PBEIIIËRE PHASE DE LA LUTTE
cette fierté da chef militant ne s'exalte soavent outre mesure dans le fea de la lutte et qu'il ne s'y mêle quelque arrogance. Chose étrange! Gyprien, Tadversaire juré du mysticisme effréné du montanisme, l'homme de Forganisation réglée, a aussi ses visions et ses lieures d'extase. Il les invoque comme des révélations. n est vrai qu'elles ne sont que la consécration de ses idées préférées. C'est ainsi qu'il croit avoir entendu une voix céleste lui dire : « Celui qui ne croit pas au Christ quand il fait un évéque sera bien forcé de croire en lui lorsqu'il vengera son pontife ^. » Quand pour attester son humilité Cyprien invoque le témoignage universel qui lui est rendu, il donne une preuve médiocre de cette vertu*. Il mérite en s' exprimant de la sorte que ses adversaires invoquent contre lui l'exemple de Jésus-Christ et des apôtres. Il serait néanmoins injuste de voir dans l'orgueil de sa charge le mobile principal de sa polémique. Il faut le prendre tout entier avec son pur dévouement et ce mélange de passions humaines que les saints n'évitent pas.
SI. — Première phase de la lutte pendant la persécution
de Décius.
Dès son entrée en charge, Cyprien rencontra une vive opposition dans le clergé de Carthage. On se souvient que ce fut seulement deux ans après son baptême (248)
1 € Qui Christo non crédit sacerdatem facienti postea credere incipiet sacerdotem vindicantL » (Cyprien, Sp., 66, 10.) Mes citations sont Ikites d'après rédOùm Taiidmitz, LApâg, 1888.
« id., W, 8.
414 OPPOSITION DK CINQ PRÈTR» A L*lLMIttON DE GTPRIEM.
qm'il fut éleYé à Fépiseopiit pkt une wMe d*aeâ«lhâtiim popQlaim. Cette élection si prompte fut eôftteMM^ 11 est probable que ce ne ftit pai tant la manlAM dont il avait été choisi qUe aa tendance que l'on éttaqailt. Leè diasideneea qni partageaient TEglise de GâMMgle âtt tempi de Perpétua et de Félicitas y subsistaient endért eémme dans la plupart des autres Eglises. TôvlI était prétexte pour les ranimer. Cinq anciens ou prétfes» *-» éar ridée sacerdotale a assea fiiit de prOgrètf à éétte époque pour que le second terme doiire être employé dé préféi*enoe, — protestèrent contre réleCtioA de Oypt^iétt et lui firent une Tive opposition ^ A leur tété était Ncv* Tatus. GyprienFaccable des accusations les pltiagrATéM; il prétend qu'il a laissé son père mourir de failli au fend d'une bourgade; qu'il a liâté par ses Tiolenéêsla tMt de sa feinme et scandalisé l'Eglise de toutes aofteè de manières^. Il est difficile de faire la part de là pasiimi et celle de la Térité dans cette peinture d'un euHéflii juré. Evidemment ces reproches sanglants n'étaient pss prouvés quand Notatus se mit à la tête de l'opposltioil contre Cyprien, sinon il eût eu la bouche immédiatement fermée et aa déposition eût mis fin à là lutte. Quoi qu'il en soit, il ressort des invectives de Cyprien que Novatus était un homme ardent, impétueui, habitué à faire opposition aux évêques, mal vu de la plupart
^ « Hoc quoruDdam presbyterorum maligoitas et perfldia perfecit^ dam oonjuTattonis siue memoreset antiqaa i^la contra episcopatam tneuia, fait contra suffragium vestrum venena retineates, instaurant veterem contra net impugnaiionein suam. » (Cyprien, Ep,, 4a, 1.) « Ëaden rttrtutsrmo per quioque presbyteros. » (/d.> 3.)
' Id.f 52, 2. Novatus est nomaiéÀ c6tA da troÎB te prâMl (W., 14, 4.)
