‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 5)Chapitre 230 sur 236 · S60 LE CREDO DES CATACOMBES · texte numérisé non relu

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alliance. Il est très-souTent représenté frappant le rocher de sa baguette miraculeuse et en fiiisant jaillir Feau qu'un peuple altéré boit avidement : touchante image de cette soif de la Tenté qui arait tourmenté si longtemps Fâme humaine et que les premiers Pères ayaient exprimée avec tant d'éloquence.

Plus tard, on Toulut en faire la représentation de Tapôtre Pierre, mais c'est à une époque bien postérieure au troisième siècle. La Samaritaine, près du puits de Jacoby rappelait la même aspiration et la même délivrance. Les Mages suivant Fétoile et adorant Fenfant divin annonçaient que cette longue attente n'avait pas été trompée. Le sacrifice d'Abraham, traité parfois avec un pathétique sublime, redisait le mystère de la rédemption. La résurrection de Lazare, incessamment reproduite, était la protestation de Fespérnnce chrétienne contre les sombres réalités de la mort. Jonas sortant de la baleine était le type de la Yie éternelle triomphant du sépulcre. Noé dans Farche libératrice, c'était l'Eglise voguant sur les flots déchaînés de la persécution. Daniel dans la fosse aux lions rappelait le cri terrible de la foule : € Le chrétien au cirque. »

L'Evangile de Fenfance occupe une place d'honneur dans les catacombes; la Yierge de Nazareth nous est constamment montrée présentant Fenfant Jésus aux Mages, sans être jamais elle-même un objet d'adoration. Les scènes évangéliques étaient rendues parfois avec une rare vivacité de pinceau. Les guérisons miraculeuses symbolisent le miracle permanent du renouvellement moral. Les apôtres, et au premier rang saint

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Pierre el saint Paul toujoors mis sur le même Tansr^ dont noos ayons nne admirable représentation snr nne médaille de bronze conserrée an mnsée da Vatican, sont peints tantôt par groupes, tantôt entourant le maître dans le repas pascal. Les sarcophages qui représentent l'arrestation de Jésus-Cbrist et sa comparution dexant le proconsul romain, appartiennent probablement au cinquième siècle, car comme nous TaTons dit déjà, l'Eglise persécutée jette un Toile glorieux sur les pages tragiques de TETangile. Dans des fresques ou des sarcophages qui appartiennent probablement à la fin du troisième siècle, les chrétiens se rappellent à eux-mêmes le dcToir de la Tigilance et Thorreur de la défection en retraçant le reniement de Pierre. Ils l'indiquent d'une façon sommaire par l'image du coq dont le chant, au matin de la nuit fatale, fut à lui seul un avertissement*. Pilate est représenté plus d'une fois se lavant les mains : c'est pour les persécutés une manière simple et énergique de dire qu'il n'y a pas d'excuse à leur proscription et que leur sang reste aux mains de la magistrature inique qui les condamne sans remords. Cette symbolique primitive est presque tout entière empruntée à nos livres sacrés. Les apocryphes de l'Ancien Testament ne sont rappelés que par Tobie. On trouve dans les catacombes de Kaples une fresque unique dans son genre qui rappelle l'allégorie de l'érection de la tour mystique dans le Pastor Hermas. Il est une image que les premiers chrétiens ne se

. 1 Voir les planches du II* vol. de la Roma wtter, de Rossi.

sont pas lassés de reproduire, qui est comme le Tivant Credo de l'Eglise : c'est le Bon Pasteur rapportant sur ses tpaules la brebis perdue. L'art chrétien de ces premiers temps ne s'est pas lassé de la multiplier, cherchant à rendre toute la tendresse et toute la grandeur de celte personnification idéale de la miséricorde. Que nous voilà loin de toutes les arguties d'une dogmatique rigide et implacable! L'àme môme de l'Evangile revit dans cette fresque tracée avec tant de prédilection : l'amonr divin cherchant l'àme perdue au fond de son désert, — rien n'est plus simple, rien n'est plus grand. C'est bien le christianisme éternel. Nul formulaire ne vaudra ce îymbole, et nul ne sera plus vrai. Ce n'est pas lui qui inspirera le; luttes fratricides de l'intolérance.

