SOLENNITÉS DU FOYER CHRÉTIEN
tienne, il se, réserye pour les sombres murailles de la catacombei. x^ependant on retrouve sur les vases et les anneaux les symboles favoris du christianisme primitif, le bon pasteur, Tancre, la colombe. Plus d'une fois la maison chrétienne servit à la célébration du culte, surtout avant que Ton possédât des maisons de prière. La tradition rapporte que le sénateur Pudentius avait prêté la sienne à ce saint usage ^ Qui sait si Timpluvium ne fut pas plus d'une fois employé comme piscine baptismale ? Les arbres du second péristyle abritèrent souvent d*humbles artisans aux mains calleuses et le cantique chrétien retentit dans des lieux accoutumés naguère aux chants de Tivresse.
La maison païenne prenait un grand éclat dans les fêtes de la famille , quand la jeune épouse y était conduite en pompe, ou quand Fhéritier du nom se rendait au forum revêtu pour la première fois de la robe virile. Elle revêtait un aspect imposant lorsque la dépouille du chef de la famille était conduite au bûcher funèbre ayant pour glorieux cortège les statues de ses ancêtres. Plus humbles, mais plus touchantes étaient les solennités du foyer chrétien; la jeune femme y entrait couverte des bénédictions et des prières de TEglise. Le néophyte dont le front avait été scellé du sceau divin éprouvait une joie plus vive que le nouveau citoyen qui avait pris son rang dans la cité ; nul sénateur de Bome ne ressentit devant Fimage d'un illustre ancêtre un sentiment plus élevé de la noblesse de sa race que
^ Voir Rossi, Bulletin di Archeohg» emf., anno V^ p. 43-44.
Là: FAMItLB GBRSTIBNNl' ET LBS^ » AUTftBS: 449
reiMmsIitiié dans ses droits et ses deiroirs à k lumière et rsvaiigîlew
$ IL La famille chrétienne et les pauvres.
Nous aToiu^ va rjE^lij^e &ke ime lairge part à la puA- Ttetè ehaqae fois qa'elle célèbre son culte. Les offirandeB volontaires qui accompagnent Teucharistie étaient destinées anx indigents, aux yeuyes, aux orphelins» et. dans leur personne au Christ lui-»mème| qui n*a pas Tonlu séparer sa cause de la leur. Cette charité collective était le produit volontaire de la généro* site de chaque famille et de chaque chrétien. La charité individuelle ne se contentait pas de cette bienfaisance publique qu'administrait FEglise. Chaque famille chrétienne se croyait obligée de pratiquer la bienfaisance, surtout par les mains de la femme, qui se montrait toujours prête à accueillir Findigent ou rétranger» à sienquérir de leurs besoins et à. y pourvoir. Que de Dorcas ont taillé les vêtements du pauvre, et combien cette laine filée pour couvrir sa nudité a' était-elle pas plus digne de respect que le fuseau de la dame romaine qpii ne pensait qu'à soa mari et à ses enfants ! Le christianisme ne se borna pas à répandre ses bienfaits d'une main généreuse, il développa encore une notiou de la richesse et de la propriété qui était étrangère au monde païen, il releva le pauvre, et créa la vrait charité qui est bien au-dessus de la simple bienfaisance. Cette réforme si considérable dans Tordre moral
fat réalisée sans fracas, dans le cercle de la famille. Là encore ce fat Fidée hamaine arec toate sa laideur qai triompha des étroitesses da droit conyentionnel, parement ciyil.
