PROGRÈS UE LA NOTION LÉGALE DU SALUT
partent le même résultat *• C'est Tapôtre lui-même qui impose les mains à Zachée^ le nouyel éTÔque^ en prononçant ces paroles solennelles : « 0 Dieu, notre Père, garde le troupeau a^ec le pasteur. Tu peux tout, ô toi le Boi des rois, le Seigneur des seigneurs! Donne à rérèqne de délier ce qui doit être délié, et de lier ce qni doit être lié. Enseigne par lui, et par son moyen garde TEglise de Christ comme ta pure épouse^. » Ce cléricalisme à outrance est encore plus marqué dans les Reeognitianes qui sont, comme on le sait, un remaniement des Clémentines^ fait dix ans plus tard. Il n*7 est pas &it mention de l'élection de Tévêque par le peuple chrétien. Très - certainement l'hérésie jodalsante est en ayance sur l'Eglise orthodoxe, à oonsidérer du moins le niveau général de celle-ci, pour cette conception de l'autorité ecclésiastique. Elle doiute une précision rigoureuse à ce qui n'est encore qtt^à l'état d'aspiration, sauf chez un ou deux des Pères dn second siècle. Le système épiscopal est acheyé dans les Clémentines^ tandis qu'il ne le sera au même degré qu'an siècle plus tard dans l'Eglise orthodoxe. Il n'en demenre pas moins que l'hérésie n'a fait que la devancer sur ce point, comme sur bien d'autres, et qu'elle contribue largement, pour sa part, à précipiter le courant qui l'entraîne vers l'épiscopat monarchique. L'hérésie judafsante n'aurait pas eu tant d'action sur la chrétienté dn second siècle, si elle n'avait pas été, à certains égards, beaucoup trop d'accord avec elle sur
* aâment, Homil.^ UI, 62.
« AI., m, 7t.
50 4* PROGfiËS DE LA MOTION LÉGALE DU SAiUT.
la oonception même de la doctrine éTangéliqne. L*organisation ecclésiastique a ptoor ressort intérieur la foi religieuse, dont elle reproduit toutes les dénations. Ainsi que nous rayons établi déjà, le sacerdoce universel n*est maintenu dans sa laideur, en pratique comme en théorie, qu*aussi longtemps que le sacrifice rédempteur du Christ est accepté sans réserve comme le principe du salut universel. Il n*est le seul prêtre de r Eglise que s'il a vraiment tout accompli sur la croix, ne laissant à ses disciples que le devoir de s'assimiler fion sacrifice par la foi pour devenir prêtres et rois en lui et par lui. Si tout n'a pas été consommé au Calvaire, si le salut de l'homme n'est pas complet, nous sommes de nouveau séparés de Dieu ; nous n'avons plus un libve accès dans le sanctuaire, et nous cherchons des médÛHteurs ou des prêtres qui présentent notre offrande à notre place. Quand le christianisme est considéré plutôt comme une loi nouvelle que comme la manifestation souveraine de la grâce divine, il nous laisse à notre impuissance, à notre indignité, à nos efforts sans terme, à la nécessité des expiations partielles. Nous ne sommes plus rois et sacrificateurs, nous retombons sous le joug de la crainte servile. La hiérarchie profite de tont ce qui est enlevé à la confiance filiale dans la miséricorde infinie qui seule rend inutiles tous les intermédiaires d'office tntre le pénitent et Dieu. Si déjà, à la fin du siàcle apostolique^ la grande théologie de saint Paul avail soU quelques altérations, comme nous l'avons constaté, FeK* posé que nous avons donné de la doctrine des Pères du second siècle montre à quel point le légalisme B*esf
INFLUENCE DES GRANDS ÉYiQUES DU IV SIÈCLE. 64
dévelc^pé chei eox, poisqae^ môme dans la grande école d* Alexandrie, la notion de la rédemption est sensible*mentallérée. Déjà» à Tépoque antérieure^ Justin Martyr aTait redit les formules de Fapdtre des Gentils ssns saisir lenr portée; il a^ait été ainsi amené à méconnaître la distioetion tranchée entre les deux alliances. Seulement, il Be fiiut pas oublier que la logique des idées» comme la Némésis antique, a le pied lent, et qu*eile n'arrive à ses conséquences pratiques que longtemps après avoir posé les principes qui les contiennent. G*est ainsi que, comme on a pn s'en conyaincre par les textes admirables que nous avons cités de Justin, de Clément d* Alexandrie, d*Irénée, le grand principe du sacerdoce universel, pris eh lui-même, a été maintenu par eux sans aucune altération, sans aucune concession aux idées sacerdotales proprement dites. Ce n*est pas sur les cimes, mais dans les bas-fonds que se forment les brouillards qui obscurcissent le ciel. Tandis que les grands esprits demeuraient fidèles aux libertés de TEglise, les intelligences ordinaires subissaient de plus en plus les influences qui en éloignaient.
