DÉSESPOIR FRÉQUENT DES ESCLAVES
:onet du villicuSj espèce d'esclave contre-maître qui se rengeait de sa propre servitude en accablant ses inférieurs. C'est là qu'était la gent ferrée*, la multitude affanée et souvent torturée de ces travailleurs innombrables sonduits à coups de nerfs de bœuf sous la constante menace des derniers supplices. Leur nombre était accru tous [es jours par des serviteurs de la maison de ville qu'on envoyait, eu punition de quelque méfait ou de quelque naladresse, tourner la meule ou pourrir dans la geôle.
La terreur planait sur ces masses obscures au sein lesquelles couvait sourdement le désir delà liberté, qui aisait parfois explosion par la révolte et le massacre. L en juger par la description que nous fait Apulée des esclaves de la campagne, leur sort n'avait pas changé lepuis les beaux jours de la comédie antique. Il nous es montre couverts de misérables haillons, la peau ivide, déchirée par les coups de fouet, n'ayant que des ambeaux de vêtement, marqués au front, la tête rasée, es pieds serrés par un anneau ^. D'après Sénèque, un lombre désespoir mêlé de haine animait les esclaves ; lussi les suicides étaient-ils fréquents parmi eux. La classe servile tout entière parle par la bouche de cette rieiile servante d'une comédie de Plaute, qui explique par ces mots amers la cause de son accablement : « J'ai juatre-vingt-quatre ans et je suis esclave '. »
1 « Genus ferratile. »
(Piaule, le Revenant, v. 18.) < Apulée, Métamorph,, 9. Edition Panckoucke. Tome II, p. 190. * « Annos octoginta et quatuor
« Et eodem accedit servitus. »
(Plaute^ le Marchand, v. 666-667.)
4C6 LA PUDEUR OE L^ESGLâVE NON PROTÉGÉE.
Les désespérés qui se tuent sont encore moins i plaindre que ceux qui yiyent dans Tignominie et la flétrissure. L'esclayage est la grande officine de la pros* titution et de la débauche sous toutes ses formes. Le maître peut irendre à son gré les femmes et les jeunes filles au prostitueur quand il n'en yeut pas faire son propre butin. Il ne s*agit pas de créatures à demi sanvages, m^ûs de malheureuses filles de la Grèce et de TÂsie, qui ont toute la beauté et toute la séduction de leur race. La loi n'accorde aucune protection à la femme esclave contre la luxure. Si un éclair de pudeur et d*amour yéritable traverse son Ame, elle ne recueille que la raillerie. Il est entendu qu'elle ne peut rien refuser, que son maître même peut la prêter à qui lui plaît, et que la femme libre seule a le droit de résister aux obsessions d'un débauché. « La loi Julia, disait Papinien, ne protège que l'honneur des personnes libres^.»
Dicclétien déchargea de la noie d'infamie un citoyen romain accusé d'avoir attenté à la pudeur de malheureuses femmes, « parce que, dit l'empereur, il a été prouvé qu'il ne s'est attaqué qu'à des esclaves et non à des personnes libres*. » La femme n'était pas seule soumise aux fantaisies de la débauche; l'esclave mâle était souvent l'objet du caprice de sa maîtresse qui le forçait à un concubinat précaire. La position des enfants tombés en servitude n'est pas meilleure. On en fait ou des mignons ou des gladiateurs, comme on peut s'en convaincre par d'innombrables inscriptions de l'é-
1 Papinien, au Dig,, XLVIII, v, 6.
«DioclétieD,aDno290auCoc?.yM5^.,IX,9,25. Allard,ouvr. cité, p. 174.