WYéfW tUkVl nuwamUt hV IHÀQOIfAT« 456
épiflMpal* « C*éUit| dit4l, uqo torob# enflamma P9«r •Uimor TînMiulia da fai ^éâitioD^ un tQDvbiUoAi mi# tâfllpMii reiuemi An repQs et 4^ )# paîl^ » Gypri^i m'MQotm IfoiriitiM 4*tii0iine M^réii^ i il w s'ngissait 4aM mtn eRR 4|qe 4*orgi^Qi9at|oQ eeclésiaslique*
n yanUt probable qoa le^ uinq pritre* oppoaaata voiir faMPt profttar 4a Téle^to» qa^lqae pw préojpitte dt noiif tl 4vA4Q9 peur réclamer plus d'iii4épe]i4ai^ae 4a9f liP pir«îa9eai il la tête 4a#q«^Uea ils étaieat plaeéa ji titre 4*Mrt9m ov da prétrea. de qui prouve que le poiat 49 éibtiï h cette preaaièr» pbaae 4e la lutte était bieu la «Mure 49 liberté doet lea prêtres devaient jouir vis^ i^vîi 4e leur évéque, c'est rincidentqui vint ranimer le 44bat alors qu'il paraissait apaisé| grâce k la longani-» mité de Ciypnen qui n'avait pria aucun arrêté rigoureux Mntre les récalcitrants et les avait laissés k leur» |ûna«> ti#iia4 Ifovatui élova au diaoonat un 4c ses plus chand^ ptrtiaana nommé ^élii^issimus, aans prévenir Tévéque «t par cf QAéquant en se passant de son autorisation*. S 7 avait là une revendication bardie d'indépendance paroieeiale; e'était affirmer en fait que cbaque paroisaOi pour son organisation intérieure, pouvait sç régir elle-" même, et qae le prêtre était son propre évêque dans «a communauté ponr tout ce qui ne concernait pas lis 4ineations d'intérêt général. Bien n'était plus légitime 4U ppint de vue de l'ancienne constitution de !'£-
< « Fax et ignis, larbo et tempest^s. » Cyiirien^ Sp., tt, S.
* « Ipée est qui taicUsfanàm satelUtnin saum dla6taam, née permlt-
IM m» Mita», flsimitoil- » Wii Wi M
456 GYPRIEN NON PRÉVENU PROTESTE ÉNEROIQUSMEKT.
glise, alors que Fégalité des évéqaes et des andens était nniversellement acceptée. Dans nn tel état de choses, Tancien qui avait été chargé de la direction d*ane Eglise, n'airait aucun motif de recourir à rantorisation d'un de ses collègues pour sanctionner le choix d*im diacre ; se sentant son égal, il n'avait nul besoin de son approbation. Novatus en choisissant lui seul un diacre faisait un retour à Tancien droit et protestait ainsi contre la grande révolution qui s*était partout accomplie.
Evidemment cet acte était en rapport avec toute sa condaite antérieure et de celle de ses quatre coU^uei qui avaient fait opposition à Gjprien dès la première heure. L*évéqae fut indigné de cette audacieuse indépendance qui heurtait ses idées favorites, car il voulait le respect de la hiérarchie à tous ses degrés. Cependant il ne cassa pas Télection de Félicissimns, et le laissa en place, parce que quelque regrettable que loi parut une telle nomination faite sans son aveu^ il n'était pas en droit de la traiter comme absolument coupable et irrégulière. Les derniers empiétements de Tautorité épiscopale n'avaient pas encore reçu une consécration officielle; TEglise était régie par le droit coutumier bien plus que par le droit écrit.
Ce fut la question disciplinaire , singulièrement aggravée à la suite de la terrible persécution sonlevée par Décius en 247 , qui vint aggraver le conflit. L'Eglise, plus ou moins amollie dans une longue paix, se vit soudain en proie aux plus cruels traitements. Aussi les défections furent-elles innombrables, on put reconnaitre tout ce que le régime
LA LUTTE EST BAMlllÉE PAR LA QUESTION DISCIPLINAIRE. 457
hiénirchiqne lui ayait perdre en piété vivante. On ne déchai^ pas impunément le peuple chrétien d'ane part de sa responsabilité, et ce n*est pas sans nn grand dommage moral qa*on lui demande la docilité ayant la sainteté. Les chrétiens demeurés fidèles de- Tant la menace des supplices et dans les cachots où ils attendaient la mort, obtinrent une admiration d*autant plos grande que les apostasies avaient été plus fré^ quentes. Leur héroïsme se détacha plein de gloire sur la Mcheté des trop nombreux apostats qui avaient renié la foi. Ceux-ci regrettaient souvent amèrement leur chute; ils étaient alors en proie à toutes les terreurs de la conscience, et ils venaient frapper en gémissant à la porte de FEglise qui jusqu'alors était demeurée fermée pour leurs pareils. En effet, sauf à Rome pen« dant Fépiscopat de Calliste, dont le fameux décret semble avoir promis la réhabilitation à toute espèce de péchés, Fapostasie avait été considérée comme un crime inexpiable de ce côté de la tombe. Le chrétien qui avait brûlé Fencens devant Fidole était abandonné à la miséricorde de Dieu, mais il ne pouvait plus re-* prendre rang parmi ses frères pour participer aux saints mystères. Gjprien, avant la persécution de Décius, avait partagé sur ce point la sévérité de F ancienne Eglise. « Celui-là, avait-il écrit dans son traité des témoignages, ne peut être rétabli dans FEglise qui a péché contre Dieu même '. » Or, quel attentat plus direct à la majesté de Dieu que de sacrifier aux faux dieux?
