PREIIIEBS SYNODES LIBRES CONFERENCES. S
vue nécessité da moment sans se transformer en assemblée délibérante régulière. Aussi sont-ils surtout composés d'é^éques sans qu*il y ait aucune exclusion systématique des laïques ^ Ceux-ci y prennent part de plein droit eomme le prouve Texemple d*Origène. Quand un siècle plos tard ces conférences accidentelles seront remplacées par des synodes réguliers le droit du peuple chrétien sera .expressément réservé ^. Ces premiers synodes ae revendiqueut à aucun titre Finfaillibilité pas plus que Tautorité; ce sont de simples conférences où Ton cherche à s*entendre, à se mettre d^^accord, à conjurer on péril, à lever une difficulté, surtout à réprimer une hérésie naissante. La Grèce a été le berceau du régime synodal. C'était bien une plante naturelle de ce sol si fertile en écoles de tout genre où Tart de la discussion philosophique était né avec ses plus merveilleux instruments. « Dans certaines localités de la Grèce, ditTertul- Uen, se tiennent des conciles ou synodes au nom de tontes les Eglises. C^est là que les sujets les plus graves sont traités en commun ; cette représentation du nom chrétien est entourée d*un grand respect '. » Le synode primitif est déjà un peu transformé et idéalisé par Tima-
> Origène encore laïque prêche à Césarée devant une réonion d'évôques <|dL avait sans doute on caractère synodal. (Eosôbe, H. E., YI^ 19.) Voir nr toute cette question des premiers synodes, Hœfele : Conciiien GeteWcAlif, vol. I, introduction et chap. i.
* « Presbytero et plebibus consistentibos. » (Quatrième concile de Garthage : Routb, Reliq, sacra, vol. m, p. 101.)
* c Aguotur per Graedas iUa certis in locis concilia ex uniyersis ecclelliSj per qoœ et altiora quaque in commune tractantnr, et jpsa reprœsen- Udo totius nominis Christian! magna veneratione.oelebratur. » (TertuU.»
IfO PaeilIERS STMODBS YBBS ISO.
gination de Tardent Âfricaiii. Pourtant il ti'attribfte'àed» ^assemblées qall élèTe si iMiut avenue autre àttributioli que celle de délibérer en eoiiiimun; il ne leureoitfèfe aucune autorité indiscutable.
Bien de plus simple quë^rorigine de ees réunions tijniuh daies. Un écrivain inconnu qui ayait pris une pairt tlrfiàyiye aux luttes contre le raontanismeàTépoque oùU nattait pas encore constitué en scliisme, raconte, d*aprèfr Eusèbe, qu^ayant appris querEgiised'AncTTeen Chdatie était troublée par les montanistes et indécise^ MT leur yrai caractère, il se rendit au milieu d*elle, arec tin des anciens ayec lesquels il partageait le gouTerneikieint ée sa propre Eglise *. Son dessein était d'édairersesirâres d'Ancjre sur les graves erreurs qu'ils avaient «éHé 'bu moment disposés à accueillir. Les anciens d*Aneyile1di demandèrent de leur laisser par écrit le souyenir de ban exhortation, et il se rendit à leur désir. Telle dut être fréquemment Toccasion des premières réunions syno^ dales. Un pieux éyèque apprend qu'une Eglise est tn^ nacée de se laisser prendre par une fausse doctrine. B s'y rend de son propre mouvement en se disant appuyer et accompagner d*un de ses collègues dans le ministère; il confère avec les anciens de TEglise qu*il visite, et les résultats de la conférence sont consignés dans une lettre. Nous voyons ainsi naître sous tios yhtti le régime synodal sous sa forme primitive. Il remonte probablement au milieu du second siècle, car, diaprés le
(Bnsèbe, H, B., Y, 16.) ' IIap6vT0i; Zi tou oupiTcpeafiuTépou ii\kSi^, (/cf.,y/t6i)
SYNODES IBMS POUa fUEK LL PAQI1& CHRÉTIENNE. 101
leite d*EBsèbe qœ nous yeiiMHi de oiter, noas l'aYon^ fU dépassé Tépoqae oi| Taneieo se distingae à peine 4^ Téféqae. Lerégime ajAodal nous paratt un peu plus déidoppé qufilqaeft années plos tard, lorsque Sérapion^ éwétp^ d*Antioehe, éciirit an sujet de Thérésie monta* ntote^iiUL Sg^iaes^ de l'Asie Mineure une lettre qui reçut ta signatore d'un grand nombre d'éTèqnes^ Evidemment* oette mission avait été précédée d'une oonférence où plusieurs Eglises^ avaient été représentées.
