LE TRAVAIL MANUEL MÉPRISÉ
ainsi à Topprobre de la coudition senrile. Quand ilséchappaient à cette dare Décessité, ils Tmient de la Tie misérable des clients des grandes familles que Ton voyait dès Taube, le front en sueur, encombrer le vestibule des maisons riches pour acheter leur sportule en assistant à cette espèce de grand loyer de Finsolent patricien. La plupart prenaient rang dans la plèbe que la munificence impériale amusait an cirque après Tavoir nourrie du blé d'Egypte'. Ceux qui travaillaient encore se rejetaient sur les arts du luxe, sur le tbé&tre, le cirque et les métiers qui en dépendaient, ou bien sur quelque misérable emploi public, tel que celui de crieur ou d'huissier. Les temples païens avaient aussi tout un personnel qui fabriquait ce qu'on peut appeler le matériel de la déyotion, comme les statuettes et les ex-voto, ou qui remplissait les bas offices de \alets de sacristie. Aucune de ces occupations n'était de nature à inspirer grande estime, quelque profit qu'on y trouvât parfois, et le travail libre demeurait frappé d'une véritable réprobation.
Il en avait toujours été ainsi dans l'antiquité. On se souvient du rang infime auquel Platon réduisait les artisans dans sa République , les confondant avec les esclaves. A l'entendre, les citoyens qui s'occupent des afiaires publiques et qui sont les gardiens de la loi ont seuls besoin de vertu. Il est des travaux, d'après Aristote, dont un homme libre ne saurait s'occuper sans s'avilir; ce sont ceux qui réclament surtout l'énergie physique ; mais la nature crée pour ces labeurs
A Friedlander^ Mœurs romainei^ vol. I^ p. 275.
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une classe spéciale d*hommes; ces êtres, particuliers sont ceur que nous soumettons, afin qu*ils travaillent à no^ tre place, sous le nom d'esclaves ou sous celui de mère»nofrei ^ La jeunesse intelligente ne devait pas apprendre les métiers qui réclament le travail manuel. « Quel est cafaiiy disait le grand Socrate lui-même, qui te domine dans rassemblée populaire? Est-ce ce cordonnier? est-ce ce crieur public ou est-^e ce faiseur de tentes ? Si tu fais pen de cas de chacun d*eux en particulier, qui t*empêche de les mépriser en masse ^ ? » Le\discrédit qui les frappait n^avait fiiit que s'accroître. Claude, au moment d*oJBfinr un sacrifice expiatoire, ordonnait qu*on fît sortir lès ouvriers et les esclaves *. Les esprits élevés et généreux comme Plutarque se trouvaient d*accord sur ce point avec d'impitoyables railleurs, tels que Lucien *. Tandis que Partisan pour le second est un être vil et qu'il suffit à ses yeux de travailler de ses mains pour être déshonoré, fùt-on un Phidias ou un Praxitèle, le pre« mier ne craint point de s'exprimer en ces termes sur le travail manuel : « Nous admirons une belle tenture de pourpre, mais nous considéroiis le teinturier comme un vil artisan '• »
Nous avons vu le travail libre confondu avec l'indigence participer à l'opprobre qui enveloppa sous l'emj^re toutes les classes inférieures de la société. Il fallut la réforme chrétienne pour l'affranchir de cette honte
* Arigtole, Polit., VIT, 8.
« Xénophon^ MemorahiL, XI 1, 17.
' 8Qétone« Claude, ^.
* Lucien* le Songe, 9.
* Plut., Périclès, «. .
VÈBUa BBLiVE LE TEAVASL lULRIIEL. ' 487
«Bcluunttîquc et le pûn de la commanion ne eraignoiéfit pM de maûet Veotil. Les séyère» prescrtptioQ^ par tesqutfles TE^ifle interdisait tons les métiers entackés d*idolâtrie oa rattachés an théâtre purifiaient le travail mannel des tîU emplois qui le déshonoraient dans la yie païenne ^ Détourné des vocations qni étaient à la fois improductives et corruptrices, il était dirigé vers sa vraie destination. — En outre, l'oisiveté qui passait les longues heures du jour sur les gradins du cirque, était sé- Tèrement interdite, et pour armer les chrétiens contre les tentations de ces plaisirs grossiers si chers à leurs •concitoyens, il était nécessaire de multiplier les exhortations au labeur régulier de Tatelier en en relevant la dignité devant Dieu, et aussi en le facilitant. L'évêque était teuu de faire les plus grands efforts pour procurer du travail à Tartisan qui en manquait, et tout d'abord à Torphelin privé de ses protecteurs naturels ^. IRien n'était plus capable de relever le travail manuel •que de le présenter aux chrétiens comme produisant For sacré de Taumône. « Exerce la munificence, lisonsnous dans le Pasteur Hermasy et assiste le pauvre qui se présente à toi avec le fruit de ton travail '• »
Ce n'est pas seulement à ceux qui en ont besoin ponr vivre que le travail manuel est recommandé, •c*est encore à toutes les femmes pieuses. En voyant la grande dame assidue à son fuseau, l'humble chréitienne qui devait gagner le pain de ses enfants se
* Const, Eccl. Egypt., 11, 41.
* ^û èxiaxoiroi, jJLepijxvfjffaTc ts/vCty) IpYcv. (Const. apost,, IV, 2.) -^ « Exerce boni tatem de fructu laborum tuoram. » (Pa</or, 1 1, Mu od. 3.)