^ « Non po6S6 in ecclesia remitti ei qui in Oeam deUqaeret. » (Cyprien, ., 11b. III, 38.)
4k§ OypMkn TBII1>tRB sa nUEIttÈRB flCvKftlfit.
L'évéqne de Garthage aTait trop le eœar d*mi pèft pour ne pas être émti d*ane tendre et pfolbiide fMê an spectacle de ces multitudes gémissantes qui deman» daient avec larmes lenr pardon ! « Je aonft^v à bM frères, s'é€rie*t41, je souffre STee tous et ee n'est pas pour moi une consolation suffisante qne de n*aTobr pas soceombé) car œ que le pasteur ressent le plue ^riiw^ ment, œ sont les blessures de son troupeau. Dmm ma poitrine retentissent les douleurs de ebaom, J* participe à raecableraent de leur deuil. Je pteore aTec ceux qui pleurent, et je me crois tombé atee ceux qui sont à terre. Mes membres sont traTOfsA des traits de Tennemi qui les a atteints, et son gkîTe a transpercé mes entrailles dans les leurs. Mon taie ne peut croire à sa propre fidélité dans cette pé^* sécution. L*amour m'enveloppe dans la chute de mes frères*, »
Atcc de tels sentiments Gjprien ne pouvait demeurer fidèle k son premier rigorisme, mais il en gardait asses pour ne pas se contenter d*nne repentance illu^ soire« Il avait décidé avec une grande sagesse qofll Ton ne s'occuperait de la réhabilitation des chrétteas infidèles qu'après qne la paix aurait été rendue à TEgUse, afin que Texamen des cas particuliers pût être &il par Tévéque assisté de son clergé, en évitant foule précipitation fâcheuse '.
* Cyprien, De lapsis, 4.
« € Aote «8t^ nt pAcem a Dornhio mater eeclesia prior sumat, tanc de filiorum pace tractetur! » (Gyprien, Ep., 15, r) « Gum perMoatkme Oaita ceavanira ia nanm cwa olero ti rtoolUgi aosparlmot. » (IcT., 18, 1.
Le parti opposant ne pouyaK manquer de saisir cette M<Mi8ion pour combattre Gyprien. Déjà il 8*était eflbreé de |etev dn discrédit sur sa personne, parce qa*H a^ôtait soustrait par la faite à la certitude du supplice. 11 était pourtant difficile d'accuser son courage. Sa fermeté était connue. Le sacrifice pour lui était de tie pa» raareher de suite au martyre^ le devoir lui commandait de se conserver h son Eglise et de la diriger lermement dans la crise si grave qu'elle traversait. C*eat gpàoe à cette retraite de Gyprien que nous pos* sédoni cette précieuse correspondance qui nous permet de suivre de près toutes les phases de la grande lutte engagée. U ne prit pas la peine de se justifier longuement ; U affirma qu'il avait obéi au commandement de Jéaos-Christ en se retirant devant la persécution *. Le conflit fut ranimé de la façon la plus grave à reoeafiîea de la difficile question des réhabilita* tîûna« Le parti antiépiscopal préférant la p<q>Qlarîté à rettréme sévérité qui était dans ses traditiona et à Ii4«ell9 il devait bientôt revenir, se rangea du côté ^ rîAdttlgença contre Cypriea« B fit un vrai eo^ 4^ Hialtre m iatécessaut à sa cause les confesseurs fiiû étiûeut eu prison e( en les poossaut à tnterve* m pour afiyQor4er 4(^s lettres de grAce aiu apostats r^p^utaif.^. Il est Qeirtain que lea mertyra almaiw ^Mirwt d^i^s «f tte circojiatwQe aux influence«i sckish w^Uqwe^ qui travaiUaieut d^uia longtempa k 0ras4i figUae i^ G^fthafe} ila mireet Unt euitatim au