I^ dissentiment qui s'éleva vers la fin du second aie» «le entre les Eg^es d'Occident et d'Asie Mineure sur la 4)élétoitioQ de la Pàque donna lieu à de nombreuses conféoenees ecclésiastiques. 11 existait déjà dans l'éfmqiie antérieure, seulement il n'avait pas troublé la imix de l'Bglise, parce qu'on l'avait considéré avec raiefiQ comme portant sur un point de forme tout à fait se* «ondaire. Les chrétiens d'Asie Mineure estimaient que la. Mquei déniait être toufours célébrée le 1 4 de nispinv Cf^.ei8t-^dire le jour où l'agneau pascal était immolé par ks Jtailb* Leun motif principal était qpi^ c'était à cett^ dattt qne aainC Jkan avait placé la crucifixion de JésiKkfibrûrt» Hsne fusaient durer le jeàne que jusqu'à* soir chi 14 nîoan. Lat£ète entière ne comprenait donc qu'un seul jour^Qt»il»ne se croyaient pointtenusde la eélél^er «Hi ftiÉsriffedi, piûsqu'ils la &isaienti coïncider aveil le 4ii nitaa. |ies. cdurétîens d'Otcoidentv atu eontpàire^ m voulaient célébrer la P&que que le dimanche anniversaire, dç la résur^ectioni et ne consçnbnent k Totnpjce.le
lot SYNODE AirrORITiUBB DE CaâaARÉE.
jeûne qu*à ce grand moment qui seul, diaprés enx, ap* partenait à la joie. La question prit une granité nouTelle à la fin du second sièclCi lorsque Victor, éTèqne de Bome, Youlnt contraindre les Eglises d*Asie Mineure i se plier à la coutume occidentale. U provoqua des sy* nodes en Occident et en Orient pour arriver à ses fins. Ceux de Mésopotamie, du Pont, de la Palestine et des Gaules opinèrent dans son sens^ A Gésarée, la tendance autoritaire s^exprima avec une certaine &preté. La lettre synodale qui y fut écrite se termine par cette injonction : « Prenez soin d*enYoyer des exemplaires de notre lettre dans toutes les Eglises, afin qu'on ne puisse nous imputer Terreur de ceux qui s*écartent du sentier de la Yérité. Nous aYons appris que TEglise d'AlexandrieeéK lëbre le jour de Pâques le même jour. que nous/Noa» aYons constaté par un échange de lettres qu*il j a .a&> cord complet entre nous sur cette célébration ^. » Tonte impérieuse que soit cette missive, elle n'implique nulle» ment la prétention de posséder une autorité divine, pas plus qu'une illumination surnaturelle. Les évéques de Césarée ont conféré avec la grande Eglise d'Alexandrie; ils ont reconnu qu'ils suivaient la même tradition, et ils ne se sont prononcés qu'après avoir élucidé par les moyens naturels une simple question de fait. <
Le synode qui fut tenu à Epfaèse, sous la présidenoê de l'évèque Polycrate, ne se crut point obligé à la soor
* Kusèbe, H, S., V, «4.
• Tijç S' è7cioToX>5ç "^Imov TCeipàOv]Te xaTà waaav èxxXiQatocy
làurâv Tàç ^^dç, (/rf.,V, «5.)
