‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 5)Chapitre 226 sur 236 · LE TRAVAIL LIBRE HONORÉ DANS LES CATACOUBES · texte numérisé non relu

LE TRAVAIL LIBRE HONORÉ DANS LES CATACOUBES

Ësquiline où Ton jetait les cadayres des esclayes et des artisans, espèce de fosse commune de la plèbe, ni le magnifique Columbarium ouyert à la domesticité d'une grande maison ; c*est le Cœmeterium^ le grand asile du sommeil commun dans l'attente de la résurrection. Plus on remonte à Tâge primitif du christianise, plus s'effacent toutes les distinctions sociales. Les plus sayants explorateurs de Tantiquité chrétienne sont d'accord pour reconnaître que les anciennes inscriptions gardent un silence absolu sur le rang des chrétiens enseyelis dans les catacombes : sur tant de milliers d'épitaphes qui ont été découvertes, on n'en a trouvé que deux qui fissent allusion à la condition d'esclave ou d'affranchi. Toutes les autres passent sous silence la condition antérieure, qui est presque toujours relevée avec soin dans les inscriptions païennes ^ •

Les catacombes attestent également cette autre grande révolution sociale étroitement liée à la première, qui relevait le travail libre de son opprobre. Les prétendus instruments de supplice qu'on avait cru y découvrir se sont trouvés pour la plupart de simples instruments de travail. Ils ont également une place d'honneur dans les fresques qui recouvrent les tombes. On y voit le forgeron frappant son enclume tandis que ' ' son aide souffle à la forge ; le peigne du cardeur de laine,

la bôche et la serpe du cultivateur, le vase plein de blé qui est l'enseigne ordinaire du boulanger, sont égale-

ï Voir de Rossi, Insctiptiones christianœ urbis Romx septimo sectilo antiquiores, vol. I, Romœ, 1861. Prolegom., % 4. Edmond le Blant, Inic^ipiions chrétiennes de la Gaule, tome I, p. 119.

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ment représentés; aucun de ces métiers, pas même celui de tonnelier, n*est dégradant; c'est le travail en soi qui est honoré * . L'Eglise semble ayoir voulu , dans ces lieux funèbres où elle peut exprimer toute sa pensée, indiquer par les symboles les plus significatifs la portée de la réforme sociale qu'elle voulait accomplir. Nous sommes également reportés à ses institutions les plus libérales par rinscription si remarquable du cimetière de Galiste, qui nous montre un chrétien du nom de Denys remplissant à la fois les fonctions de prêtre et de médecin ^, Ainsi était effacée la distinction entre le profane et le sacré, entre l'activité laïque et l'oflBce sacerdotal. Il n'y avait pas de manière plus simple et plus claire d'affirmer la grande unité de la vie religieuse.

Nous n'avons pas à insister de nouveau sur les renseignements fournis par les catacombes au sujet des persécutions. On y trouve une vaste épopée du martyre. Il les remplit de sa gloire. La catacombe de Saint- Caliste, depuis le premier tiers du troisième siècle, a eu l'honneur de posséder le caveau funéraire des grands évêques romains qui furent immolés pour leur foi^. Une fresque, longtemps cachée dans un couloir supérieur de cette catacombe, fait revivre sous nos yeux cette grande lutte de la foi courageuse contre la

* Rossi, Roma sotlerranea^ II, c. 11, tav. 45, 53. Inscript* christ., p. 416. Rotsi, Bulletin d'arehéol.chrét. 1865, p. 8î. Imcript. christ, p. 14.

* Aiovusiou laTpou '3Cp£<766T£pcu. (Rossi, Rom, sotter., yoU I, taY.21>9.) s Voir sur ce point la démonstration péremptoire de M. de Rossi. Il a

retronvé les fragments brisés de l'inscription funéraire des évéques Fabianus, Antéros, Eu tychien^ Corneille et Urbain. Rom, sotter,,!, c. 5. Du reste, la magnificence des constructions et les inscriptions des pèlerins des cinquième et sixième siècles 6tent tout sujet de doute.

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force. Cette peinture est unique en son genre ; ou sait ra effet que les obrétiens persécutés s'attucbaieiit bien plutôt à représenter le triomphe de la foi que leurs souffrances et leurs opprobres* Le magistrat romain nous est représenté, sur son siégei au milieu 4u forum ; il a toute Tarrogance de la puissance à laquelle rien ne résiste; on Toit qu'il parle au nom de César; de* Tant lui est un chrétien qui subit son interrogatoire. On ne saurait décrire tout ce qu'il 7 a de calme auguste, de décision ferme et douce dans son attitude et dans son regard. On sent que rien ne pourra le fléchir et qu'il représente un pouvoir plus grand que celui de tous les préteurs et de tous les proconsuls. Un homme Yêtu d'habits sacerdotaux se retire du forum avec précipitation, son costume est celui d'un prêtre païen ; c'est lui qui a dénoncé le Galiléen, qui l'a livré au juge, qui a inspiré rinterrogatoire ; la condamnation de l'accusé est certaine, et pourtant l'accusateur s'enfuit, parce qu'en réalité c'est lui qui est le Taincu. Il sait bien que s'il fait tuer l'homme, il ne tuera pas Tidée qui finira par renverser ses idoles dans la poussière K Celte fresque évoque devant nous la scène sublime si souvent racontée dans les Actes des martyrs, ce dialogue court et décisif entre le représentant de la foi nouvelle et le défenseur armé de l'état antique. Nous croj ous entendre ce mot si simple et si grand : « Christianus su7n^ » redit pendant trois siècles par des milliers de voix et dont le Polyeucte de notre Corneille nous apporte un si

^ Rûs&i, Roin, setter,^ vol. 2, tav. 21.

TOUifUa^Œin^L'EIIPfREPOVRLESASSOGIATfONSFUMÈRAlRES. B5I

triomphant écho ; on croit asateler à Tiiiterrc^atoire d'un Vriiyearpe on cToii Jnstin. Le eonfessenr semble, ^a monient de sa eondamnation, contempler du regard de la ibi le ebar d'Elie qui Ya remporter dans les cienx ; ou sait que cet admirable sjmbole est prodigné dans les mreasolia des martyrs.

L'exaltation provoquée par la persécution n*a pas pfnté TEglise à se mettre en dehors de la société faumaine. Nous arons cité des textes péremptoires qui ttcntrent sa sagesse et sa modération. Elle a résisté à Poppression an nom dn droit et elle a su profiter de la législation ée Teinpire tontes les fois qu*eUe lui était foTorable. C'est ce qui ressort de rexisienee même des catacombes. Les archéologues s'étaient demandé soa- Tcnt comment les ebrétiens araient pu les creuser avec une certaine sécurité sous le coup de la proscription qui lenr ayait laissé si peu de relâche. Ce problème Ustorique était demeuré insoluble jusqu'aux prédeases découyertes sur le droit d'association dans la Rome impériale. Il a été établi que si ce droit était régie de la manière la plus sévère pour tout ce qui toucbait & la politique, il jouissait dlmmnnités très-grandes dès qu^il s'appliquait aux cérémonies funèbres. Le despotisme des Césars, si ombrageux et si peu soucieux ée l'existence linmaine, se montrait plus scrupuleux pour la mort que pour la yie. Il aurait luv-mème reculé devant des mesures qui eussent rendu impossibles les lionneurs funèbres auxquels les superstitions païennes attachaient une grande influence sur les destinées de r&me. La découverte récente des règlements d'une de

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