‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 5)Chapitre 173 sur 236 · LE SATYRICON DE PÉTRONE · texte numérisé non relu

LE SATYRICON DE PÉTRONE

d*ignobles récits reproduise la Tie générale de Tépoque; 1I008 sayons combien de figures pures et nobles se détachent encore sur ce fond inf&me. Et pourtant c'est on symptôme bien grare qa*ane telle fiction ait pla à la oonr et à la Tille ; elle prouve au moins que la haute société romaine aimait à traîner son imagination dans ces fanges. De là à y chercher son plaisir il n'y avait qo*im pas. Semblable à Messaline, cette société riche et élégante se plaît à parcourir au moins en esprit ces bouges et ces cabarets où la luxure raffine jusqu'à la grossièreté. C'est ce genre de satisfaction que loi donne Pétrone, et que devait particulièrement' goûter son César insensé. Le Satyricon est bien fait pour dérider cet artiste cruel et efféminé qui mettait la toute-puissance au service des dérèglements prodigieux de son imagination et de ses sens également pervertis. Comédien et cocher, il aime à la fois les lettres et les palefreniers, les mythes poétiques et les orgies indescriptibles. Pétrone le sert à souhait : son livre est d'un bel esprit et d'un prostitueur; il n'a qu'un tort, c'est que son goût a trop de finesse pour un artiste tel que Néron, qui n'a réussi que dans le drame réel et qui savait mieux reproduire en.réalité l'incendie de Troie que le chanter sur la lyre. Qu'un livre comme le Satyricon ait pu être accueilli par la grande société romaine, c'est la preuve la plus accablante de son irrémédiable corruption.

Après tout, ce qu'il dépeint n'est point imagiaaire. Uamour qu'il décrit est bien celui qui dominait alors,

un amour réduit à la sensation, qui ne connait ni pu-

LA GORRUPTION tMSS UmJKB A POMPEU. 449

Ms innombrablefi, sa maison d^or^ ses temples qai AÉdent des musées, son peuple de statues, son forum ItfttfHjft d!*édtfices maJestoeQi, ses thennes et son Go- , avec le luxe de ses grandes dames traTersant ses tai litière, entourées d'un eortége brillant, ayecson Mistoeratie élégante qm s'entendait merveilleusement àfliener la grande Tîe du luKe. Le eiirétien ne voyait duw cet éclat que les splendeurs de Tidolàtrie, qui ÛKBB plus d'im quartier étalait ses pires infamies en ^in soleil. Il entendait de loin les cris frénétiques de kr iMde entassée sur les gradins du théâtre, et il savait qa^ils acclamaient tour à toar des représentations impures, des jeux sanglants et le supplice de ses frères. Du reste, personne n'ignorait ce qui se passait der* lière le portique des villas et des palais. Gomment le Afétien de Rome n*aurait-il pas eu Tàme outrée avec bien plus de motifs encore que le grand apâtre des nafioDS la première ÙÂ$ qu'il vit Faréopage d'Athènes?

Si nous laissons Rome où^ selon le mot de Tacite, affluaient toutes les infamies de Funivers ; si nous écartes p^ntures quelque peu forcées de Pétrone qui sont point fictives, mais s'appliquent au pire, nous MtsoavonSi éons un cadre plus restreint, la même cormptiom. Pénétarons dans cette petite ville de plaisance qai est sortie toute livante de son linceul de cendies. PoMj^ia n'a rien d'exceptionnel que son site encfaantenr. L'Asie Mineure a sans doute qudques Edens comparables h celui-ci, mais les flots qui la baignent sont imnrent terribles. La Grèce a des lignes aussi gracieQsas, nuds les contours en sont pins fermes ; on les

