CONCLUSION. 57S
sera en face des peuples barbares et elle aura à les ins* truire après les aToir baptisés. La rudesse du disciple fera le despotisme du maître et poussera au développe* ment complet de Tautorité ecclésiastique par la consti* tution de la hiérarchie.
Certes Timmortel esprit chrétien soufflera toujours au travers de ces institutions plus conformes au judaïsme qu'au christianisme, et ce sera lui, après tout, qui peu à peu tirera une civilisation nouvelle des ruines du monde antique. Etant données la nature humaine et la barbarie de Tépoque qui suivit les grandes invasions, il n'était pas possible que TEglise conservât sa spiritualité et sa liberté des premiers temps. Nul pouvoir magique ne Tempéche de subir les influences les plus diverses dans cette terrible mêlée de l'histoire ; elle y a été jetée comme un être moral qui ne peut échapper au péril de la liberté ; mais elle a en elle et surtout au-dessus d'elle un pouvoir immortel de relèvement qui l'empêche de périr, qui fait jaillir la lumière des ombres les plus épaisses, tire en définitive le bien du mal, et, au prix d'expériences chèrement achetées, la ramène peu à peu aux grands principes qui présidèrent à sa formation. Souvent oubliés, méconnus et même repoussés formellement, ces principes n'ont pas cessé de la travailler comme un levain caché; c'est à eux qu'elle doit tous les grands mouvements réformateurs qui depuis le mojen ftge jus-
57i CONCLUSION.
qu'à aujourd'hui ont secoué sa torpeur. Voilà pourquoi il ne faut pas perdre l'espoir même aux jours les plus triâtes, alors que les dernières usurpations de la hiérarchie semblent consommées, et qu'à l'asservissement total des consciences correspond le matérialisme d'une piété superstitieuse dans le silence des nobles Âmes qui gémissent en secret sur cette décadence. N'en doutons pas, la chrétienté européenne traversera encore uue grande crise de rénovation, sous peine de laisser le champ libre au vieux naturalisme qui aujourd'hui, comme il y a dis-huit siècles, s'attaque à toute la vie supérieure de l'humanité. 1\ se croit novateur quand il n'est qu'une simple résurrection du paganisme, moins les symboles, ne sachant déiâer comme lui que la force et" la matière. II faut en triompher ou périr a¥ec toute notre civilisation, nos droits, nos libertés, notre culture morale. Qu'on ne s'y trompe pas, ce qui le vaincra, ce n'est ni une Eglise dégénérée et asservie, ni une Eglise livrée h toutes les contradictions de l'époque, c'est un christianisme rajeuni, ramené à la spiritualité hardie et à l'héroïsme de ses origines. Puisse-t-on retrouver en quelque mesure sa grande image dans ce livre qui n'a d'autre but que de l'évoquer devant notre génération.
NOTES ET ÉCLAIBGISSEMENTS
Note k. — De la séparation entre fagape eê la sainte Cène par suite du décret de Pline le Jetme.
Reproduisons d'abord le texte de Pline (Hb. X, ep. XCIV) : « Alfirmabant autem alii, bunc fuisse summum vel culpas su;b vol orroris, quod essent soliti stato die antelucem convenire carmenquc Christû quasi Deo dicere secum invicem, seque sacrameuto non in sceius aliquod obsiringere sed ne furta, ne latrocinia, neadulleria committerent, ne iidem fallerent, ne depositum appellati abnogarent. » Pline nous donne ici la description du premier service religieux du dimanche, qui se tenait le matin, à Theure même de la résurrection. Le chant alterné à la louange de Jésus-Christ y occupe la première place. Que devons-nous eotendre par Yengagement solennel d'éviter tout acte mauvais? II s'agit non pas de rengagement du baptême qui n'avait pas sa place régulière dans le culte, mais des exhortations solennelles que s'adressaient les chrétiens de fuir le mal, en d'autres termes, de la prédication qui, comme on le sait, ii celte époque n'était pas le fait d'un seul, mais bien de divers membres de l'assemblée. Rien de pareil à la prédication n'existait pour le proconsul romain, elle ne rentrait d'aucune façon dans le cadre du culte païen; il ne pouvait donc la désigner clairement et directement. Il ne se trompe pas néanmoins sur le fond des choi^es, il est vrai que les chrétiens s'exhortaient mutuellement dans leur culte à la pni* tique du bien. Ces exhortations mutuelles étaient préciKément la forme primitive de la prédication qui était toujours rattachée â la lecture des saints livres. Voilà pour ce qui concerne la première réunion de culte telle que Pline nous la fait connaître à gon point de vue particulier. Passons à la seconde réuuloo chrétienne irès^nelr temenl distinguée par lui de la première. « Quibus peractis ,(aprè» l'accomplisseiuent de ces. divers actes dont nous veooas de parler)