La propriété dans la yieille constitution romaine est rinyestiture par TEtat du sol conquis ; toute antre possession échappe à la consécration du contrat, parce que le pouvoir ciyil n*a rien à y yoir, rien à y garantir. La jn&tice ne s'occape pas de la propriété natnrelle; celle-ci est comme si elle n'existait pas. Tout en revient à nn droit formel, F équité s*efface deyant les formules de la mancipation ou de la propriété artificielle consacrée par FEtat. H est évident que plus la propriété naturelle reprendra d'importance, plus anssi le droit deviendra humain, équitable, inspiré par la vraie justice qui met la bonne foi au-dessus des termes plus ou moins élastiques d*un contrat. L'honneur des grands jurisconsultes de Fempire est d'avoir marché dans cette voie et d'avoir commencé à introduire l'équité dans le Code *. Le christianisme devait avec bien plus de puissance battre en brèche Fétroitesse pharisaïque, le formalisme politique du droit antique en rapportant la propriété à Dieu comme à son souverain dispensateur. Ainsi comprise, elle n'est plus la simple consolidation civile de la conquête, elle est dévolue à celui qui la possède sous sa responsabilité; il en doit compte à Dieu et à ses frères.
* Troplong. De Vinfluence du christianisme sur le droit civil des Romains, p. 32, 33.
C*est dans le traité de Clément sur la richesse qu*il faut chercher la Traie pensée du christianisme primitif an snjet de la propriété ^ Il commence par reconnaître sa Intimité en tant qu'elle procède vraiment de Dieu ; elle est par conséquent Tonlue de lui, mais à la condition d*étre pure de fraude et d'être Touée à sa fin Téritable. « Le Seigneur, dit-il, ne condamne pas les richesses, pounrn que ceux qui les possèdent cherchent qoelle est sa volonté à leur égard '• » Gomment pourraitil les condamner après qu'il les a lui-même prodiguées dans la création? L'épargne et le travail qui les amassent ne méritent aucun blàme. Le droit d'héritage n'est pas plus contestable. A quoi servirait-il, poursuit Clément, de se dépouiller de ses biens, si au sein du dénuement le plus absolu on conserve toutes les suflBt convoitises, toute l'avidité du mauvais riche. Il ne suffit pas de ressembler au mendiant de la place publique pour être un saint ; il faut faire plus, il faut revètûr l'esprit de la vraie pauvreté qui consiste à ne pas mettre son cœur dans ses biens, à être prêt à les abandonner et surtout à en faire part à ceux qui souffrent '. Ce qn^on doit bannir avec soin de la maison chrétienne, e^est l'avarice, qui, semblable au serpent couché sor nn trésor, ne jouit pas de ses propres biens et empêche les autres d'en profiter. Celui qui s'y abandonne, se dessèche et semble n'avoir plus dans la
* Qm$ dives saivetw,
[Qms dives saivetur^ 26.) s Id., 18.
poitrine qu'une pièce d'argent au lieu de cœni ^ Après tout, la richesse n*est qu'un instrument et tout d^end de l'usage qu'on en fait *• Sa destination proTidentidle €St très-grande« Tout d'abord elle rend possible la société humaine qui ne peut se passer de la réo^ procité des échanges '. Mais sa fin dernière est la charité, à qui sont confiés le soin et l'honnear de releTer lapauYreté. Celle-ci n'a pas en elle-même un mérite; quand elle s'abandonne à Tenyie et à la haine, elle ne yaut pas mieux que la richesse ayare *• £lle n'en constitue pas moins la plus haute des dignités moralesi quand elle s'unit à Fhumilité et à l'amour. Sous ses haillons misérables, sous ses traits pàlis, sous son extérieur sordide sont cachés le Père et le Fils. Un grand trésor est dans ce yase d'argile '• L'indigent ressemble ao yoyageur blessé de la parabole qui est couché an trayers du chemin, il faut le relayer, panser ses plaies, apaiser sa faim, yétir son corps et lui donner un abri ^ Nous pouyons reconnaître à ces traits combien la charité chrétienne diflFère de la bienfaisance païenne. Celle-ci peut se réchauflFer parfois grâce à un de ces mouvements de pitié qui traversent l'âme humaine et rappellent sa divine origine. C'est à ces inspirations sublimes et exceptionnelles qu'il faut rapporter les plus
^ Ou xapâ^av àXkd [JLETaXXov çopôv. (/rf., 17.)
* '0 %kGui:oq opYav6v èait. (M., 14.)
