‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 5)Chapitre 192 sur 236 · LES ESCLAVES A LA VILLE ET A LA CAMPAGNE · texte numérisé non relu

LES ESCLAVES A LA VILLE ET A LA CAMPAGNE

de rintelligence. Qu'on ne s'y trompe pas, on n'a songé qu'à l'agrément qu'on n'en pouvait tirer et on l'a dressé comme un cheval de prix, dont on rehausse la beauté par des harnais somptueux. On ne lui dira pas : Où est ton esprit? car il en a, et, s'il est Grec, du plus fin et du plus brillant. Mais on lui redirait encore avec le même dédain : Où est ton cœur? Où est ta conscience? C'est un ornement de la maison, ce n'est pas un homme ; nul ne voudrait l'éveiller à la vie morale et lui reconnaître des droits en admettant qu'il a des devoirs. Après l'avoir avili à plaisir, on n'en fera pas un citoyen en en faisant un affranchi. A quoi bon? Est-ce que les hommes libres ne prennent pas une âme servile au contact flétrissant de l'esclavage? Quant aux innombrables serviteurs qui foisonnent dans une abjecte promiscuité soit à la ville, soit aux champs, on leur fait donner leur ration quand ils sont dociles; on les flagelle ou on les envoie soit à la meule, soit au gibet, s'ils se montrent rebelles ; mais l'i iée ne vient pas de faire luire, un rayon de lumière intellectuelle dans les bas-fonds où ils croupissent. Les maîtres de morale qui s'occupent des impératrices et des grands seigneurs ne descendent pas si bas. Ce n'est pas eux qui s'occuperont de l'esclave et, prenant au sérieux sa qualité d'homme qu'ils ont proclamée à grand fracas, le traiteront comme leur semblable et le feront sortir de la sombre région où il est relégué, par une autre porte que celle de la débauche ou d'un favoritisme toujours égoïste et dégradant.

Ce fut l'œuvre du christianisme. Il refit une personne morale de cet être abject qui continuait à être mis hors

Page 1