‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 5)Chapitre 211 sur 236 · SOPHISME DES CHRÉTIENS AMIS DU THÉÂTRE · texte numérisé non relu

SOPHISME DES CHRÉTIENS AMIS DU THÉÂTRE

sur eux. que la crainte de la mort ^ Ils déployaient une étrange habileté ponr s'excuser; leurs apologies, en partie empruntées aux païens, étaient comme an premier essai de la casuistique subtile qui étouffe l'esprit sous la lettre. Le mot de stade, disaient-ils, ne figure-t-il pas ayec honneur dans TEcriture sainte qui loi a emprunté une de ses plus belles images sar la Yie chrétienne *? Qu'on cite donc un seul texte qui interdise formellement le théâtre '• Ce qui n'est pas défendu doit être considéré comme permis. Dieu lui-même qui fait luire son soleil sur la terre entière n'estai pas le témoin de tout ce qui s'y passe? Pourquoi fermer nos yeux à ce qu'il Yoit lui-même du haut du ciel? Après tout, tout ce qui sert aux représentations théâtrales, depuis les pierres qui entrent dans les constructions de l'amphithéâtre jusqu'aux vêtements des acteurs et à l'épée des gladiateurs, ne provient-il pas de la création de Dieu? D'ailleurs tout n'est pas mauvais et corrupteur au théâtre*. La vertu, le courage y reçoivent leurs hommages. Il n'y a donc aucun motif de Finterdire, pourvu qu'on n'en abuse pas. Ce qui charme l'homme n'offense pas Dieu*. TertuUien, en réfutant ces sophismes, ne fit qu'exprimer l'opinion générale de l'Eglise. Il ne s'arrête pas longtemps à la misérable argutie tirée de l'origine des matériaux et des décors du théâtre; autant vaudrait pré-

* « Plures invenias quos ma^is periculum voluptatis, quam vitae, avocet ab hac secta. » CTertuU., De speclacuL, 2.)

» Id., 20.

* Id,, 27.

^ tt Nec Deum ofifendi oblectatione hominis. » Id,, 1.

RËPUQUE m TERTULLIEN. 509

tendre que Fidole mérite le respect parce que le bois dont elle est faite est conpé dans la forêt, on que Tassassin est innocent parce qae le fer dont il s'est servi a été extrait dn sol. Si le mal est justifié dès qa*il est mélangé au bien, alors buTons en sécurité les poisons les pins dangereux, parce qu'ils ont souTent un goût agréa« ole^ Si tout ce que Dieu voit sur la terre est légitime, alors le crime et la débauche échapperont à la condamnation, puisqu'il les a vus de Tœil qui sonde les cœurs et les reins. Qu'importe que TEcriture n'ait pas dit formellement : Tu n'iras pas au cirque, si elle a dit : Tu n'adoreras pas les faux dieux, tu ne commettras ni l'adultère, ni le meurtre^? L'idolâtrie ne préside-t-elle pas à tous les jeux du cirque ^ ? Le meurtre et l'adultère se disputent le thé&tre. D'où vient que ce qu'on croirait coupable dans la vie privée deviendrait inofTensif sur les gradins de l'amphithéâtre? Secouons tout scrupule si l'impiété et la cruauté nous sont permises *. Bien de plus abominable que de se réjouir du supplice d'un innocent* Or, n'est-il pas certain que les gladia* teuTS sont les victimes désignées des plaisirs publics sans avoir commis de crime? On condamne l'homicide, et pourtant on n'hésite pas à contraindre à coups de fouet le gladiateur récalcitrant à engager une lutte meurtrière, et on repaît ardemment ses yeux du spectacle d'un corps déchiré. £xiste-t-il une impudicité

< Tertall., De spectacul.^ 27.

« Jd., 4.

» Id., 6.

* « Si saevitiam, si impietatem, si feritatem permîssam nobis contendere possamus^ eamas in amphitheatrum. » i,Id., 19.)

