‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 5)Chapitre 179 sur 236 · FRUGALITÉ DE LA TABLE · texte numérisé non relu

FRUGALITÉ DE LA TABLE

qui 6e sait le conyiTe da Dien auquel il a demandé son pain quotidien se contente des dons de la nature, et on ne le Toit pas manifester cette honteuse gloutonnerie qui fait du yentre un dieu et mêle les cris d'uite folle iTresse au bruit des yiandes qui siflQent surles foumeauic enflammés. La joie n*est point absente de la table chrétienne, car la famille a ses fêtes légitimes, mais c*est une joie douce et pure. Elle ne cherche point une excitation factice dans les molles harmonies des joueuses de luth. La louange de Dieu réunit toutes les Toix, depuis celle du père jusqu*à celle de Tenfant ^ La harpe les accompagne comme au temps du psalmiste. Une aimable gaieté est permise, pourvu qu'elle ne tombe point dans la bouffonnerie grossière *.

Les relations ayec les païens n'étaient point interdites. On comprenait que les liens antérieurs ne pou- Taient pas être rompus soudainement, qu'il y avait des obligations de parenté et d'amitié. Tertullien lui-même admet cette nécessité des amitiés païennes même pour la femme chrétienne, bien qu'elles devinssent facilement périlleuses par la difficulté d'éviter les pratiques idol&tres^.

On sait le rôle que jouait le parasite dans les festins de la société romaine; on ne pouvait se passer des bouffonneries et des flatteries par lesquelles il pajait son écot. Ce personnage ignoble est remplacé à la table

*■ Glém., Pxdag., II, 4, 41.

* Id., IT, 5. 46.

* « Nécessitas amicitiarum o£&cioramqae gentilium. » (Tertull., De etdtu fem»f IL)

442 L*H0SP1TALIT^ CHRtTIENMB.

chfétieniie par le frère étrasiger qoi est tonjoiirs reçu avec la plas toucfaante fraterBÎté. X'èospitaiité dtacé* tienne est iâen plus large que rbespi4»lité «ntiqire. Celle* ci ne dépasse pas les relations de parenté; ce n'^est pas rétranger qui est reçu comme appartenant à la grande communauté hamaine; c'est Je membre d'u&B ihmille ay«c laquelle on a jadis <^ntradté alUaueei. L'Iios^ pitalité chrétienne au contraire est pnreitent hxt' maine; Fétrangerest accueilli comme un frères sans que

Ton consulte les archives de la maison ; on ne veift

voir en lui que le fils du Père qui est au ciel, un diseipte de Christ. D*où qu'il vint, de quelque contrée barbare qu'il fût originaire, il était reçU'Comme les anges r«'vtuieat été sous la tente d'Abraham. On se hâtait de r<ftccuieillir et de lui faire sa. place au repas et surtout au eulte de la famille ^ Il est des circonstances où cette hospitalité prend un caractère particulièrement sacré, c'est quand elle s'exerce à l'égard d'un chrétien proscrit. Parfois celui qui vieut frapper à la porte de la maison est obligé de fuir, de ville en ville, l'arrêt qui l'a condamné. Bien qu'il y ait un réel danger à lui faire franchir le seuil d'une demeure déjà suspecte, elle ne lui en est pas moins ouverte avec empressement et on prévient tous ses besoins ^.

L'intérieur de la maison chrétienne doit être sans faste comme la vie qu'on y mène; l'ameublement en reflète

i Tertull., Deorat.,^.

•n:poa>va[x6dv£a6£... ïva àvsÇapvYjTov èv eauTOtç xb 5voiJi.a tou Xptorou $tarr3pi^a(j)Œiv. {Const. apost,, VIII, 45.)

DISPOSrriQN DE, LA MAISON CHRÉTIENNE. 443

la pureté et la simplicité ^ Les richesses qu'on peut acheter sont peu dignes d'envie ; il n'y a de précieux que la sagesse que ne paie ni Tor ni l'argent^

Le contraste devait être grand entre une telle maison réglée conformément aux principes de rEyangile et la maison païenne. La première était souvent un chétif réduit qu'il fallait chercher dans les quartiers des pauvres, parmi les boutiques des artisans méprisés, car l'Eglise s'était largement recrutée dans ces rangs infimes de la société. Pourtant il est certain aujourd'hui que bon nombre de familles riches et de grande naissance s*étaieut rattachées à la religion nouvelle. C'est à elles que s'adressaient surtout les conseils des moralistes chrétiens, puisqu'elles étaient seules exposées à la tentation de s'adonner au luxe. Il est facile de nous représenter les changements que le christianisme introduisait dans leurs habitations. La maison païenne nous est bien connue aiyourd'hui. Précédée d'un vestibule orné de panoplies et de statues, elle se divise en deux parties principales. lîous avons d'abord ïatrium^ séparé du vestibule par une petite porte ; il est flanqué de deux ailes où sont les chambres d'habitation ; au milieu est l'impluvium^ bassin qui reçoit l'eau de pluie découlant du toit. Le tablinum^ qui n'est séparé de Y atrium que par on grand voile, est la chambre la pluâ importiuite. C'est là qu'on garde les documents juridiques, les archives de la famille, les titres de l'hospitalité ^ et ceux des collèges dont on fait partie. Le foyer, avecles dieux

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