INFLUENCE DU MONTANISME A ROME
rendit irréconciliable ayec TEglise. Même alors, elle ne saurait sans injustice être comparée aux hérésies qui portaient atteinte aux dogmes fondamentaux de FETangile. Il est facile de comprendre qu'avant que de grayes débats eussent ouvert les yeux sur les dangers qu'elle faisait courir à Tordre ecclésiastique^ elle ait été acceptée comme une tendance orthodoxe et que ses adhérents se soient multipliés surtout en Occident, car ea Orient, près de son berceau, ses visionnaires avaient fait trop de bruit et soulevé trop d'opposition pour qu'on ne fût pas partout sur ses gardes. Rome était un terrain trèsbien préparé pour le montanisme. L'Eglise, à la fin du second siècle, y formait tout un monde ; elle comptait ses membres par milliers, et ils lui en amenaient tons les jours de nouveaux, surtout pendant les temps prospères, alors que la persécution se ralentissait ou s'interrompait. Ce n'était pas impunément que cette multitude de néophytes respiraient l'atmosphère impure de la métropole du monde gréco-romain. Il fallait une fermeté rare pour fermer ses yeux et son cœur à ces saturnales d'une corruption de mœurs éhontée et brillante qui avait à son service les trésors du monde et semblait impatiente de les dévorer pour satisfaire ses insatiables voluptés. L'Eglise de Rome ne s'était pas seulement recrutée dans l'ergastule de l'esclave, dans l'échoppe de l'artisan ou dans les juiveries sordides, le palais des Césars lui avait été ouvert dès les temps de saint PauL Des patriciens blasés, de grandes dames prises aussi de ce dégoût de la vie dont parle Sénèque, s'étaient attachés plus ou moins ouvertement à la religion nou-