‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 5)Chapitre 225 sur 236 · PRINCIPALES CATACOMBES · texte numérisé non relu

PRINCIPALES CATACOMBES

^OQS ne nous étendrons pas sar Forigine des catacombes. Elles comprennent une étendue considérable. Bappelons briëTement les résultats généralement admis. Noos avons établi qu'on ne saurait les confondre avec les carrières immenses qui ont servi à la construction de Borne. Tandis que ces carrières sont disposées pour le travail d'une multitude d'ouvriers et creusées dans le tuf lithoïde, les catacombes sont creusées dans le tuf granulaire et forment un entrecroisement de couloirs étroits interrompus par des caveaux voûtés appelés arcasolia^ qui ont fourni la place nécessaire aux grandes fresques symboliques. Chaque catacombe comprend plusieurs étages, reliés les uns aux autres par des escaliers; de petites ouvertures laissent passer Fair. Dans ces parois sont creusées des excavations rectangulaires appelées loeuli^ dans lesquelles on déposait la dépouille des morts. Elles étaient fermées par des tuiles ou par des plaques de marbre sur lesquelles ou ménageait la place nécessaire pour les inscriptions ouïes fresques. Les principales catacombes de )a voie Âppienne et de la voie Ardentina sont celles de Saint-Caliste^ de Domitilla^ qui porte aussi les noms &' Achille et Nérée, enfin de Saint- Prétextât. La catacombe de Sainte-Agnès est sur la voie Nomentana; celle de Priscilla et de Saturnin sur la voie Salaria; celle de Saint-Pierre et Marcelin sur la voie Labicana^ non loin de Saint-Jean de Latran; celle de Saint-Pontien^ sur la voie Portèse. Une dernière catacombe a été trouvée sur cette même voie, occupant en 1869 l'emplacement de la sépulture des frères Arvales. C'est probablement celle qui était connue sous le nom

ORIGINE DES CATACOMBEIS. 515

de Sainte-Generosa. La catacombe de Saint- Sébasticiii sur la iroie Appienne, qui portait seule primitivement ce nom : catacombe, a été dépouillée de ses ornements et iie présente qu'un médiocre intérêt ^

Nous aTons réfuté Fopinion d'après laquelle les chrétiens avaient fait de leurs cimetières des espèces de chapelles souterraines pour célébrer leur culte. II n'eA est rien. Nous savons qu'ils ne commencèrent à avoir des édifices religieux proprement dits qu'au troisième siècle et qu'ils en possédèrent alors un certain nombre dans la ville. On en comptait plus de quarante sous Alexandre Sévère. Il est hors de doute qu'au plus fort des persécutions ils demandèrent parfois un refuge aux catacombes. Il est également certain que les funérailles, spécialement celles des confesseurs, s'y célébraient de* vaut un grand concours de peuple, à la lueur des flambeaux. La catacombe n'a pas cessé d'être essentiellement le cimetière chrétien : c'est là ce qui constitue son vrai caractère. Les adhérents de la religion proscrite désiraient reposer dans la mort auprès des martyrs qui avaient soutenu l'honneur de leur cause. L'Eglise aimait à se ranger, jusque dans le sépulcre, autour de ses confesseurs, comme une armée se range autour de ses Taillants capitaines. Les tombes des martyrs ne se dis-

1 Les foailles priiici(>ale8 fîaites par M. RoMi font décrites dans les deux volâmes parus de sa Roma iotterranea. Depois lors, sa découverte la plus importante dans les catacombes a été celle de la basilique de Sainte-Pétrooîlle sur remplacement des tombeaux des martyrs Achille et Nérée ; il 7 a retrouvé la fresque représentant une matrone accueillie par Pétronille dans le paradis. (Voir Bulletin d*archéol. chrit. Année 1874, n" i , % 4; année 1875, n* 1). An reste, la basilique comme la fresque reroonteot au quatrième siècle et dépassent notre é|)0que.

546 GRANDS NOMS BOMAINS DANS LBS CATACOMBES.

tingae&t avec certitude à «leua signe exténeur. Les prétendus iafitrnments de supplice représentés dans les efttaeombes se sont trouvés des instmoents de taraiaiL Les vases où Ton s^inaginaU qu'était renlermé le sang eoagnié des cenfessears ne somt qne des yases enckadstiques, comme le démontrent des inscriptions telles que celle-ci : Bois pieusement. Noos n'ayons d'aiïtres indices certains ponr découvrir les tombes des martyrs que ceux qui nous sont fournis par les itinéraires des pèlerins ou les épitaphes ^ •

Si nous demandons aux catacombes de nous initier à la vie morale de TEglise des premiers siècles, nous Tj retrouyerons sons ses divers aspects. L'étendoe de ses missions et des triomphes qui ont couronné cet immense et infatigable labeur est constatée par œ peuple innombrable des morts chrétiens qui remplit la cité souterraine ; on ks évalue à plusieurs millions. Les inscriptions funéraires nous montrent que le christianisme s'est recruté dans toutes les classes, et que la grande société romaine lui a fourni de nombreux prosélytes. Les illustres familles des Csecilii, des iËmilii, des Octavii, des Cornelii et même les maisons impériales des Domitiens et des Flavieus ont leurs représentants dans les catacombes ^. Le terrain où Ton a construit les premières galeries de la catacombe de Saint-Calliste a

1 Voir mon Bistoire des trois premiers siècles de rEglise, vol. 111, p. 119.

* Rossi, Roma sotterrenea^ lib. Ul, c. 1-a. M. de Rosâ a trouvé dans les caticombes de Domitilla plusieurs inscripUoDS s'appliquant à la famille des Fâbiens : celle-ci^ entre autres, en caraclères grecs : Flavius Sabinuset Tciiana aoeXf Qt. (Bulletin d*archéol, chrét., sixième année, l, p. 40 et suiv.)

NULLE TRACE DE DISTIKCVIONS SOCIALES. 5i7

^lé donné à F Eglise par nne femme de haut rang qoi «Ytît reen le somom de Lncine. €omme cette portion de la eataeombe iremonte à la fondation de TEglise de Borne, on a eiierché qneUe patricienne da premier 8ièele ayail pn Ini donner nne preure ansai éclatante de sa générosité. On saTait par Tacite qQ*nne grande dame de nilnstre famille de Pomponîns Bassns, qni s'appelait Pampamia Grœcina^ avait été déchargée à grand**» peine par son mari de Taccnsation d*aToir embrassé on enlte lagubre et sombre qui aurait bien pn être le <salte chrétien ^ Le fait qu'on a retronyé dans la cattr «ombe donnée par Lncine à TEglise nne tombe portant le nom de Pompanêus Grxcinut prouve qn'nn des de»* eendants de cette grande dame romaine y a été ense* Teli; on comprendrait très-bien qu'an cas où elle en aurait fait don à FEglise, une place eût été réservée à sa descendance. La catacombe de Domititla^ qui remonte aussi à la plus haute antiquité, est due à la gé* nérorîté de Flavia DomitiUa^ qui appartenait à la no* blesse impériale. Ces succès du christianisme dans Tarislocratie romaine n'enlèvent rien à sa puissance de propagande dans les classes populaires; la multitude anonyme qui remplit les catacombes appartenait à ces classes infimes accablées de tant de mépris et de duretés. C*est précisément dans cette sainte promiscuité de tous les rangs qu'éclate la puissance du christianisme pour reconstituer le droit humain et l'affirmer devant la mort et l'éternité an-dessus de toutes les distinctions sociales. La catacombe n'est ni le puits ignoble de la porte

1 Tacite, AnnaUi, XTII, 8t.

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