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plus honteosa que Texposition pobfiqve- de conrtifianes forcées de îongir poav ta première fois es joioant devuiC une grande assemblée des rôles tellement infâmes qm^M n*ose même les déerire ^ 7 SU fant maudire tonte impureté, pourquoi est-il permis d'entendre ce qu'il eit défendu de dire ^ Par quel motif les mâmea chmes qoi souillent Tbomme par la langue ne le 80uâlev8ient<-eltes pas quand elles passent par ses yeux et ses oreilles? En aucun temps, en aucun lieu il n^est permis de faire ce que Dieu condamne. Ce qoi est boa ou mauvrâ en soi ne saurait jamais changer de caractère *• Ce n'est pas non plus le moyen de plaire à Dieu, que de reeoarir à de ridi<ailes déguisements et de tnnFestir la natore qui est son œurre. Les païens eux-mêmes no«s montrent ce que nous devons penser du théAtre en exchmnt les acteurs de tous les honneurs cÎTiques. Po«r noos chrétiens, il nous suffit pour le fuir de nous rappeler le sa* crament de notre baptême par lequel nous avons renoncé aux idoles, au démon et à ses pompes ^; car c'est bien au théâtre que règne le démon, c'est là qu'est son temple ^. L'homme y est aussi bie» méprisé que Dieu. C'est outrager la dignité dont il fat revêtu à son origine que de l'accabler de soufflets dans de grossières bouffonneries. Le masque qui défigure son noble visage est une offense aussi bien k sa propre majesté qu'à Cehii

^ Tertull., De spectacuL, 17.

2 « Cur liceat audire qua; luqui non licet. » {Id., 17.)

3 Id,, 16.

♦ Id,, 4.

5 (( Daemoniorura officia.» (fcT., d.)

UKPLIQOB DE TBMTULUBIi; 811

dont il porto Pfimag^ '..OaleToit, e^èst raeore le était fanniMi que I» dhspiBtiaBiBai» oppose aux jeaz impere oa cruels du liiéttre antiqee.

lerkulMeii demuide enfin si le pîélé ne péril pas ea on pareil lies. Le disciple. d« Chnst n'est pas il saplaae sor ces degrés où hommes et femmes respirent easomble mi air diaorgé de blasphème et d'impmreté. Il ne sied pas aux mains qui se sont jointes pour la prière de se fatiguer à applaudir avec lorie un eoeher e« en lustrions ni à la bouche qui a célébré les louanges die Dieu d'éclater en cris d'enthousiasme pour une eonrse de chars on une hitte sanglante K Quette est la yertu cbré* tienne qui ne soit chassée d'un tel lieu? La paix del'ème ne se consene pas dans ce tnmulte provoqué par des motifs IriTQies ; la pudeur fevae ses jeux devant tant d'infamies; l'humiMté ne se plaît pas là où on ne cherche qu'à être tu aussi bien qu'à Yoir K On ne se souTien^ pas de Dieu là où rien ne parle de Dieu. Au fond, la grand charme du théâtre, c*est de ne pas s*appartenir^ et par là il est bien yéritaklemenl une pos* session ^^

L'Eglise s'est trouirée d'aoosrd ayee TertnUien sur ce poiftt de morale. Minutins PéUx. n'est pas moins séTère que lui. il iKoit dan» l'amphithéAtre Técole de rhomidde, cA dans les repsésentations théâtrales l'é-

^ Qusroy ac Deo placeat^ qui omneui ^iaûlitodineni vetat fleri^ quanto uiogis imagînis sas. » (/cf., 'it.)

' « lUas maous quas ad Dominum extuleris^i postmodom hudando hlstrionem fatigare. » (/</:, 2ft.)

3 « Nemo in speetacoio ineando prius cogitât^ obr tidcrî et vîdcre. » (/rf., 25.)

* n Sui non sont. » {Id,^ 16 )

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