' Ttç Y^P ^'^ yvO'.va)v(a xaTaXsiVotTO izapx avOp(î)xotç, et [t,rfie\ç
1X0 tJJl.Y)Sév. (/c/., 13.)
* id., U, 19.
* "EvBov 6 y.pu^uToç IvoaeTxa-rijp xat 5 to6too toxïç* {Id.,Zt.) « /cf., 28.
tiH^nroE DE U CHARITE GfifiETlENNE. 451
nobles paroles de Gicéron et de Sénèque^ sur nos deloôrs enTers le misérable. Néanmoins la bienfaisance païenne reste le plus souvent étroite, intéressée, ou du WUBiuB empreinte d'un caractère politique. Elle ne dépasse guère les limites de la patrie. Le pauvre qui n'est ■iiin client ni un compatriote, mais tout simplement im indigent jeté sur la voie publique par quelque accident» est presque toujours abandonné à son malheureux §arL Personne ne verra une charité véritable dans la smnificence à^es Césars pour nourrir et amuser la plèbe dbAome» car il ne s'agissait pour eux que de pajer sa aervitude.
La fameuse institution alimentaire de Trajan qui prit de nouveaux développements sous ses successeurs^ avait aortout une portée sociale. L'empereur avait fait des prêts abondants à la propriété rurale, afin d'empêcher les progrès de la stérilité sur le sol de l'Italie ; en retour, il demandait que les intérêts de ces sommes considérables fussent distribués aux enfants des pauvres citoyens. Il voulait ainsi conjurer le dépeuplement des provinces, tout aussi bien que l'appauvrissement de la terre, et préparer des soldats aux armées de l'empire. C'est ce qui nous explique la cessation des secours accordés à ces jeunes citoyens dès qu'ils avaient atteint l'âge où ils pouvaient s'enrôler. Evidemment ces mesures généreuses avaient avant tout un but politique. Les particuliers se mirent à imiter l'empereur et multiplièrent des fondations MialogaeB. Ils faisaient souvent des dons très-^larges à leurs municipes en faveur des citoyens pauvres. Certes de telles libéralités révèlent un grand progrès dans le
452 LARGEUR DE LA CpARITÉ GHRÉTIEHME.
sentiment public ^ Il n*en demeure pas moins que la chirite n^apparait avec toute sa tendresse et tonte sa la^ geur que parmi les chrétiens. Chez eux elle est la première préoccupation. Ils n*admettent pas que le nëeessaire manque à un de leurs frères dans la foi. Leur générosité est si bien connue qu'elle deyient parfois un motif pour les mallieureux sans appui d'embrasser leur croyance *. L'Eglise donne une force nouyelle à ce mot de FEcriture : Je n'ai jamais vu le juste avoir faitn^ car près du juste affamé, selon le mot de Glémentt elle met toujours' un autre juste pour partager son pain aTec lui '. La communauté des biens spirituels pousse nécessairement à communiquer les biens inférieurs i ceux qui en sont dépourvus. Il n'y a là aucune contrainte, mais l'application la plas simple de cette admirable loi de solidarité qui, après nous aToir fait participer à la Tie du Yerbe, qui est la même pour tous, établit entre les hommes la réciprocité de tontes choses *.
Cette charité veut chercher et sauver tout ce qui est perdu. Elle commence par les misères les plus voisines. Le riche, selon la belle parole de Gommodien, soutient le pauvre qui est près de lui comme l'arbre soutient la vigne ^. Il n'est pas nécessaire d'avoir les biens de ce monde en abondance pour se montrer se*
* Boissier, Reltg. romaine^ II, p. 2!0.
* Kotvwvtîcou; tûv èTCtTir)Se£(i)v [juxOivieç xobç 3ca6a>gi()i>[iiévouç id^ Xpt(JT(J. (Glém., S/rom., 1,1, 6.)
^Jd.,Pxdag.,lll, 7, 40.
*/cf., II, 12,120.
^ Cornmodien, v. 460-461.