BÉSISTAMCS DE POLTGRATE D*ËPHËS£ A VICTOR. 403
mission. On en peut juger parole fenne langage que tint ce grand évéque à Yietor, dans la lettre qu'il lui envoya au nom de nombreux collègues : « Mous conserverons, lui dit-ily invariablement notre observance de la P&que au jour accoutumé, sans y rien ajouter, sans en rien retrancher. De nombreux et illustres témoins an jonr de la grande résurrection sortiront de leur tombe pour confirmer cette antique pratique de l'Asie Mineure, i commencer par Jean le disciple bieo-aimé qui a reposé sur le sein du Maître, le diacre Philippe et ses saintes filles dont Tune avait le don de prophétie, sans parler d'une légion de martyrs. Ils ont tous suivi la tradition de TEvangile et la règle de l'Eglise. Et moi aussi, Pplycrate, le moindre d'entre nous, je ne m'écarterai pas de la doctrine de mes proches, car sept de ma famille ont été évéques et je suis le huitième. J'ai toujours célébré la Pàque le jour des pains sans levain. C'est pourquoi, frère, arrivé à ma soixantième année dans le Seigneur, après avoir consulté un grand nombre des frères de l'Eglise entière, m' appuyant sur l'Ecriture sainte dont j'ai lu toutes les pages, je ne craias les menaces de personne. De plus grands que moi m'ont appris à dire : Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes ^ » Polycrate déclare en finissant qu'il ne parle pas, simplement en son nom, mais qu'il pourrait allonger indéfiniment la liste des évèques qui seraient disposés à signer sa lettre et o**^ lui ont donné leur pleine approbation.
Ypofiiy 8tY)XY)>A>6(Aç... Ot ijjiou (AeC^oveç elpi^xaai, xetOopx^^Y ^'^ ^ (AoXXov î^ h^pixRMç. (Eusèbe^ B. S., %k.)
4'6l RÉSTSTANtnK])ÉH0MBftEtJÏÉTtQ^TESAL'É^/1^^
AiiiBi nn synode M cilAit ' pés dé s^opposet' àut MMs synodes, les décisions de l'Occ^idetit tt>maift ût le liait elii auctine façbn. PW^mé s'en réfère à' f EetftMé'éd i lia tradition des apôtres et de lears snceessMr» ittMiiAdiàts. C'est là pour lui Faûtorlté sonyeraine. AcndeAtt de toutes lés eonféi^ences eccfesiasti^ties plaltte titt j^^ toir pins haut, celui de IMeu même à qui seul Û TeM obéir, dans ta mesure où sa volonté lui est ttfaitûe pat les saints livi^ et paf Thistoire. II est remarquable que la grande parole que saint Pierre avait opposée à Ur tjrfannie de la synagogue soit jetée comme un saint dét de la conscience clirétientie aux premières usttrptttioiitt de répiscopat romain. (Test son pi^emier àppcfl Mrtri'bunal dé Christ contre la hiérarchie naissante. De Su* crate à Pascal la liberté des Âmes s*est affirmée^ de là même manière en face des autorités puretneAt hnnuriffés, dès que celles-ci entrent en conflit atec la ConsCiéffce.
L'évêque Victor maintint ses prétentions et euTôyà dés lettres aux Églises pour déclarer qile les opposants de Césarée s'étaient mis en dehors de la commtndôn universelle. Ce né fut qu'un vain effort ^ ; il dépflÉsaft la hiesure dé ce qtle pouvait admettre la chrétiettté da second siëéle. Plusieurs évoques lui envoyèrent de» protestations acerbes*.
Le plus illustre d'ètitk<e éux^ Irénée, dttns ûûÉyùffit tenu eil Gaule, écrivit à Tictôr eit sôb nota etttiï nélli dé
* "Ext to6toiç 6 (Aàv B()CT(i)p à0p6u>ç vqq 'Â<iuxç nioi^ç &ç txeploo^odaciLç à%otd(iiVeiv vf^q xotvfjç |y(ji>aâb)(; icèipatai. (^is^, t. È., Y; 24.)