A côté de ces symboles exclusivement évangéliques, nous en avons an certain nombre qni sont librement ;mpruntés au paganisme, tont en étant ramenés, par ine interprétation hardie, à l'idée chrétienne. Tantôt i'est le dauphin, le paon, le phénix, Images de l'imnortalité. Tantôt ce sont des génies ailés et la reprélentation poétique des saisons. Tantôt c'est Psyché lu Orphée, dont Clément d'Alesandrîe avait fait le iremier tvpe du Verbe domptant nos passions par a céleste harmonie de sa voix. D'autres fois, c'est Jiysse au milieu des sirènes. La généreuse apologie les Pères de l'Église d'Orient, qui reconnaissaient in germe du Verbe dans tout cœur d'homme, et une orte de christianisme anticipé dans la haute culture dn londe ancien, trouve ainsi sa confirmation dans les atacombes, même au sein d'une Église aussi pea tour*

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née vers k q[>éciilation qae celle de Rome. Plus nous nous rapprochons des origines du ehristianisnie^ pins nous constatons cette liberté d'esprit, étrangère aux seropnles méticnlenx. L'ornementation de la salle d'à* gape de la catacombe de DomitiUa, qui remonte à la pins hante antiquité, est pleine de vie et de fraîcheur. On peut faite la même remarque pour les ornements de la catacombe de Saint-Prétextat. Le style est classique et rappelle le pinceau élégant des fresques retrouvées dans les palais et les villas de raristocratie romaine. Ce^tte liberté d'allures se retrouve même dans les sujets évangéliques. Nous sommes encore très-loin des tjpes rendes et grêles d*un art strictement hiératique» comme celui qui naîtra bientôt à Byzance, substituant le nimbe doré à la flamme du regard, glaçant la vie, la pétrifiant dans des formes consacrées. Le Christ presque byzantin que Ton voit à Sainte-Agnès est d'une époque bien postérieure. Les figures, qui remontent au second et même au troisième siècle, sont autrement vivantes. Les archéologues font, de ce caractère libre et humain des peintures murales des catacombes, un sur iudicc pour

fixer leur date.

£t cependant c'est bien un art nouveau, au moins

par rinspiration, qui vient de naître, quoiqu'il use des procédés que lui a légués l'art antique, et qu'il se développe lentement sans le stimulant du succès. Ou n'a, pour s'en convaincre, qu'à comparer les figures peintes dans les fresques des catacombes aux chefsd'œuvre de l'antiquité païenne, qui remplissent les musées de Borne. C'est bien la même coupe des traits.

'6$i L'ART DANS LES CATACOMBES.

ce profil sévère et correct des fils du peuple-roi, mais quelle transformation dans le regardi qoelle rie non" Telle y brille! quel fea divin l'anime I qnel entlioosiasme sacré et ferventl Toat un monde inlérieur a été conquis. La beauté souveraine n'est plus demandée à la grâce enchanteresse, nu calme olympien de la Grèce ou à l'orgueilleuse dignité du vieux Romain; — elle jaillit des profondeurs de l'àme et redit tout ensemble son espoir et son amour. La chaude auréole qui euTCloppe ces tètes expressives est faite de tendresse et de foi. Le monde du dedans et le monde d'en haut ont mis leur empreinte sur ces figures, jetées primitivement dans le même moule que celles des statues du Capitole. Qu'on contemple la Vierge de Sainle-Priscilla. On reconnaîtra que l'art qui, avec Raphaël, fixera sur la toile l'idéul même de la beauté chrétienne, a déjà pris naissance parmi ces proscrits qni, entre la persécotion d'hier et celle de demain, tracent fartivemeot ces sublimes ébauches ponr conserver le soDTeoir des confesseurs qti'OD vient d'immoler.

C'est ainsi que les Catacombes font revivre sons nos yeux l'image de cette Eglise d'arant Nicée, unissant à la foi la plus ardente le sentiment de rhumanîté, soit qu'il s'agisse dans la large et noble acception du mot de cette fraternité généreuse qni efface toutes les distinctions secondaires, soit qu'il faille l'entendre de ces alTectious naturelles, de cette tendresse qni est la source de nos meilleures joies et de nos plus cruels déchirements. Prêt à mourir pour son Dieu, le chrétien de cette époque nous apparaît imba du sentiment de son

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droit» iQToqaant la loi de son pays contre Finjuslice et ne consentant pas à être jeté hors de la société comme un extatique qui n'a rien à lui demander. Il n*cst pas davantage un ennemi du beau, et loin de répudier Fart comme une idolâtrie, il Taccepte pour le renouveler, de telle sorte que cette secte que Tacite, si digne de l'apprécier, accusait de haïr l'humanité , en conservait les meilleurs trésors.

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