LA CORRUPTION DES MŒURS A POIIPÉIA. iSI

floblime de Pindare. La déesse de la Tolapté, le dieu du Tin, Toilà les divinités faTorites de ce culte tout sen* jmel. La Yénus napolitaine n*est pas la Yénus de Milo» itotte madone de r art anti<)ue; c*est une courtisane, le iMurbre palpite, Pygmalion a animé sa statue du feu impur qui le dévore. Le Bacchus pompéien ne rappelle en rien leB tajstères célébrés sous le nom de ce dieu et qui araient un sens profond. C'est purement et simplement le dieu des bacchanales couronné de pampres. La gfande mythologie est constamment sacrifiée à Faneeéote piquante : Ténus pleurant la mort d'Adonis, Diane admirant Endymion ou châtiant Actéon, Léda et son ejrgne, Fenlèyement d'Europe, Fabandon d'Ariane, voilà les sujets préférés dans les fresques pompéiennes, «niTent traitées avec une grâce légère, parfois aussi avec un libertinage choquant. Le genre remplace par- Umt le grand art. Ces peintures reproduisent sans eesse les combats des gladiateurs, satisMsant ainsi l'une des plus violentes passions de ces temps tout ensemble voluptueux et cruels, qui nous rappellent qae Time amollie par le plaisir ne se ranime que par des spectacles sanglants. L'esclave, succombant sous de lourds fardeaux, occupe aussi une grande place dans ces fresques d'un réalisme si sincère. Des dieux impurs, des gladiateurs et des esclaves, n'était-ce pas les trois piliers sur lesquels reposait cette société corrompue? Le petit temple d'Isis rappelle à la fois l'invaiion croissante des cultes orientaux et la fusion des anciens cultes dans un naturalisme panthéiste. Ce que Pompéia révèle surtout, c'est l'intérieur de

4Sn LÀ- COMVPTION DES BMEDR» A POMnÉIA.

la maison païenne» c'est la Tie domestique* lien ne ressemble moins à un foyer de famille que ees charmantes demeures. On n'a songé qu'aux loiùrs élégants ou auiL repas somptueux entre quelque» raie» couTives. La rie d'intérieur n'existe pas. Les fresques qui couYrentles parois nous initient à l'existence fri- Tole de cette petite yille, qui n'est point une exception. Nous assistons à la toilette de la grande dame romaine entourée des esclayes qui paient par de durs châtiments le moindre de ses caprices contrariés; nous pouTOBB compter les yases de parfums qui servent h gâter sa beauté. Nous assistons au repçs dans sa liberté peu chaste. Les danseuses qui j figurent nous sont représentées dans leur grâce provoquante. Nous sommes même introduits dans les coulisses du théâtrei où l'ou monte une pièce, et dans l'appartement du poëte^ au moment oui il récite une de ses nouvelles productions. Un art exquis, bien qu'il paraisse à Pompéia avoir vécu plutôt d'imitation que de création, embellissait ces maisons de plaisance d'une bourgeoisie peu opulente. C'est pour elle qu'on a taillé ces faunes dansants ou plongés dans l'ivresse dont la pose est rendue avec une merveilleuse souplesse, ce petit Narcisse d'une grâce si délicate, et surtout ce Mercure fatigué, qui a toute la nonchalance de la lassitude; c'est pour ces demeures, après tout modestes comparées aux villas et aux palais de l'aristocratie, qu'ont été peintes ces fresques ravissantes qui représentent les plus touchants épisodes de l'Odyssée oa des tragiques grecs. L'art étendait partout son domaine;

Là OIRRDPTKXI DBS HŒHmT: A BQIIPÉIA. 4SS

il layidti'domBer nae forme télégaiite aax. naten&fles.da niMige;' lesrlânpes, la poterie, les{ bijoux reeeittieiit Boa cachet;: on Toit que le païen die cette époqae^oav lait qae tonales sens fussent ftattés à' la fois.

ShMB retrouTons aussi à Pompéia les traces^ noBot- IvenraeS' de cettie furie d'uae débauche effrénée qai se mokA dans les derBièves infamies. lie pinceau qui en a oekraoé les scènes l^s plss* déTergondées et les plus Bflwstmenses, m>. antent de légèreté élégante que la |fl«nede Pétnme. Les fresques libertines de Pompéia npiodmscnt. aa Tif avec un coloris plein de chaleur Kss phiSr abominables scènes du Ss^yrican; on y r&- «■natf; c^te épouvantable perrersion de la nature qui él;ait la conséquence et le cdiàtinsent d'une sensaalité effirénée. Les traits effrayas^, par lesquels r«pétm Paaly dans sa lettre aux chrétiens de Borne £aiNnt stigmatisée areo une vigueur qui restait tau>jours ehaste, sont entièrement confirmés par ces peintareftlsincères jusqu'au cynisme, toujours fidèles aux 'Psooédéa d^un. art raffiné. Il ne faut donc pas pré-^ tendre que JuTénal, Pétrone et Lucien ont caloaraié Jmt époque. Ce côté infâme appartenait & la vie {Mieime, partout oti elle ne s'élevait pas au-dessus «dfèlltt-mème, et on. ne craignait pas de le mettre en plrâie lumière, ce qui révélait le dernier degré de la «oamption. Une génération qai ne sait plus rougir est em insurrection ouverte contre le priacnpe même delà nende universelle;

Cette dégradation s'explique par la littérature philo-sophique dont on se nourrissait de préférence à Pom-

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