‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 5)Chapitre 54 sur 236 · HIPPOLYTE LUTTE CONTRE SES USURPATIONS · texte numérisé non relu

HIPPOLYTE LUTTE CONTRE SES USURPATIONS

sciences philosophiques. La conclasion de son liTre sur les hérésies est d*uQ ton oratoire simple et grand qui révèle en loi le don d*Qne parole éloquente. Il appartenait an parti rigoriste^ mais sans tomber dans les exagérations du montanisme qu*il avait combattues de même que Gains, autre docteur de cette même Eg^ romaine, qui s'était surtout attaché à réfuter les rêveries des prétendus prophètes. Hippolyte exagérait sans doute Tascétisme chrétien^; il était hostile an mariage des clercs depuis leur entrée en charge. Toutefois il ne tombait pas dans la dureté des sectateurs de Montanus ; il ne refusait point aux pécheurs la possibilité de la réhabilitation. Dès longtemps il avait résisté à Zéphyrinus et à GalUste, contraignant plus d'une fois le premier à reculer. C'est grâce à sa vive polémique contre les monarchiens subtils, avec lesquels Galliste avait pactisé, que le nouvel évéque fut obligé de revenir an moins en apparence à Torthodoxie. La lutte allait de nouveau s'engager avec une grande àpreté sur le terrain ecclésiastique. Galliste était obligé de ménager ceux qui Tavaient porté au pouvoir. Plus il en était indigne, plus il était dans leur dépendance. 11 était tenu de payer leur adhésion en complaisances de toute sorte. Il paraît surtout avoir ménagé deux catégories de personnes, les membres de son clergé et les grandes dames. Gelles-ei contractaient souvent des unions irrégulières avec des

Dœllinger^qui admet l'authenticité des PAtYo^opAoumena, s'est attaché

faire d'Hippolyle un Novatien anticipé, un pur schismatiqne, qui aarait

été relégué à Ostie pour mettre un terme aux violentes querelles sasdtéei

par lui. Mais ce sont de simples inductions destinées à blanchir Galliste.

(Voir Hippoiytus und Callistus, von Dœllioger^ Regensborg, 1S5t.)

GALUSTB CimmBllE ET AGGRAVE LE DÉCRET DE ZÉPHTRINUS. 445

liommes de la basse classe oa même des esclayes. Galliste ferma les yeux sur ces graves désordres, comme snr bien d^aotres*. S^appuyant sur le décret de Zéphyrinas, il déclara qu*il avait Taatorité nécessaire pour pardonner tonte espèce de péchés ^. Ainsi se trouvait confirmée rnsorpation de son prédécesseur. Elle étendait Tantorité épiscopale sur deux points très-graves ; tout d*abord le droit de pardonner les péchés était désormais dévolu à Févêque personnellement; ensuite ce droit n*était plus limité comme autrefois, et s'ap' pliquait à tons les péchés. Le nouveau sacerdoce qui se constituait sur ces bases était bien plus privilégié que Tancien qui s'était borné à offrir des sacrifices expiatoires, sans se donner comme le gardien et le dispen^ satenr des pardons de Dieu.

Calliste fortifia Fidée de la prêtrise d^unc autre ma« nière encore. Obligé à Tindulgence envers son clergé, il faisait fléchir toutes les règles qui jusqu'alors avaient été imposées aux candidats à la charge ecclésiastique. Les secondes et les troisièmes noces n*étaient plus un obstacle à la consécration '. Son décret sur Tirrémissi* Ulité de répiscopat est de beaucoup le plus grave. Il portait en principe qu'un évéque qui aurait commis un

i PA£^., IX, 13, p. 461.

* n^c^oç xà icpb; xàç •îjSovàç xotç àvOp(»)xoiî au7x<»>psw èicsvdYjae, Xé-fiiiv icS7tv ï/k' a&rou i^teaOat à\kapxi<xç- (/</., IX, 12, p. 458.) Hippolyte semble attribuer à Calliste l'initiative' complète de ce décret. Gependant Tertallien semble parler d'un décret analogue rendu lors de son voyage à Rome sous l'épiscopat de Zéphyrinns. Il est possible que Calliste ait donné plus d'extension au premier décret dont il était d'ailleurs l'ftiHeor véritable.

> M., IX, It» p. 459.

416 CAUJSTB JDSTIPIB L'ABROGATION DB TOtTK DMCirun.

péché mortel ne deyail pas être déposé \ Galllste isoliit ainsi la charge de toutes les qualités morales; la sainteté s^effaçait devant Tinstitution canonique. Tandis que le montanisme la réduisait à rien, elle dofenait resaentiel pour lui. Il était dans la logique de la teiidanee hiérarchique qui est grayement oompromise da Jow ok la compétence spirituelle remporte sur la chavge, ear on ne peut insister sur la sainteté sans restaorer le sacerdoce universel, puisqu'elle n'est le monopole d*attcune catégorie de chrétiens et que toutes les institutions et toutes les consécrationa du monde n*y font rien.

