DÉVELOPPEMENT DU POUVOIR DISGIPLINAIBE
tion d*une catholicité visible fait de grands pas. Elle n*aura plus qu'un degré à franchir pour être entièrement organisée. Tel est le double résultat de la crise que nous devons suivre dans ses phases diverses.
Des causes nouvelles à part celles déjà indiquées sont à Tœuvre pour favoriser la tendance hiérarchique. La persécution au troisième siècle est à la fois plus yio- Hiente et plus intermittente. Dans les intervalles assez courts pendant lesquels TEglise jouit d'une paix profonde, elle se recrute avec une rapidité extraordinaire. Le flot croissant des prosélytes qui bat en quelque sorte sa porte t'élargit singulièirement ; les conditions d'admission fléchissent et le relâchement moral est plus fréqtient cpi' auparavant. Le ehristiamsine nominalv fictif, qtà obéit plutôt à Fentratuement qu'à des con^dAtkAtt sérieuses et personnelles, est fort disposé à s*a]^dimner au clergé pour qu'il se charge du fardea^u pesant de la responsabilité morale. On comprend combina dans une telle situation la persécution dut ameiker d6 défections, alors qu^elle se ranimait soudain avee m»t fupeur nouvelle. Les apostasies sont innombrables^ et la question disciplinaire prend une imporlattce t)ii-elle li^avait jamais eue. Jusqu'alors la réhabilitation' it^étaR pas admise pour les chrétiens qui avaient renie leur fbi. Il n'en est plus de même au milieu du troiaUilM làiède, la barrière- s^abaisse* pour eux. On trouve iflipA»* dent et non sans raison de les hisser déflnitiV€«iénl.M dehors de FEglise. Lenr réintégvation est toalatipnttt de l'épiscopat qui péar la première fois réelme te fmh toir des elefs. Les luftea leê pkia ardentes* éUiMrt
LES DfifiAtS'ïï^yÉftlfitJIUS CdlM»^^ Mf
àeeMjet entre les représentattlB àe iran^ientie iansité* rite cftles soutiens de la hiérarchie. Halhearevsement les pi^mtetë poowent è, Fexcës leur rigorisme, et tr»* Taill)ent ainsi au succès de leurs ad^f^ersaires -qoi sem^ blent aTOir pour eux la raison «t la modétalion. On finit paï tefttitaer àoeiix-cien autorité ce qu^ils accordent en fttdnigence.'G'est ainsi que dette innovation considérable du pouvoir des olefs, qui n'eût été acceptée nulle part à l'dpofue précédente, se fuit accepter de FEglise lassée et irritée par les puritains à ootrance qui voudraient la eimii)er sous une discipline implacable.
1a nature même de ces -débats sur la discipline intérienve amène an progrès nètable dans la constitution de la xsatholieitô^sible, eticontribue efficacement à subtftîtUér runité extérieure 4i (limité imorale et vîTaste dont on 19' était si longtemps contenté. En effet, itandss fiuè^lft <grinde >liitte du sec<Hid «ècle portaitisnr la doc^ ttine, cdle du tvoisilàme se concentre sur des questions d'orgunisatiêH M de discipUne. Les adversaires dont rfigUse d'alors 4ie préoccupe le plus ne^ sont pas desli^ retiqtMê ^^tii Plantent Fesseiiee de TEvangile : ce sont des hottiines' dont la croyance en substance est ort|K>* dMe m ne {^éloigne des <myattcés généralement màop<^ ttés ^^e sur des questiôm secondaires. Le p(mitide dlfisid(snee ettît^ 'euï et léS xshëfs du parti hiérarcM** que 'pMte "mr 'te gouvemettieiit ecclésiastique «t um ^Itts'wr'Ie dogttte. Les t)pposant8 tenaient une Eglise pltt^'èt-^tibre todt eifseinble, où 'le sacerdoce urniversel rtaaUedeiasaiiiteté^eseïi'melhbres. Us'enduit^qifSs dttttawetft'h ^hai>ge épiéeaptOe'etirdèveiit Pimportadw
410 L'AUTORITÉ ÉPISœPAU DÉirEm)DB C(»rrHE I£ 8Çm9^
des qualités morales qui en constituent à leurs yeux te titre Téritable. Or, ces qualités morales ne créent aucun monopole ; eUes peuYent être réparties entre tous les chrétiens et même se trouver à un degré plus élevé chez les plus humbles parmi les laïques. Le parti hié* rarchique est amené par Fentratuement de la lutte à abonder dans le sens contraire, à releyer la charge aa détriment du don ou de la qualité morale et à prépa» rer, sinon à formuler, déjà une sorte de sacrement, de Tordre plus ou moins indépendant de la vie r^gieuse. Irénée, aux prises ayec le gnosticisme et ses mille formes captieuses, voyait surtout dans Tépiscopat le gardien de la tradition apostolique, le défenseur attitré de la vérité qull possédait comme un héritage, grAce à une succession non interrompue. L*orth'odoue était, à ses yeux, le fondement de Tautorité ecclésiastique, et la foi commune le lien de Funité. Tout a changé au troisième siècle : les schismatiques ont remplacé les hérétiques. On est préoccupé de séparatisme infiniment plus que d^hérésie. L'unité est défendue' bien plus que la vérité doctrinale, qui d'ailleurs n'est que faiblement attaquée. Les questions d'organisation sont les questions vitales de l'époque. La catholicité visible est opposée dÇ; plus en plus au rigorisme outré, qui, pour ressusciter une Eglise pure, rompt avec la chrétienté constituée ; l'épiscopat est considéré avant tout comme Tautonté protectrice de cette large unité qui assouplit ses cadres de manière à y enfermer une société religieuse nécessairement mélangée, La résistance à la hiérarchie, jKur son immodération, a poussé l'Eglise à l'extrême opposé.
