LA REU6I0N N'EST QU'UN EITUEL
lequel brûlait le feu sacré. Le général sacrifiait ayant le combat; le triomphe qui suivait la yictoire était une grande cérémonie religieuse. C'est ainsi que la religion avait au plus haut degré ce caractère national qui la mêlait à toute la vie du peuple^ mais la rendait essentiellement locale et exclusive. C'est là qu'était si force et son étroitesse.
Ce caractère national était, au fond, bien plus ud péril qu'un avantage, car il tendait i rendre la religion de plus en plus extérieure, matérielle. Elle était une politique bien avisée plutôt qu'un culte de la divinité ; c'est que, à vrai dire, la divinité était non pas en haut, mais en bas, surtout à Borne, qui, au fond, n'adorait qu'elle-même. Yoilà la grande idole d'airain qui fut encensée bien plus que les dieux de la Grèce ; ceux-ci n'obtinrent droit de cité que parce qu'on leur attribuait la gloire de leur ancienne patrie et qu'on en attendait de nouveaux services. A côté des dieux de premier ordre, fourmillait une multitude de divinités locales dont le culte remontait à quelque protection qu'on leur attribuait dans une bataille ou un fléau public. L'Olympe italien était avant tout historique ; la montagne sacrée n'était pas reléguée dans un mystérieux éloignement, on la gravissait tous les jours : c'était le Capitule, où trônait le Jupiter de la cité reine.
Ces divinités multiples, nées des diverses fluctuations de la fortune romaine, étaient bien plus redoutées qu'elles n'étaient aimées. Il fallait éviter à tout prix de les offenser, aussi mettait-ou un soin minutieux à observer les rites prescrits. Comme on ne leur supposait