Calliste ne se contentait pas de ces actes qi iàehenx, il en formulait la théorie raisonnée. fondateur . Térif» table des Eglises ouvertes aux multitudes inconvortks, il invoquait la parabole de Tivraie et du bon grain pour ajourner au jage{neut dernier toute discipline sérieuse. C'est lui qui a inventé la fameuae compa^ raiiion de Varche de Moé, qui les animi^ux impMfl avaient trouvé place tout aussi )>ien que les pari'. Il an concluait que ce qui importait le plus daos co grand navire de 1 Ëglise sur lequet naviguait un équipage ai mêlé, c'était le pilote. L'autorité ecclésiastique était fo^ tifiée de tout ce que perdait la sainteté. C'est de cette manière que cet habile artisan d'intrigues, ce magicien, cojcnme l'appelle Hippolyte, opérait Tune des plus pan-

* Ty)v xt6a)Tbv tcu Nûs si; c|i.o((i))i.a à)cxXrf9ta<; if^ Yt^^viMit /rf., IX, lî.)

oppositfôti ÉKERëiQt;» wsîppovm, ni

m révaimioiit de la société religietne. Le pouvoir des «Al, après ttolr été saisi par des maios séniles eu ûé^

i, devait passer h des évéqnes héroïques eomme 16, et être purifié par le saug des martyrs dans lA MoBdd moitié du troisième sièeleé II est possible que léHiale lui-même ait en le grand faouueur de périr •iiulie dimfeaseur. Il ne le méritait certes pas, bien [a^on puisse supposer que lui-même se soit amélioré lans ces glorieuses souffrances. Ou comprendrait alors lae le dernier souvenir de sa ^ie ait enveloppé tout K>n passé.

Le triomphe du parti hiérarchique à cette époque est attesté dans le document le plus impersonnel qu'on paisse imagiuer. Le livre pontifical, qui relate avec les noms des évéques les changements du rituel, porte qa*aa temps de Zépbyrinus et de Galliste le peupie chrétien n'eut plus le droit de porter Toblation du pain et du vin sur la table eucharistique, mais qu'il dut les faire passer par les malus des diacres et des anciens. Le culte porta ainsi Tempreinte de la révolution opérée au profit de Tidée épiscopale et sacerdotale.

Hippolyte ne nous apprend pas quel effet eut son opposition daus FEglise de Rome. Mous savons qu'elle fut très-vive et très- violente, car il ne recule pas devant rinvcctive. Ce qui est certain, c'est que malgré sa haute supériorité intellectuelle,ilf ut vaincu comme l'avaientété les montanistes, et probablement en partie par suite des exagérations que nous avons signalées. L'épiscopat était constitué & Rome vers Tan 236 avec un caractère sacer*

448 TBIOMPHE DE CALLT8TE.

dotal et irrémissible. Il dominait une Eglise qui se cour* bait Tolontiers sous une main indulgente et consentait à élever très- haut le siège épiscopal, pouryn qne la discipline fût abaissée d*autaDt. Par bonhenr, la persécution devait de nouveau faire passer à son crible cette chrétienté quelque peu déchue et ajouter de grandes et glorieuses pages à Thistoire de cette grande Eg^ de Rome.

GHAPITBE VII

L\ CRISB ECCLÉSIASTIQUE AU TfiMPS DB CYPAIEN

Les grands aYantages remportés à Borne par le parti hiérarchique furent confirmés et accrus i Carthage dans k période suiyante, grâce à Timmense influence d'un des plus grands évéques qu*ait possédés FEglise. A Trai dire, ils ne furent consacrés que du jour où la politique d*intrigue qui avait tant contribué à les conquérir prit fin, où Tesprit de gouyernement et de domination fut inspiré par des mobiles supérieurs. Entre Calliste et Cjprien la différence est grande; Téyéque de Carthage purifia au feu de son zèle un pouvoir obtenu par des menées presque criminelles, mais s'il Tépura, il ne le conserva pas moins et sut encore l'augmenter en obéis* sant à des convictions sincères et en poursuivant un but élevé. L'un des secrets de son succès fut de s'arrè-

> Neander a admirablnnent raconté la crise ecclésiastique de Carthage. Aiigemeine Getehiehte der Christlidi Beligion, i*'Banô, zweit. Abschoitto m. Voir auaai l'ouvrage déjà cité de Rilschl, p. 555-574. I^ source principale est le recueil des lettres de saint Cyprien, qui dirigeait son Eglise de aa retraite pendant la persécution.

450 PREMIERS SUGCÉS DU MONTANISME A GARTHAQE 90t).

ter à temps et de résister à ce qui dépassait son époque dans les tentatives de centralisation excessiye auxquelles TEglise de Borne poussait hâtivement.