LA LOITB ECGLÉSIAOTIQUE Â ALEXANDRIE. 414
Mais ee n'est qii*à la fin dn troisième siècle qu'dle est décidément yaincne ; elle n'a pas toujours déployé TApreté et Tétroitesse de Tesprit sectaire, il y a eu des phases où elle a rallié les pins grands noms de l'Eglise. Aussi la latte a-t-elle été longue et pleine de péripéties. Nous ayons à la décrire dans les principaux centres de la chrétienté du troisième siècle : à Alexandrie, où elle aboutit à une hiérarchie modérée ; à Borne et à Garthage, où^ par des circonstances diverses, elle se termine par réclatant triomphe de Tépiscopat sacerdotal et autoritaire K
S II. — La crise eeelésiastique à Alexandrie.
La yraie liberté scientifique n'est pas compatible avec Tesprit d'asservissement dans Forganisation sociale, quand elle n'est pas du moins une vaine curiosité de Tesprit, une espèce d^épicuréisme aristocratique qui cnnt marquer sa stipériorité par le dédain de tout ce qui n'est pas la pensée pure. Alexandrie était la métrop<Ae de la théologie chrétienne, son foyer le plus brillant. Quand on se rappelle que la classe supérieure de ses catéchumènes était instruite par Clément et Origène, on se représente ce que devait être le niveau intellectuel de cette noble Eglise. La ferveur héroïque s'y associait au large développement de l'esprit. Aussi une telle Eglise était-elle malaisée à courber sous le joug d'une
i Sur tonte cette crise dn troisième irtèclè, ToiiTrage capital, à part les •ouroes^ est le lierre de Kitsdil : Die BnUtehung der altcMolisehen JC2rc*€, a* «dilkm, Bonn, 1857.
U% LE Pi&TRfARGBE ^.Q^»AON> Vfm M9 AmWS.
autorité liiérarcluqae. {ie»Alu:étiiei|8 d'Alex,ap4n^ étaîçM eu grande partie des penseurs, des savants et des confesr ^eors toujours prêts à défendre la yérité par la pvo^eet par le martjre. Ils étaient peu disposés à deirenir nu troupeau docile et muet sous une houlette «épisoop^l^ D'ailleurs, les idées dont ils avaieniété uourris à T^ûote des catéchistes étaient tout à l9iit coutra^res au couriMtf hiérarchique. Le libéralisme de ^tte grande l^gUse aç mauifesitait dans sa constitution 4Uéme, qui, jusqu'iiu commeu/oemeut du troi^ème siècle, a^ait maintenu Taish tique égalité des évéques et des anciens. Févôque 4ii|ît toujours pris parmi les anciens, et c'est d'eux, ses collègues delà yeiUle, qu'il gteic&Yaitrixuposi^on des mains, sans l'intervention d'aucun autre évéque ^
L'élection populaire, <qui jouait encore un rôle important an temps d'Athanase, n'était- certainement pas supprimée à l'époque antérieure. Le» aacfiens d' Alexandiie, qui étaient au nombre de douze, avaient sans doute le droit de présenter ou de nommer l'évique, pour emr ployer le mot de Jérôme ^. Le peuple «onfirmait rleqr désignation par son choix, puis ils consacraient Vë^\
•^ a Alexandrice a Marco e^angelista tisque ad Heraelam et Dioirfsiam epificopos presbyteri semper unum 6x se electum in excelsiori ffoàp^ collocatum episcopam nominabant. » (Saint Jérôme^ Ep. ad EvangeL Op.y tome lY^ p. 802.)
* Wi^çcj) Tou Xawu icavrbç. (Grcigor. Naj;.,- Orat., «4.)
* La consécration de Tévêque nommé parmi les douze anciens, par les orne rastant^ est attestée par ce fitagniettt des annales du patrianftB Eutychios : « Gonstituit evangelista Marcus ut.cum vacaret ;patriarcbatnB onam e daodecim presbyteris ellgerent^ cc^us capiti reiiqni nndetim manus imponentes ipsi benedicerent et patriarcham crearent. » (Eatycfa., Patç. Alex., Annales, interpr.Pocpc^o, Oi^Oi^ 165^^ ]^ p. SSI^) .Qn^iid Entychins prétend qn'il n'y efit d'évéqves.prQpreinent dits en Eg^tdjpB depuis Démétrius^ il est en opposition avec (a Co^stitutioïKk copte, J^JU»