Reconnaissons aussi que le parti autoritaire ou biérarehiqoe eut la bonne fortune d*avoir pour représentant ran des plus grands évéques du second siècle, béiiée, de Lyon.BéjA avant lui, Ignace d*Antioche avait poussé dans la même voie avec Tardenr de son âme et feultation de son entbonsiasme, aUnmé d*avance, en qvdqoe sotrle, an bftcber qui devait consumer son corps. En faisant aussi large qu'on voudra la part des surcharges apocryphes, il n'en demenre pas moins qu*Ignaee
fit IGNACE. - IRENEE.
relève outre mesure Tépiscopat. En principe, rien n'est changé; Poljcarpe, qui lui sunrit de longues années, maintient encore Tidentité des charges d'ancien et d'évèque. L'évèque d*Antioche se préoccupe fort peu de droit ecclésiastique. C'est la passion qui parlechez lui, la passion de Tunité, du bon ordre au jour d'un combat formidable. Il donne à ses frères dans la foi une consigne de guerre bien plutôt qu'une formule juridique du poa- Yoir ecclésiastique. Irénée est un bien plus grand esprit, et pourtant il cède au même entraînement, et loi aussi devance son époque dans sa théorie de l'autorité ecclésiastique. C'est qu'il a vécu au milieu des plus grands périls de l'Eglise, périls du dehors et du dedans, sous le coup de la persécution la plus acharnée et dans la mêlée confuse des idées discordantes. N'oublions pas que c'est dans son grand livre contre les hérésies qu'Irenée formule ses théories épiscopales. C'est pour écraser l'hydre aux cent têtes renaissant sans cesse sous le pied qui la foule, qu'il veut fortifier l'autorité ecclésiastique, lui assurer une base inébranlable, rattacher l'épiscopat à l'apostolat et lui attribuer une espèce d'infaillibilité, le don, le charisme de la vérité ^ . Encore ici l'entraînement d'une situation violente dépasse le niveau général de l'époque. Irénée lui-même ne méconnaît pas ridentité essentielle de l'épiscopat et du près* bjtérat. D parle, dans le troisième livre de son traité Contre les hérésies^ de la tradition venue des apôtres par les anciens. Ces anciens sont nommés évoques
* Irénée> Contra hxres^ UI, S; IV^ 48.
L'ÊVÈQDE DISTIHGT DE L'ANCIEH. 53
dans le diapitre suiTant ^ Bien peo d'années avant Ini, Faotenr inconnu dn Pastar Hermas maintenait cette identité des deux charges, en pleine Eglise de Borne, tont en dénonçant, non sans amertame, les empiète* ments de Tantorité ecclésiastique. « L'Eglise, atfoissée et malade, disait-il, cherche à se reposer sur le siège épiscopal '. » Cette image, vive et spiritnelle, rend parfaitement la transformation qui tend à s'opérer dans l'organisation ecclésiastique. En droit, les éVéques ne se séparent pas encore des anciens ; l'identité des deux charges à l'origine est reconnue sans difficulté. Saint JérAroe, trois siècles plus tard, se range à cette opinion de la manière la plus explicite. « L'apôtre, disait-il, nous apprend que les èréques n'étaient pas distincts des anciens. Si dans la suite un d'entre eux a été choisi qui l'emportait sur les autres, cela a été fait pour remédier au schisme '. »
Le commencement du troisième siècle est précisé* ment l'époque où l'Eglise, soit par lassitude, soit par crainte des divisions, a rompu définitivement avec son organisation primitive, non pas en principe, mais en fait; c'est alors qu'elle a mis à part l'un des anciens pour en faire, sdus le nom d'évêque, le directeur, le chef de l'Eglise. Déjà cette innovation a suscité de vives oppositions. Que sera-ce donc quand l'idée hiérarchique prendra tout son essor au siècle suivant? Nous n'en
^ Irénée^ Contra hœrts., UI, 2, 8.
