DIFFICULTE DU SERVICE MILITAIRE
OU qui a revêta la pourpre du gouYerneur d'une cité *• •
De telles fonctions sous un gouyernement païen paraissaient incompatibles avec la stricte profession chrétienne i il n'y ayait là qu'une interdiction momentanée en Tue d'une situation transitoire. Déjà à la fin du troisième siècle on trouvait à la cour de Dioclétien des chrétiens revêtus de charges importantes; il est vrai qu'ils durent les échanger contre le dernier supplice quand éclata la persécution ^. La plus sérieuse difficulté naissait pour rSglise du service militaire. On sait à quel point il était rattaché à la religion nationale. L'autel des sacrifices fumait sans cesse dans les camps ; chaque acte important sous les drapeaux était inauguré par des rites religieux , la légion adorait ses aigles comme ses divinités protectrices. En outre, la religion du Prince de paix ne pouvait être favorable à la guerre toutes les fois qu'elle cessait d'être purement défensive. L'esprit de conquête était en opposition flagrante avec l'Evangile qui relève partout l'idée d'humanité. « Christ n'est-il pas aussi chez les barbares ? s'écrie Tertullien ^. Que représente la gloire militaire et ses couronnes sinon le deuil des mères et des épouses ? Eh quoi ! poursuit l'intraitable moraliste, le fils de la paix à qui toute dispute est défendue marchera au combat, et c'est lui qui traînera les captifs en prison et administrera les tourments et
vJii.£VO(; Tzcvj^da^iù 9) à^wcSaXXéaOo). (Const. Ecci. Egypt,^l\^ 41.) s Easèbe, B, E., Vlll, 2.
3 « Et apud Darbaros enim Chrisius! b (Tertall., De coron», 13.)
498 L'ÉGUSB ITUfTiaiDlT PAS LE SEKYKX MILITAIRE.
les supplices, alors qu*il n*a pas le droft de Tenger ses propres offenses! On le verra faire sa faction dans les temples auiqaeis il a renoncé» appnjé svr la tance qui perça le côté du Christ î II portera an étendard qui ne sera pas celui de son maître ^ f » Que si V^n invoque la rigueur de la loi et la nécessité, Tardent chrétien répond qu'il ne eonnatt ni pour lui ni pour les autres nne raison de oet ordre.
Ni la discipline de FEglise, ni les prescriptions de rSyangile n'allaient }asqu*à cette condamnation totale du service militaire, qui devait seulement se garder de la violence et de la rapine. Nous convenons que le christianisme ne pouvait lui êtrefavoraUe dans les conditions de dureté et d'idolâtrie qui Tentacbaient presque fatalement dan& Tempire romain. Origène aurait voulu que les chrétiens pussent se contenter de servir TEtat en formant Varmée de la prière, au lieu d'être obligés de se rendre dans les canifvs *. L'Eglise animée de ces sentiments n'a pas été jusqu'à interdire le service nailitaire comme un péché; toutefois elle ne l'a permis que dans les cas où il est imposé par l'Etat. C'est ce qui ressort de cette règle des e^ûstitutions de l'Eglise d'Egypte : «Que le catéebumène ou le fidèle qui voudra être soldat soit exclu 2. )» Celui qui est sous les drapeaux sans Tavoir Youiu ne tombe pas sous cette condamnation, il lui est seulement recommandé de respecter le plus pessible la
1 Tertull., De coron,, M.
2 Ovïg,j Contra Cels., VIII, 73,
î:ÙJ :rOw7av. [Const, EocL EgypL, II, 41.)
lôe huamw: « Qiele aoldtt qui est woé le pouvoir de 9i6 ehtfi se ime janais de lo^ieéne mr bemne et, 8*it en refoU ie. oommanMfeœeiity qn^il se ee hifte pas dfobéir.' Qoi'îl soit exela, e*fl le fah sans j être obligée »
Pour «oaqireiidre la portée de cet neasies disotpii* nalreB, ii bot ee rappeler qne nm reii4>ire le aerviee mililaisat B'était phm oUigatoire comme parle passé ; lea Italiens, eai étaient éispensés, et dans les prorinces Ymr pAi éa raarttemenft se pajait en numéraire jNroportion* meUonent à kfevtoae^ sans qn'il y eftt oae eonseription pearaomieUe.]tie»A*étaitdoiicpki8 facile fne d*échapper aa service. Plas tardt, les empereora se contentèrent d'un impôt ea argent^ qui leur permettait d'acheté des seMlfta barbares K En se foisamt Tolontairement soldat, un chrétien s'exposait à tovtes les tentations dea camps et montrait une disposition bien contraire à l'esprit de sa religion.
L'Eglise, en condamnant la préférence pour la carrière des armes, tout en se résignant à Tenrôlement forcé qu'elle s'efforçait de moraliser, agissait avec autant de sagesse que de modération. On ne peut contester que le christianisme ne soit demeuré l'adversaire de la gaerre de conquête, bien qu'il ait abrogé plus tard les prescriptions sévères qui étaient nécessitées par la prédominance du paganisme. Quand le temps est venu où l'Eglise a pu voir dans la force armée le glaive de l'Etat
{Coïist. Êccl, EgypL, II, 41.) 1 Voir Duruy^ Histoire des Romains, tome V, p« 284.
500 OPPOSmOM A LA GUERRB POUR LA GUERBE.
destiné non-senlement à garder le sol de la patrie, mais encore à défendre le droit, elle n'a plus considéré le service militaire comme nne condition inférienre et presque coupable, quoique trop souyent Tesprit de conquête ait reparu au sein de la dyilisation moderne ayec toutes ses violences et ses iniquités.. Il n'en demeure pas moins que les principes mêmes qui font ThoDneur de cette civilisation, avaient été proclamés et pratiqués dans la mesure du possible par le christianisme des premiers siècles. La vraie relation entre les chrétiens et l'Etat est formulée dans ce mot éloquent de Tertullien : «Pour rendre à César ce qui est à César et à Dieu te qui est à Dieu, il faut donner à Tempereur la monnaie qui porte son effigie, et rendre à Dieu Thomme luimême qui porte son image. »