‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 5)Chapitre 21 sur 236 · ANTIQUITÉ DU BAPTÊME DES ENFANTS · texte numérisé non relu

ANTIQUITÉ DU BAPTÊME DES ENFANTS

signe ne reeoutrait pas et surtout ne remplaçait pas la chose signifiée. Bien ne montre mieux à quel point l'acte matériel était considéré comme la simple expression de ridée chrétienne que la coutume d*offirir au néophyte le lait et le miel, pour lui rappeler qu*il était entré dans le pays de FEtemel. U n'y avait lÀ que la mise en action d'une métaphore sublime. Ce n'est pas rabaisser les signes que de les rattacher étroitement aux réalités spirituelles qu'ils expriment et qu'ils fortifient en les exprimant, et nous ne pensons pas mépriser le baptême en montrant à quel point il se distinguait des lustrations païennes.

S'il est incontestable qu'il était surtout destiné aux adultes et réglé en vue de ce but principal, il n'est pas moins certain qu'il a été de plus en plus fréquemment administré aux enfants. Les preuyes de ce fait ne sont décisives qu'au commencement du troisième siècle. Les Constitutions de l'Eglise d'Egypte nous montrent que les enfants sont les premiers plongés dans la pisdne baptismale. Seulement le mot employé ne s'applique pas aux nouveau-nés, il désigne d'une manière générale la période d'enfance, qui comprend bien des années : « Que celui d'entre eux, porte notre document, qui peut parler, porte la parole à leur place. Que les parents le remplacent s'il vient à manquer ^ » Le baptême des enfants est ainsi soumis & la règle générale de la profession de la foi ; il n'est qu'un cas particulier d'une

Xe^^TO), ivrl Se tou (jly] Suva^vou q\ YoveTç XsY^T(«>aav % àXXoç Tiç TO) "ifévet 'RÇQQ^rAùlffJifiontU Mccles. Egypt,, 11, 46.)

AynQCnS 1M7 BAPXÉME DES ENFANTS. 3S

pratique génénle; il dcMt même se conformer à la pensée dominante du rite, qui est Tadhésion personnelle à TETangile. Cependant la pente était glissante. Qrigène rattachait déjà le baptême des enfonts à son idée fsTorite d^nne dinte antérieore à l'existence actuelle * . TertuUien se plaignait Tivement de Tabos qni aTÛt sitôt saiyi Fasage : « Il est utile, disait-il, de retarder le baptême, surtout pour les jeunes enfants. Qa*ils Tiennent à TAge adulte ; qu'ils Tiennent quand ; ils peuTent apprendre et savoir ce qu'ils vont faire ; i qa*ils deyiennent chrétiens quand ils auront pu connaître Jésus-Christ! Pourquoi presser pour cet âge innocent la rémission des péchés ? On agit avec plus de prudence dans les choses du siècle. De quel droit confier les biens célestes à ceux à qui on ne confierait pas les biens terrestres^? » Sans doute, TertuUien, par suite de son rigorisme montaniste, ne représente exactement pas l'Eglise de son temps, bien qu'il ait été l'un des maîtres les plus puissants de la pensée chrétienne, mais le langage qu'il tient nous montre que l'institution du baptème est déjà en voie de transformation, et que le temps n'est pas loin où le sacrement sera considéré comme le mode principal de recrutement pour l'Eglise. L'institution des parrains et des marraines ne se développa que plus tard. Les parents se bornent, comme nous l'avons

I ^ « Addi hid ôtiam potest ut raqulrator quid Caasœ ait cum baptisma ttctea» pro remissione peccatoram detar, secundam ecclesiœ observantiam ftàuk paryalis dari bapUamam; cum atique si nihii etiet in parvulii qiiod ad ramianonem deberet, gratia baptismi soperflua yideretur. n

[ (Origène, In Letnt. Borhil., yiVL, 8. Goûip. Cyprien, Spi't., 64, ft.)

i * TertoU. , De ôapUsmo^ c. iS.

36 BAFTÉIIES EXCEPTIONNELS.

va, à répondre à la place des enfaats *. Quand nu esolaife se présentait comme catéchumène, on demandait à ses maîtres y s*ils étaient chrétiens, de témoigner en fayenr de sa bonne conduite. L'institotioft ultérieure des parrains s*est rattachée pins tard à cette pratique ^.

Nous laissons de côté la grave question du baptême des hérétiques, parce qu'elle intéresse surtout les luttes ardentes qui éclatèrent au sein de TEglise du troisième siècle sur la constitution ecclésiastique et qu'elles nous occuperont plus tard. Le martyre était nniyersenemeiit considéré comme le plus auguste des catéchuménats, il pouvait même remplacer le baptême '. Celui-ci était administré hâtivement et en dehors des préparation et des formes ordinaires en cas de maladie. Seulement, si le malade se rétablissait, on considérait qu'il maa-^ quait quelque chose au rite ainsi célébré ; il ne paraissait pas suffisant pour le chrétien qui était élevé plos tard à une charge ecclésiastique^. Cyprien a même ad^ rois le baptême pour les fous, qu'il regardait comme des possédés ^.

Le baptême n'était administré qu'aux personnes ; jamais l'antiquité chrétienne ne s'était imaginé qu'on pourrait le conférer à des choses inanimées, comme plus tard on l'a fait pour les cloches. On se souvenait

* Les sponsores dont parle Tertullien ne remplissent pas diantre rôle. {De baptismo, c. 18.)

* Const, apost., VIII, 47.

* « Hic est baptismas qui lavacram et non aeceptum représentât et perdit^um reddit. » (TertuU., De baptismo, c. 16. Cyprien, 78, «1, M.)

* Eusèbe, H. B., VI, 48.

» Cyprien, ^pw^ 69,15.

Page 1