‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 5)Chapitre 227 sur 236 · LES CHRÉTIENS PROFITENT DE LA LOL · texte numérisé non relu

LES CHRÉTIENS PROFITENT DE LA LOL

ces associations dite de Diane et d^Antinoûs, a fait re^ trouver le texte même du sénatus-consulte qui autorisait exceptioanellement les associations funéraires. 11 porte: « que le droit de s'associer est accordé à ceux qui yeulent former des collèges funéraires, à la condition qu'ik ne se réunissent qu'une fois par mois pour payer la contribution nécessaire à la sépulture de leur mort ^ » Les repas en Thonneur des défunts eurent promptement un rôle considérable dans ces associations et jouirent de la même tolérance. Pour accroître leurs revenus souvent insuffisants malgré les souscriptions hebdomadaires qui étaient de règle, elles se choisissaient des patrons généreux qui les dotaient libéralement. Enfin, elles se mettaient sous la protection spéciale de tel ou tel dieu dont elles prenaient le nom ; les associés s'appelaient : cuUores Dianœ^ Herculis^ Jovis, Nous avons même uu texte formel du Digeste qui autorise ce genre d'association ^ Telle était l'organisation des associations funéraires et leurs privilèges reconnus. Il a été établi, non-seulement par voie d'analogie mais encore par des textes irréfutables, que les chrétiens ont constitué pour la sépulture de leurs morts des associations en tous points semblables à celles que la loi autorisait, en se conformant avec une grande habileté et dans la mesure du possible aux usages universellement adoptés dans l'empire. C'est ainsi qu'une inscription authentique porte

* «Licpat qui stipcm menslruam conferre volent in funera, semel in mensf. » Inscript. latin, sélect, amplissim. coliect, Orellius-Henzen. Turin. 1828-1855, n" C086. — Gornp. Mommsen, De coUegiiset sodaiitat., p. 87. — Histoire de la religion romaine^ par Gustave Boissier, vol. 11^ p. 313.

* « Permittilur tenuioribus stipem menstruam conferre. » />i^., 67, 22, 1.

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qu'on chrétien nommé £volpiu8| désigné comme eultor Verbi^ adorateur duYerbe, a construit à ses frais une sépulture chrétienne. Le nom du Christ est ainsi substitué à celui de la divinité païenne qui figurait en tête des associations ordinaires. Celles-ci s'appelaient des fraternités. L'association chrétienne prend le même nom. Il n*y a pas jusqu'à la souscription mensuelle qui ne soit empruntée par l'Eglise aux coutumes en vigueur et qui ne profite de la tolérance des autorités *, Il est aussi avéré que les chrétiens ont souvent obtenu l'emplacement dont ils disposent de la générosité de familles riches qui avaient adhéré à leur foi. La catacombe de Domitilla, par son nom même, rappelle la munificence d'une des grandes dames romaines de la race impériale, mais ces concessions privées devinrent promptement insuffisantes. L'Eglise possédait une institution qui lui donnait un autre point de ressemblance très-important avec les associations autorisées. C'était l'agape, le repas fraternel, qui avait été en usage dès les temps apostoliques. Quoi de plus facile que d'en faire le repas funèbre si cher aux fraternités païennes? C'est ce qui eut lieu en effet. Nous avons sur ce point plus qu'une simple inscription; la salle même de Tagape a été retrouvée dans le péristyle de la catacombe de Domitilla : on voit les sièges en pierre pour les convives, la citerne pour puiser l'eau du repas*. Bien ne pouvait mieux montrer à quel point l'Eglise s'était adaptée aux usages des as-

* Voir Rossi, Romasofterranea,yo\. I, c. i, | 4. Une inscription surco mftme modèle a été relevée par M. Renier en Afrique : inscriptions de l'Algérie, n» 4026.

* Noos l'avons visitée avec M. de Ilossi.

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soeiatioDs fanéraires poar bénéficier des meflores libérales qai les autorisaient. Ainsi se trouTe résola un problème historique qui ayait para d'abord sans exi^ cation possible; nous comprenons maintenant comment les milliers de chrétiens de la grande Eglise de Borne ont pu librement eonstraire leur Tille funèbre.

En se conformant aux pratiques et aux coutumes de la société romaine, en tant qu*eUes n*entralnaient aucune adhésion au paganisme, l'Eglise montrait que si le christianisme primitif a été inflexible dans son opposition à ridolAtrie, il n*a point touIu prendre la position d'une secte intraitable et se mettre lui-même en dehors de la société et hors la loi. Il a au contraire répudié sans hési* tation le fanatisme farouche du montanisme qui rompait tous les liens sociaux, en prédisant la fin prochaine du monde dans les flammes du jugement suprême. Les chrétiens n'ont pas voulu être des zélotes dont la main fût levée contre toutes les institutions de l'empire ; bien au contraire, ils les ont invoquées toutes les lois qu'elles étaient fondées sur la justice. Le grand apôtre Paul n'avait-il pas prononcé, devant les magistrats de la ville de Philippes, la fameuse formule si éloquemment développée par Cicéron : Civù romanus sum! Il n'avait pas hésité à porter son appel au tribunal de César.

Nous avons vu à quel point le christianisme, qui n'a point voulu détruire l'Etat, a aimé et relevé la famille. La tendresse des affections naturelles éclate partout dans les catacombes ; la famille chrétienne, cette admirable création de la religion nouvelle, y revit dans les douloureux épanchements du deuil. On a remarqué que

LA FAMILLE GHBaÎTIBNNE D'APRÈS LBS CATACOMBES. JU5

les inscriptions funéraires y ont un caractère particulier ; elles ne se contentent pas du style lapidaire ; elles pren* nent le ton d'une exclamation passionnée, comme on en peut juger par celles-ci : Yis en Dieu ! Bois à sa èoupe 1 Sois en paixl — Le survivant s'adresse, au travers de la mort, à rétredont il pleure le départ, et lui parle comne S'il était auprès de lui. Son regret s'exprime de la manière la plus touchante; non-seulement il rappelle Têtre le plus doux, le plus cher, dnldssimej mais encore fl compte les années, les mois, les jours^et les heures peudant lesquels il Ta possédé. Le chef de famille reçoit tous les hommages qui lui sont dus. Déjà la Bome antique Tavait mis à un rang d'honneur; ce qui est plus re* marquable et plus nouveau, c'est la place faite à la femme, à la mère. Â quelle hauteur morale la femme chrétienne n'est-elle pas placée, à en juger par ces orantes d'une si exquise pureté que Fou rencontre constamment dans les catacombes? Iki coupd'œilsuflBt pour constater la révolution morale qui vient de s'opérer. C'est bien l'épouse et la mère qui présidera au foyer chrétien et y entretiendra une atmosphère de puteté et de prière ; la jeune âme, grâce à elle, naîtra à la vie su^ périeure et emportera du foyer un souvenir inelhçable, même aux jours des erreurs et des passions. C'est à tort que dans toutes ces orantes on a voulu voir des madones. Au-dessus de plusieurs de ces images on lit le nom même de la personne défunte. A Saint-Caliste une orante ei^ représentée entre deux agneaux : n'avons-nous pas dans cette fresque le symbole le plus touchant de la maternité chrétienne?

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