Après la mort d*Hippolyte, la lotte entre les deux partis qui s'étaient partagé TEglise passa de Bome à Carthage pour reyenir encore une fois se déchaîner dans la capitale ! deTempireet s*7 dénouer au profit du pouvoir épiseopal que tout contribuait à fortifier. La tendance rigoriste et antihiérarchique se montra beaucoup moins schismatique à ses débuts dans TAfrique proconsulaire qu'en \ Italie, aussi souleva t-elle une opposition plus modérée et put-elle s'y maintenir un certain temps au sein du olèrgé. Félicitas et Perpétua, qui furent au ilôitibi« des plQS glorieuses hérolùes de la persécution, appartenaient évidemment ft cette tendance, cotûitte le profit la tisloii rapportée avec complaisance pat l^auteur Ifteoiinu des actes de leur supplice, tl les range Ati nombre des femmes qui sont honorées de Tinspiratloa du Paraclet. Dans une de leurs saintes extases, Tétique Opatus et le prêtre Aspasius leur apparaissent Vdli à la droite des portes célestes et 4*autr6 à la gauche ; ils portent sur leurs traits Tempreinte de la tristesse, parée qu'ils sont divisés entre eux. Ils demandent attx martyrs de les réconcilier. Le sujet de leur disselitiment ressort très -clairement des paroles adressées à rèvêque par les confesseurs; ils Itii reprochent d'avdfr un troupeau qui semble venir du cirque et de ses spectacles profanes. Comme Aspasius u'^t Vol^et d^ftucm blftme^ on en peut inférer que la lutte entre raAcien el Tévéque portait sur la discipUu^i le parti rigoriste troa<-

y9M MM dobtè 100 deiHier trop Ittdttlgtot pûrar lu faétllté •ITM laqballê Idft dirétletiè Aê Carthàgë 6é ihéUieftt & Ift y/iê piiftttMi On voit qae t'û^X ûé ^ tùlé Ééfète <{u*iiiéll» aatent ifilicitas et Ptrpétoa. li B*rasfiit que déjà V^H l'an 902 la tendande niontanîste comptait dea adbérODia pafmi leaocmttaaeara et dads le clergé derBglisd* TertuV' lina lai appaitadait loagtetdpa atant aa i^uptoi^e détlaréê t^ee rSgliae de Boode^ car ses prelniëra écrits ont déjài QBe teÎBte ptcaoneée d^aacétiëmeé On «àatt avee queUè à^eté Ifl quelle vigueur éloquente il défendit le monta^ nisade daM aéa éer&iera traités* U ne parait pas eepeù*' dant qa^uAe sépàratk» tranchée se soit opérée entre les lîgoriatéa et T Eglise. Le traité Sur U voile dm viergeê MMieiit imê attiision peu elaire k un eommeneemeut 4e mptnf^^ pat ëuite de Fespëce de contrainte que Ton •orait exercée sdr les jeunes femmes montanistes en les lerfant à paraître à visage découvert dans lee saintes âasemblées^i Toutefois, ce vague indiœ ne permet pas é^ eoBdnre à une séparation àbaolue. Il faut bien ed toni uâ que le sèbisme n'ait pas été durable pour que letUttien à peine mort ait été eùkmré d*un si univer- Éël* rèsfwet et considéré avec faieen comme la meilleure pflîre de là. obrétienté d'Afrique^ Sea idées Se sont tia^ Mrelkmeni: répandues à la faveur de oelte admiration qné C jprien pantageait entièreiaenL Noua savons d'atl^ léwa que le motitanisme odnqvtaib edoore ploa d'un aébértnt dànsr Vépisaopat orienlaL te q« csl cefrtainy c'est que le parti anliéqpiaedpal n^

i 5S LA TENDANCE HIÉRARCHIQUE TRIÛMPQB AVEC GYPEIEN.

cessa pas d'être représenté dans le clergé de Cirtliikge. A Yoir son attitude yis-à-vis de Gyprien dans la persécution de Fempereur Dèce» il semble s'être momentané* ment dépouillé de son rigorisme excessif qui n'avait guère eu occasion de s'exercer pendant les longues anni^ de paix dont TEglise ayait joui. Il se souciait beaucoup ploi de la liberté de l'Eglise que de sa discipline^ et sa préoccupation principale était de sauver le plus qull pourrait des anciens droits contre les empiétements de l'épiscopat Plus tard, nous le verrons revenir à ses traditions da sévérité outrée et renouveler les mêmes débats qn*à la période précédente. Ce parti ne pouvait combattre victorieusement un évêque comme Gyprien. Celui-ci a été la personnification idéale du parti hiérarchique h cette phase de son développement comme Irénée Tavait été dans la seconde moitié du second siècle. Nous n*aTOiii pas à revenir sur les circonstances de sa vie. Nous con* naissons déjà ce grand chrétien à l'esprit ferme et droit ; son cœur déborde d'amour pour son troupeau, surtout quand il est dispersé et en péril ; sa volonté est indomptable ; chez lui la prudence s'unit à l'héroïsme, et il considère son autorité comme un dépôt sacré qu'il doit aussi bien défendre contre les schismatiques qull est prêt à maintenir sa foi à la barre du tribunal du proconsul. Aucune ambition mesquine ne l'anime ;• il se croit commis à la garde d'un poste d'honneur et de péril nécessaire à la défense des biens les plus précieux de l'Eglise. SU parle de haut^ c'est qu'il est vraiment placé à une grande hauteur morale par la grandeur du danger et du devoir. On ne peut nier néanmoins que

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