CONCLUSION
opaqae à mesure qa*eUe descend dans le monde inférieur. Pourtant il demeura encore longtemps digne de ses origines. Les labeurs et les luttes de FEglise, au second et au troisième siècle de notre ère, présentent un spectacle sans pareil dans Thistoire. Ses missions s'étendent rapidement dans tout Tempire romain et embrassent toutes les classes de la société, la parole nouvelle reten* tit dans le palais de César comme dans les bouges et les ergastules» et recrute un peuple immense qui, louant le même Dieu dans des langues diverses , élève la religion universelle de Thumanité au-dessus des religions nationales. Le droit humain le plus précieux et le plus saint, celui de la conscience, s'est a£Srmé pendant trois siècles de persécution. Les chrétiens ont beau être traînés dans les cirques et sur les échafauds, ils n'en portent pas moins la lutte dans le haut domaine de la pensée, résistant pied à pied aux agressions railleuses ou savantes du psfganisme. La grande apologétique qui prend naissance au second siècle fonde à Alexandrie une école immortelle dont renseignement n'a pas vieilli, tant il est lai^e et fécond. C'est là qu'a été tentée avec le plus de succès la conciliation entre la religion nouvelle et la culture antique. Par ce côté encore, le christianisme se montre affranchi de tout exclusivisme national ; il se donne comme la religion définitive, parce qu'il satisfait des besoins universels que les religions qui l'ont précédé
1 étniDges n
«0 • CONCLCSION.
«Dt expriméB sous des mythes grossiers ou i sans jamais les satisfaire.
Stimulé par les nécessités de la défense non-seulement contre la spéculation païenne, mais encore contre l'hérésie, qui n'est souvent qu'un déguisement du vieux naturalisme, le christianisme élabore sa théolo^e, laissant intacte lu liberté de la pensée tant qu'elle ne porte pas atteinte à l'oniverscl credo de la foi inscrit au plus profond du cœur de ses adhérents; il se garde bien de proscrire de ses écoles la diversité et l'originulité. C'est qu'il est encore bien loin d'une unité imposée et centralisée. Il n'a constitué nulle part ane autorité dominanïe devant laquelle les opinions ^(Hvent plier ; elle n'est ni dans un homme, ni dans an concile. Quand l'nn des évêijues, celui de Bome, voulut, au second siècle et plus tardai! troisième, imposer son opinion à l'Orient chrétréa ou à l'Eglise d'.&friqne, il rencontra d'inviaâbles résistances, et C;prien, aussi bien qu'Irénée, dénonça smi nsurpation. , Deux siècles apràs Xésus-Ghrist, la coD6titotion «cclé- ^ aiastique, telle qu'elle nous est connue par d'ineontesitables documents, maintient eseore les grandes libertés dit peuple chrétien, «t l'nDiverBelle prêtrise sabûste, bi^ i^e le pouvoir épiscopal tende k «e fortifier. Le icidteest encore essentiellement le sacrifice vivant de l'bae pieose offert dans la prière, l'eucbu^tie cte IV
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moor reconnaissant qui simmole non pour expier, mais pour bénir. Il n'a encore ni sanctuaires proprementdits, ni jours sacrés, ni pontifes. La maison chrétienne demeure un temple de Dieu, et le père de famille en est le prêtre naturel ; c'est là que s'opèrent ces grandes réformes qui abolissent tous les priyiléges fondés sur le droit exclusif de la cité antique et établissent le droit humain dans toute sa généreuse uniTersalité, au profit de Fesclaye comme de l'enfant et de la femme. Ces réformes, d'abord réalisées au foyer, sont destinées à créer plus tard une société nouyelle.
Sans doute^ ce grand christianisme des premiers iiges semble pencher vers son déclin dès la seconde moitié du troisième siècle. L'Eglise laisse s'obscurcir la doctrine de la justification par la foi qui est le principe et la garantie de toutes ses libertés, parce qu'elle seule fait du chrétien le fils pardonné de Dieu, et le préserye des craintes serviles sous l'empire desquelles on cherche des médiateurs imparfaits qui se changent bientôt en maîtres. La pensée religieuse devient timorée ; Origène est traité d*hérétique. L'épiscopat se transforme en une autorité sacerdotale qui s^arroge le droit de remettre les péchés. Son triomphe a été précédé par une lutte formidable qui s'est livrée à Alexandrie, à Rome, à Garthage, et à laquelle ont pris part les plus illustres docteurs de l'Ëglise. Le culte revient peu à peu au particularisme
4)7i CONCLUSION.
juif, l'eucharistie devient pour Cvprien un sacrifice expiatoire qui doit acliever ce qui a été incomplet au Calvaire. On commcuce à entrevoir nn idéal dL- perEeclion supérieur à celui du foyer de la famille chrétienne, l'ascétisme se développe sous les mCmes iufiueuces qui favorisent le sacerdotalismc et le caractère sacramentairc du culte chrétien. Lesjnode d'Antioche, qui condamne Faut de Samosate, ressemble peu aux libres conférences de l'époque précédente, dans lesquelles on cherchait à ramener l'hérétique par la persuasion, car il invoque le secours du bras séculier alors même que l'empereur est encore païen.
C'est ainsi que se prépare ia période entièrement nouvelle qui va commencer avec le quatrième siècle. £lle aura certes sa grandeur, mais tout est chaugé pour l'Eglise depuis qu'appuyée sur l'einplre elle a pour elle 8a dangereuse protection, encore bien précaire et changeante, qui appuie un jour ta doctrine orthodose pour la combattre le lendemain, plus funeste encore lorsqu'eiie la soutient que lorsqu'elle la proscrit. Les grands conciles généraux remplaceront les libres conférences des premiers synodes et décréteront d'autorité la croyance. L'unilé extérieure et forcée se substituera de plus en plus à l'unité vivante, la seule qui soit réelle. Des multitudes païennes en réalité seront livrées à l'Eglise, qui devra les dompter pour les façonner è son image ; bientôt elle