INVASION DE L*ASCÉTISME DANS LE JUDAÏSME
reposant sur le dogme de la création ^ ayait toujours enveloppé les promesses spirituelles dans les promesses temporelles. Ni son sacerdoce , ni ses prophètes ne s'étaient placés en dehors de la vie commune. Craindre Dieu, observer sa loi, conserver la femme de sa jeunesse, voir sa maison remplie d*enfants comme un carquois de flèches pour résister à ses ennemis, méditer les livres sacrés sous sa vigne et son figuier en bénissant Dieu de ce que le char de Tannée a distillé Fabondance, voilà Fidéal des fils d'Israël. Et pourtant, sous Tinfluence des calamités publiques et aussi des idées orientales que nulle barrière ne pouvait arrêter, d'autant moins que l'émigration juive allait les puiser à leur source, surtout à Alexandrie, Tascétisme avait fait invasion dans cette
religion si sage, si bien enracinée dans la terre de la promesse. Les Esséniens l'avaient développé en Judée; vêtus de blanc, se privant de toute nourriture animale, vivant dans la retraite et le célibat, ils regardaient tout contact avec la \'ie matérielle comme une souillure. Eq Egypte, les thérapeutes avaient accepté les mêmes idées et les mêmes pratiques. Un traité de Philon sur la vie contemplative avait dépeint avec de grands éloges leur existence solitaire qui inaugurait dans les déserts d'Afrique une sorte de cénobitisme anticipé, la seule production qui dût sortir de ces sables arides. Le platonisme oriental de Philon l'inclinait à accepter la conséquence naturelle du dualisme; le néoplatonisme devait aller plus loin dans cette voie et noyer la spéculation grecque dans ranéantissement de l'extase, comme dans un air raréfié qui n'est plus respirable.
IL EgT ÉTRANGER AU CHRISTIANISME PRIMITIF. 525
Il y avait encore une grande raison aux progrès de Tascétisme à cette époque : c'était Timpossibilité pour les religions et les philosophies issues du paganisme de taittcre.le déchaînement d'une sensualité sans frein. iDcapables de la régler, elles s'efforçaient de la supprimer comme par un coup de désespoir. Qu'on ne s'y trompe pas en effet, l'ascétisme n'est pas une victoire, mais une défaite ; il se retire du combat, il désespère de soumettre réiément corporel et il ne sait plus que l'anéantir.
Le christianisme primitif n'a point cédé à cet entraînement. Il a engagé la guerre contre la sensualité qui perd l'âme en la flétrissant; il n'a point voulu tuer le corps, mais le soumettre; il n'a pas seulement accepté la famille, il l'a fondée à nouveau comme nous Tavons vu. Sans doute il a relevé très-haut le monde spirituel au-dessus du visible^ et il a déployé une énergie extraordinaire pour dompter une chair rebelle. Au début il a poussé aux limites extrêmes ses préceptes de renoncement au faux éclat du monde et aux voluptés mauvaises, comme lorsqu'on veut faire pénétrer un coin dans une matière résistante. On ne peut nier non plna que son plus grand apôtre ne fût un ascète par son tem« pérament moral, et qu'il n'ait exprimé ses préférences avec son libre et énergique langage, mais cela rend d*au* tant plus remarquable sa haute conception de la vie chrétienne qui est entièrement opposée à l'ascétisme, puisque d*une part il se garde bien d'assimiler le mal à l'élément corporel^ et que de l'autre il veut que le disciple du Christ, spit qu'il mange, soit qu'il boive, fasse toutes choses pour Dieu par Jésus-Christ. Ce large universalisme chrétien
tn IL EST ÉTRANGER AU CHRISTIANISME PIOMITIP.
eit en oppèsitioii directe a^ee Taflcétisme, opm soos sa forme modéFée accorde un mévite particulier aux maeératiens et ans privations, sans jamais accepter la perfeetioD dans le cadre de la TÎe générale. Saint PanI a dit ouTertement que Tenercice corporet, c'eat-k-dire^ pour employer sa propre expression, Tascêtisme, est peu de chose ^ Le christianisme ne hri est pas sealement eontraîre par ses idées morales, mais encore par ses doctrines essentielles. Admettant comme le jadalsme, dont il est rhéritier, le dogme de kt création, la oatore n'est point à ses yeux entachée d*un mal irrémédiable pnisqne la TÎe naturelle procède de JDieu. On sait le rdle central qu'occupe Tincarnation du Fils de Dieu dans sa doctrine. En affirmant que le Yerbe s'est fait chair, il glorifie l'élément corporel; le corps peut devenir chez k chrétien un temple de TEsprit diyin. Enfin, proclamant que le salut est un don de la miséricorde céleste au cœur péni« tent, rE\'aiigile ne confère aucun mérite à la mortification; celle-ci n'expie rien, puisque, l'immolation du Calvaire étant accomplie, elle n'est plus qu'un moyen librement choisi pour assurer le triomphe de la vie supérieure. Ces grands principes ont été acceptés et pratiqués généralement dans l'Eglise du second siècle. On m'y attribuait aueuDe infériorité au mariage.
La Constitution de l'Elise d'Egypte déclarait expressément que la Tie conjugale n'était point un obstacle à la i^ie religieuse, et ne rendait pas la prière moins pure- .
1 1 Tim. IV, 8.
* Const, Eeel. Wgypi.y IF, «2.