‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 5)Chapitre 171 sur 236 · L'ANCIENNE INÉGALITÉ SUBSISTE · texte numérisé non relu

L'ANCIENNE INÉGALITÉ SUBSISTE

institiitioi». Ron- seulement malgré quelques améliorations jaridiqnes, la situation légale des esclaTes n^aTaitpascIiangé, mais encore Finégalité sociale entre les hommes libres était deyenue plus choquante. Au temps de la république les magistratures souveraines étant électives, les citoyens possédaient la dignité et rindépendance d'hommes libres. Sous l'empire Tantorité suprême était à une telle hauteur de pouvoSr qu'il n'y avait plus qu'à ramper devant elle, et la plus fière aristocratie du monde, en se ruant dans la servîtade, selon le mot énergique de Tacite, déshonora en elle la dignité humaine comme on ne l'avait encore jamais vu. L'apothéose impériale a bien pu, au temps d'Auguste, être une forme du patriotisme chez un peuple accoutumé par la religion même du foyer à déifier ses ancêtres, mais quand elle s'appliqua à des monstres et à des fous, surtout quand elle fut accordée par anticipation dans les excès de la flatterie ou de la terreur à un scélérat comme Galigula, Commode ou Héliogabale, elle contribua encore plus à avilir l'humanité*. La cour impénale, avec sa hiérarchie des divers degrés des amis de César, était une école de platitude sans pareille •.

Si tous les Bomains retrouvaient l'égalité dans la servitude, l'ancienne aristocratie cherchait une compengation dans son mépris pour les ordres inférieurs. Jamais la hiérarchie ne fut plus tranchée; non-seulement les distinctions sociales furent maintenues, mais encore les inégalités de fait s'accrurent. Les afEran-

^ Boissier, La religion romaine, liv. I*', c. a. • FriedlaBQder, Mœurs romaines^ lit. 1", c. 3.

CORRUPTION DES MGEURS. 443

^ Mmmis aux peines corporelles, au sapplice de la croix. ^ L'incapacité légale atteint non-seulement les misé- ' nbles qai cherchent des gains honteax, mais encore les indigents — propter paupertatem \ Il en résulte que la ^ paoTreté est, à elle seule, une cause dlndignîté. On le Toit, les faibles améliorations du sort des esclaves, si ehétiTes et si précaires^ étaient largement compensées par cette dégradation croissante des classes inférieures. Bien ne montre mieux à quel point la philosophie stoïcienne et les empereurs philosophes furent im* puissants à restaurer la yéritable idée d*humanité et Fégalité des droits qui en est la première conséquence • Le christianisme dégénéré des époques suivantes devait à son tour sanctionner ce régime de privilège et d'inégalitéy mais ce devait être contre son propre principe et en rompant avec les plus nobles traditions de ses origines. Les grands esprits auxquels nous ne marchandons point notre admiration ne se sont pas montrés plus capables de réformer les mœurs que le droit. Ce n*est pas qa'ils n'eussent exercé une bienfaisante influence sur Télite qui se groupait autour d'eux ; ils contribuèrent à former quelques tjpes de vertu désintéressée, et quelques foyers domestiques purs et austères. U ne faut pas leur demander davantage ; ils se heurtaient à des obstacles invincibles pour opérer une régénération quelque peu générale de la famille et de la vie privée. On peut discuter

< Voir le Mémoire de M. Duruy sur la formation historique dee deux dmteeê de citoyens romains désignés dans les Pendectes sous le nom d'honestiores et d'humiliores. Appendice da V* Yolome de V Histoire des Bamains,

Page 1