« Pastor, Visio UI, 11.
* « Apoirtoliis penpieiie docet eotdem este praibyterot qaam episcopos. Qnod aotem poBteaom» electos est qai (iœteri» pneponéretur in tcbiKmatis remediom fàctmn est. » (Hyeron., Comment in Tit.^ {, %.)
54 L'ÉGLISi: LOCALE EN L*AN SOC.
sommes pas encore là, comme le pfooTeni le tàbkav qne nous allons tracer de Torganisation des pooToîrs dans TEglise locale à Tépoque qui s'étend de Tarn SOtt à l'an 230.
§ tl. — Organisation de l'Eglise locale ^ au eommeneemeni
du troisième siècle * .
La formation d*an clergé proprement dît, séparé da peuple chrétien par des privilèges religieux, est indépendante de b constitution de l'autorité ecclésiastique.. Celle-ci peut avoir acquis une grande impôrfcanee dans constituer une caste. Une démocratie peut Irès-bien se donner des chefs armés d'un pouvoir considérable qui sortent de son sein et la représentent en la diri« géant, sans qu'elle aboutisse à un régime aristocratique, où les dignités seraient attachées à une classe fiavo* risée. L'Eglise avait depuis longtemps fortifié son gèuvernement qu*elle n'avait pas encore porté atteinte à la prêtrise universelle, au moins en principe. Nous ayons vu qne le néophjte, au sortir de l'eau baptismale^ faisait acte sacerdotal en redisant la prière dominioale.^ Une fois admis au sacrement, il voyait s'abaisser devant loi toutes les barrières. La grande ligne de démarcation était tracée non pas entre les chrétiens revêtus d'une charge et les simples membres de l'Eglise, mais entre ceux qui lui appartenaient et ceux qui étaient encore
^ A part les ouvrages déjà cités, voir le beaa Uvre <jie Ritsohl : Mntstehmg der aiicathoiûeken Kirche^ i* édit. Bonn» 1857. Zweit. Bach» entfr
Abschnitt. II et III.
SAGEM)OGB UNIVERSEI^ 55
retenus sar le seidl ; nous saTons combieB était tran-* cliée kl différence entre les baptisés et les simples ea* tédiUBènes. Ces derniers n^aTaient pas le droit d^assister à la célébration de Teocharistie. Us se retiraient qoand on aTait prononcé la parole sacramentelle : « Les choses saintes scmt ponr les saints ! » Grands étaient les privilèges des fidèles ; ils étaient de vrais initiés, prenant partant saints mystères. 11 n'était donc pas possible de les traiter comme des profiines et de snp« poser en dehors d'enx une tribn sacrée constituant Théritage du Seigneur, — en d'autres termes, un clergé. Le peuple ehrétien tout entier portait cette appellation, que déjà Vapôtre saint Pierre lui avait donnée \ et il de-* vait en être ainsi tant que la multitude inconvertie ne serait pas introduite dans FEglise par la naissance et le sacrement magique. Les fidèles sont appelés te clergé de$ ehrétiemdnxkB unfragment apocryphe de la lettre d'Ignace, aux Ephésiens, qui nous reporte au commencement du second fièole ^« Irénée reconnaît Tordre sacerdotal chez tons les justes ^. Le mot de clergé est pour la première fois appliqué aux chaires ecclésiastiques par Clément d'Alexandrie et Tertnllien ** De leur temps, on enten-^ iaiX simpl^nent par cette désignation une catégorie^ HBO «classe, particulière d'hommes. G^est ainsi qoe les chrétiens de Lyon, dans leur lettre à leurs frères d'Asie
* i Werre V, 8.
* .^. TÙàfii^ "ËfëoicaV t&v xptOTiovôv. (Igoa«é Ad. Sph., il.) s« Omnes josti sacerdotalem habeat ordinem. » (Iréaéâ, ContfP
*SF«., IV, 10.)
^ Clément d'Alex.^ Qiciv âi9u, k% « Undd epifoopi et olarat. » (TarU De monog,, iS.