‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 5)Chapitre 205 sur 236 · LES LOIS INIQUES SONT SANS DROIT · texte numérisé non relu

LES LOIS INIQUES SONT SANS DROIT

Tonlu de Dien. D*après eux ce n^est pas le fils de Saturne, le Jupiter de la mythologie qui Ta institué, c'est le Créateur de toutes choses. Aussi, bien loin de lui refuser Tobéissance qui lui est due et de se conduire en rebelles, c*est eux qui ont la plus haute idée de TEtat. « César est plus à nous qu'à tous, païens, s*écrie Tertullien a^ant son accession au montanisme, puisqu'il est établi par notre Dieu ^ » Ce qui relève la dignité de TEtat est aussi ce qui borne son pouvoir, car, institué par Dieu, il perd tout droit quand il manque à sa mission. Si le prince fait servir son autorité non pas à protéger la justice, mais à satisfaire les mauvaises passions, il devient un tyran, et se met en opposition par conséquent avec ridée même de TEtat tel que Dieu Fa institué *. C'est surtout quand le pouvoir civil veut courber sous sa loi la conscience religieuse qu'il ment à son origine et à sa destination. L'obéissance lui est due pour tout ce qui est juste, mais quand il commande Tinjustice ou l'apostasie, la résistance ou plutôt le refus d'obéir est un devoir. Il faut observer la loi civile quand elle est d*accord avec la loi morale, mais en cas de conflit on doit toujours préférer la première à la seconde, et savoir, selon l'énergique expression d'Origëne, mépriser la volonté du législateur humain pour n'obéir qu'au divin législateur ^. Il est, du reste, expressément entendu que la résistance n'est admise que dans l'ordre spirituel et qu'elle ne doit jamais

^ « Et merito dixerim : Noster est magis Cxsar ut a nostro Deo constitutus. » (Tertull., ApoL, 33.) * Orig., Contra Cets., VIII, 68.

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se transforner en guaite amie. « Notre irojaiime, disent le^ chrétiens, n'est pas on royaume terrestre, hattiain. Noos ne parlons que du royaume de Dieu^ » Ces parides de Justin Martyr scellées par des torrents de sang suffirent pour reconquérir sur TEtat antique ce domaine de Tâme et de la conscience où 8*affirment les libertésjin* ^Tîduelles. « Cba^ue homme, disait TertuUien, reçoit de la loi de la nature la liberté d'adorer ce que bon lui semble. Quel bien ou quel mal fait à autrui ma religion'? » Dece priocipe découle la neutralité de TEtat en matière relîgteuse, son caractère laïque; il n'a pas à prendre parti dans un tel sujet ; la destination que Dieu lui a don*née le lui défend* Il est laïque parce qu*il n'est pas athée» Du premier coup, la pensée chrétienne s'élevait k la plus haute notion de l'Etat moderne. Les chrétiens ont encore montré qu'ils reconnaissaient la compétepce et le droit de l'Etat en consentant & plaider leur cause derant lui. Chaque apologie débute par un acte d'adhésion au pouYoir dont on sollicite un jti^ment équitable ; il est reconnu toutes les fois qu'il est iuToqué. En résumé, le chrislia^ nisme n'a point youIu se mettre hors la loi et rompre avec la société civile, comme s'il constituait une ccmf rérie de saints des derniers jours, secouant la poussière de leurs pîeds sur un monde irrévocablement maudit. Quand on Taecusaitdese retirer de la vie commune et d'être inutile à Fempire, il protestait énergiquement. Ses prières seules étaient la plus e£Scace des protections pour la patrie K

^ Justin, Ap. 11% p. 88.

* « Uamani juris et nataralis potestatis est unicaiqae, quod putaverit^ colère. » TerluU., Ad Scapul,, 2.

s Orig., Contra CtU^^ VIU, 7».

496 ILS PEUVENT REVÊTIR LES CHARGES PUBLlQnES.

En principe, da moins dans sa tendance la pins modérée, TEglise admettait qne ses membres remplissent tons lenrs devoirs de citoyens, et elle se gardait bien de les empêcher de revêtir des ctiarges publiques. « Il est permis, dit Clément d'Alexandrie , de s'occuper de la chose publique ; il n*est point défendu de vaquer anx choses de ce monde, pourvu que ce soit honnêtement, de vendre et d'acheter, pourvu qu'on n*ait qu'un seul prix * . » Le négoce est légitime, à condition d'éviter tous les serments destinés à tromper. Il faut convenir néanmoins que dans la pratique cette large tolérance accordée aux chrétiens de participer à la vie commune rencontrait de nombreux obstacles. Il était bien difficile de ne pas se heurter, sinon à un des rites de l'idolâtrie générale, an moins à une de ses formules dans l'accomplissement le plus simple d'une fonction publique. Aussi cette acceptation des devoirs du citoyen et de l'homme public était plutôt importante pour l'avenir que pour le présent; elle ne devait avoir son plein effet qu'au sein d'une société renouvelée et qui ne serait plus asservie au culte des faux dieux. De là vient que le parti rigoriste l'emportait en fait sur le parti plus large, plus humain; son tort était de transformer en théorie ce qui tenait aux difficultés de la pratique dans une société encore païenne. Il était bien difficile à l'homme qui avait franchi les degrés supérieurs de la hiérarchie sociale de demeurer fidèle à sa foi. La constitution de l'Eglise d'Egypte écarte même du catéchuménat l'homme qui a « le pouvoir du glaive

' IfoA'.T£'J7a7Ôa'. £;cv. «Clém., P.xdag.y III, 11, 78.)

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