L'INDIVIDU ÉCRASÉ PAR L'ÉTAT ANTIQUE
publique était aa moins réglée par la loi et partagée entre des poayoirs politiques qui se pondéraient. Depuis Tère impériale elle se concentre dans un seul homme, dans une seule Tolonté qui est souvent livrée à Tarbitraire le plus monstrueux. Si les provinces éloignées du centre de Tempire possèdent une certaine indépendance locale, cela tient à ce qu*il n'est pas possible que les rênes d*un gouvernement aussi vaste ne flottent quelque peu dans les mains du César, mais partout où sa domination se fait sentir, elle est accablante, absolue. L'État romain est Fidole gigantesque à laquelle la personnalité humaine est totalement sacrifiée. Trop souvent elle ressemble à un Mo loch qui veut du sang, et la loi de lèse-majesté doit fournir des victimes. Quand bien même le pouvoir est aux mains de princes vertaeux et modérés, T omnipotence de la chose publique est sévèrement maintenue contre les droits individuels. Sur ce point les Ântonins ont conservé intégralement la notion païenne de rÉtat.
« La fin des êtres raisonnables, disait Marc-Âurèle, est de se conformer à cette raison et à la loi qu'imposent la cité et le gouvernement antique par excellence'. » Chaque citoyen est à ses yeux un simple complément du système social, Tabeille n'existe que pour l'essaim.
L'autocratie de TÉtat n'était nulle part plus pesante que dans le domaine de la religion, d'où elle eût dû être
1 Marc-Aorèle, PcMsées^ 11^ 16.
AFFRANCBBSnaNT DE Lk CœiSGIENGS CHRÉTIENNE. 494
humie avec loin. Un libre esprit comme Cicéron nV Tait pas hésité à> déclarer qoe les seuls dieux qai piuh seiU être adorés par les citoyens étaient ceux qoe rÉtat avait reconnos : Deos publiée adscêias^ Il est trai qae le nombre en était grand et s'accroissait tous les jours; il suffisait qu'un culte surgit qui ne pût s'accom* moder de cette promiscuité religieuse pour que le conflit éclatât ^ qu*nne barrière se dressât pour la première fns: devant le pottv<Mr civil.
Nous avens retracé le long et sanglant conflit entre rÉtat romain et TÉgUse. Par le seul feit qu*il se re&isiuit de soumettre sa conscience à la loi romaine,, le chrétien introduisit dans le monde un principe social entièrement nouveau, qui devait fonder la vraie liberté par la liuiitation du pouvoir de TÉtat réduit à sa compé* tence civile» Le christianisme n*a rempli cette grande tâche que parce que sa résistance a été purement me* valCy sans jamais recourir à la révolte armée. S'il eût pris répée, il n'aurait été qtfune puissance politique nouvelle voulant remplacer Tancienne, et opposer contraiste à contrainte dans la sphère où la conscience de ^individu est seule souveraine. En mourant pour sa foi le martjr en révélait Tindomptable énergie comme puissance morale, et démontrait en fait rinanité de la force en face des convictions.
Le ehristianisBie ne s'est pas contenté d'opposer son non poiÊmnuê aux empilements de TÉtaU Nous l'avons vu saisir dans toute «a grandeur et réaliser au fojrtf de la famille la grande idée de l'unité humaine. Au-dessus de la cité il voit l'humanité; et dans le
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citoyen rbomme, c'est-à-dire Têtre moral à qui Diea a donné des droits en même temps que des xleToirs. C'est ce dépôt sacré qa*il ne lui est pas permis d'abandonner, et ainsi se trooTC consacrée la liberté de TindiTidu toujours foulée aux pieds jusqu'alors. Quand on met l'homme au-dessus du citoyen, on trouve sons la toge ou sous la bure, par delà Taccident qui confère on refuse le droit civique, le fond substantiel de la nature humaine, la personne morale. Celle-ci a une valeur propre, absolue, puisqu'elle est destinée à s'unir à Dieu ; elle ne peut plus être considérée comme le ronage d'un mécanisme, comme une simple partie d'un tout; elles sa fin en elle-même, et sa liberté morale ne saurait plus être légitimement confisquée. Les droits individuels sont pour la première fois mis au-dessus des atteintes de l'Etat. Si le chrétien les défend pour luimême, il les défend également pour tous les honmies ses frères, qu'ils soient ou non de sa race ou de son rang, car le droit artificiel et quelque peu fictif conféré par l'État s'efface devant le droit naturel. En réalité, la mission de l'État est de faire coïncider toujours davantage le droit naturel et le droit civil, de mettre le premier sous la protection du second. Ces vérités entre^ vues par les grands penseurs et les jurisconsultes éminents de Tempire sont la base même de la conception chrétienne des relations entre les hommes, et elles reçoivent leur application dans toutes les maisons où rÉvangiie est accepté comme la règle de la vie. Ainsi commence et se poursuit dans Thumilité de la vie chrétienne la grande transformation de la notion de TEtat