LEriBESDlRÉNASAtl6]!(DàiyAAfiNdifl^ W6
Itetf tioUëgued afte Ittttt êtms lamelle il loi dommania^nit le résidtst de leitfs diéUbérMiôfls K Aptes Icri ayoir dotmé raison sur le fond des choses et avoir approuvé le rite oecideïrtiat ponrla eélébratioA* de la PéM^iie, Irénéë proteste en termes foilbêb eotttre la prétentroû dé rètècttie Tictor d'impiMser l^nMferitrîCé afax Eglises et de prfitendre exclure de lit eôi&mtinaiité chrétienne celles qoi maintiennent qùelqtres^ différences dans 1er pratique du culte en se conf ormaiit à d -antiques traditims^. «< Cette diveirsitë dans la Célébration du jeûne pascal; dit-il, ne date paÉ de notre dge; elle remonte à Tépoque de nos pdres. deux qui présidaient alors au culte ont pti être qœtque peu négligents, manquer de lumière' oti é*habileté en légaant ces coututues à la génération sni- 'Vatite. La paix n-en a pas moins été oonservéel entre iode les dirétiens. Gardons^la entre nous comme ils VofBt lait. La d^rence dans la manière de jeùneir laisse Mhsister Funité de la foi ^. » Irénée intoque à Tappni de cette eibortation le généreux exemple d'un des prédécesseurs de Yiotor^ révéqne Soter, qui lors du- voyage 4e FMycarpe à Home n'a jfms héâté, malgré leurs ditergMées tranchées sur la question de la Pâque, de Itû donner tous les droils* d'un évéqne dans sa propiie Eglise^ La lettre du synode des Gaules fut envoyée 'Mn-eedlement 6' Vidter^ mais enéoté ft on gmikd neni^ lÈffé d^Eglisèd^^ *'. Irénee w Sentait autMirt de dwM que
i Eusèbe^ H. £., V, 24.
• Ta StoçcovCa T^ç vt)OTs(aç Tijv i(i.6votav vf^ç icCoxecoç cuvfonQŒi. (Id., V, «4.)
• Oô jiivov TCp B(xTOpi xat 8ta<p6pot<; ik wXeCototç àpxouatv faixXvjdtôv. (/(/., V^ 24.)
406 L'UNITÉ EST DAMS Là UBERTÉ.
son collée de Borne de parler à ses irères dans le monde entier. Ce n'était point sar TinitiatiTe de Victor qu'il avait inyoqné le synode des Gaules et Ton n'y avait TU siéger aucun délégué romain; ses résolutions n*a- Talent eu besoin d'aucune confirmation pour être promulguées. En réalité la lettre synodale formulait une protestation énergique contre les premières tentatives de l'Eglise de Bome de constituer un pouvoir central et d'attenter à la liberté des Eglises.
L'Eglise du second siècle est donc restée jusqu'au bout étrangère à toute centralisation hiérarchique i elle n'a rien connu qui ressemblât à la papauté. Chaque évéque porte le nom de pape ou de père au même titre. La société religieuse constitue une libre confédération unie par des liens vivants et non par des chaînes. Les synodes sont des réunions spontanées nées de l'occasion, pour s'entendre sur les questions difficiles, m^is sans prétendre les résoudre souverainement par voie d'inspiration surnaturelle. Us n'ont de règles fixes ni pour les époques. de leur convocation, ni pour leur composition. Us n'ont encore aucun caractère oflBciel. Ifous avons des Eglises fermement constituées, trouvant l'unité morale dans la foi et dans l'amour, mais la chrétienté de ces temps est encore bien loin d'une cathoU* cité extérieure dont le pouvoir central relie toutes les communautés div erses en une seule fit même organisar tion hiérarchique.