset de ses libres sacrifices. Rien ne purifie comme une flamme d'holocauste. Elle ne dévore que ce qui est empoisonné et stérile.
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Ifous aaiODS à sai¥re cette régénération sociale opépar le christianiâme dantâ les direrses sphères ûà die s*est silenveieusement ponr suivie, sans oublier la défeilltnce partielle qui a sitôt incliné vers Tascétisme qnelqoes-nns de ses disciples les plus» ardents et les fJas nobles.
On ne peut se faii^ une juste idée de Thistoire morale êxk christianisme du second et du troisième siècle, si on me se replace par Fesprit dans la société gréco-romaine, an sein de laquelle il s'implantait peu à peu.
Nous n'avons pas la prétention de refaire le tableau qae nous avons tracé dans notre introduction de Tépoqiie qu'on a appelée tantôt la décadence romaiae, tantôt la paix romaine, suivant le point de vue sévère on indulgent qui dictait les appréciations. Nous nocs bornerons aux traits essentiels; nous ne reviendrons an mouvement des idées qui nous avait surtout ocespé qu'autant qu'il sert à éclairer la vie sociale. IfoUe période historique n'a soulevé plus de contradictions. Souvent louée sans mesure, elle a été décriée sans merci; c'est qu'ion y cherchait matière à fmitroverse ou à apologie; c'était toujours le christianisme qu'on voulait ou diminuer ou exalter^ soit qu'on Tdeyâtj soîl qu'on abaissât la société au sein de laquelle il est apparu. Il faut écarter toute idée préconçue, tout pr^ugé passionné et reconnaître dans cette mémorable époque le plus singulier mélange de bien et de mal qifon ait jamais rencontré. Rien dans l^istoire de Tanden numde n'est si vil que ses bas^-fonds qui s'étendent très-loin; rien n'est si noble et si pur que ses cimes.
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Seulement Q s*agit de savoir si ces sommités sont isolées, oa bien si elles laissent découler dans la plaine dei eaux vivifiantes, si le souflSe de réforme qui est dans V Tair est capable de ranimer une société affaissée m v elle-même, si les sages couronnés, qui seront Tétemel honneur de Fesprit humain, font autre chose qu* éclairer d*un pur rayon la fin d*un monde dépourvu d*un principe de régénération. Il s*agit surtout de savoir comment la réforme chrétienne a accompli sa tâche dans ce monde bigarré qui renferme les tendances les plus contradictoires et constitue, avec tous les débris des institutions vieillies et des anciens systèmes, un nouveaa chaos où le pire se heurtera avec le meilleur, jusqu'à ce qu'une création nouvelle s'en soit dégagée sous un souffle qui ne peut venir de son épuisement.
§ 11 ^ La famille païenne.
Un certain adoucissement s'est produit dans les mœurs au commencement de l'empire, coïncidant avec
* Sur l'essai de réforme sociale tenté dans Terapire romain, nous nous en rapportons aux écrivains du temps, surtout aux poètes comiques, aux ' romanciers et aux épistolaires. En fait d'ouvrages modernes nous cite. : rons les suivants :
1) En première ligne et comme source indispensable, les inscriptions : (VOrelli complétées par Henzen : Inscriptionum latinarum seiectarum \ amplissima collectio ad illustrandam Romanss antiquitatis disdplinam accommodata. Orellius. — Henzen, Turin, 1828-1856.
2) Mœurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins, par L. Friedlaender, traduction par Gh. Vogel. 4 vol. Paris, Reinwald, 1874.
3) Handbuch der Bœmischen Alterthûmer begonnen von W. A. Becker fortgesezt von Joachim Marquardt, fûnfter theil, — Rœmische Privataltherthûmer, Leipzig, 1864.
4) La religion romaine d'Auguste aux Antonins, par Auguste Boissier. 2 vol. Paris, Hachette, 1874.
5) Histoire des Romains depuis les temps les plus reculés jusqu'à la