‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 5)Chapitre 191 sur 236 · LES AFFRANCHISSEMENTS LAISSENT L'ESCLAVAGE DEBOUT · texte numérisé non relu

LES AFFRANCHISSEMENTS LAISSENT L'ESCLAVAGE DEBOUT

poquc impériale. Exposés jadis par des pères qu'ils ne connaîtront jamais, ils peuvent être entraînés sans le savoir aux pins épouvantables incestes ^ Borne a dans fies bouges les plus infâmes des descendants ignores de ses plus grandes familles.

La vengeance de Tesclavrge contre ses maîtres n'irait que trop sûre. C'est lui qui désapprend au peuple romain le travail libre, le seul qui soit fécond, et qui étend ainsi le domaine de la stérilité sur la terre la plus fertile, — la terre des moissons et des héros. C'est lui qui de ces descendants des héros fait des débamchés amollis et cruels. C'est lui qui, chargé d'instruire la jeunesse, la corrompt soit par lâcheté dans la crainte d'irriter un maître futur, soit par la simple contagion des vices qui lui sont naturels. Ce cri d'un père à son esclave : Scélérat^ tu as perdu mon fils! a dû retentir bien souvent dans les maisons romaines.

Les affranchissements, si nombreux sous l'empire, ne préparaient point l'abolition de l'esclavage. C'étaient des exceptions qui confirmaient la règle. Pendant longtemps FaiTranchi garda comme un bout de sa chaîne. II ne pouvait se marier comme il l'entendait; son droit de saiTrage était restreint; son ancien maître conservait une part dans son héritage. On sait jusqu'où Taffranchi s'éleva à force de ramper. Il devint souvent une sorte de maire du palais sous les Césars, mais sur les marches du trône il conservait un cœur d'esclave. Ce n'était pas la fameuse formule r Liber csto qui suffisait à le transformer^ et le coup de baguette obligatoire n'avait rien

1 Allard^ oa^r. cité, p. B53.

'i68 L'AFFRANCHIE VOUÉE A LA DÉBAUCHE.

de magique. Les affranchis formèrent la partie la plus dégradée des classes riches. Le Trimalciande Pétrone demeure leur yrai type dans la vie privée, comme Narcisse représente les parvenus de la politique. Il 11*7 avait pas de sort plus misérable que celui de la femme affranchie; elle était condamnée dans la société romaine au métier de courtisane ; sa pudeur n^était pas plus protégée que celle de la femme esclave. Plaute arendu d'une manière poignante Taffreux destin d'une affranchie qui s'éveille à un sentiment plus pur que les amours vénales ordinaires. Le front pâle, la mise négligée, poussant de profonds soupirs, la jeune femme qui voudrait connaître le véritable amour ne rencontre que d'amères railleries. « Tu parles de ton cœur ! lui dit en riant sa compagne. Où est-il, ton cœur? Les femmes n'en ont pas^ » Les matrones seules ont le droit d'éprouver une chaste affection-.

Où est-il, ton cœur? Où est ta conscience? Où est tout ce qui fait une âme humaine? Voilà bien l'ironique question que la fière aristocratie païenne adresse à Tesclave, Cencst quun corps^ dit-ellea; aussi n'hésite-t-ellc pas à ajouter : La tête sert- île 71a aucun droit'' ; tous les avilissements de rescluvage sont résumés dans ces deux mots. Parfois Tesclave a été l'objet de tous les soins de son maître qui a cultivé en lui les dons les plus précieux

' « Uuid id? unde est tibi cordolium?»

(Piaule, Cassette^ v. C7.) - « Matronx magis conducibile est istuc,

« Unum amore. » {/û?., v, 80-81.)

^ 2lx£'jy) y,at GO)[JLaTa. Ces mots se rapportent au marché d'Aihèni\< où se vendaient les meubles et les esclaves. Allard, ouvr. cité, p. 148. * « ServJlc caput nullura jus habet. » (Paul^ au Dig,, IV, V, 3.)

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